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 [Fic] Le Cirque Madyapno


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Membre Noir
SimiaK 
Membre Noir 

Messages : 2947
Age : 16

MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Jeu 14 Jan - 22:48

Je m'attendait à un truc moins travaillé, vu le peu de temps que celui-ci à mis à sortir.
En fait non, c'est toujours un chapitre vraiment, vraiment très agréable à lire (et pas le pire de cette troisième partie pour moi qui plus est). On en apprends plus sur les personnages secondaires et j'aime ça (la fin en particulier haha) !

Du coup yep, teeellement envie d'avoir la suite et la fin, quelle histoire mes amis. Quelle histoire...

_____________________________________________

Tout est relatif sauf ce qui ne l'est pas

Je ne jures que par trois choses.
La Folie                                                          La Dépression


et la manière incroyable qu'on a de pouvoir se foutre de ce qui ne nous intéresse pas


 
Membre Noir
Viktyny 
Membre Noir 

Messages : 2087
Age : 16

MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Jeu 14 Jan - 23:39

Ho mon dieu c'est juste un excellent chapitre :o Mon personnage préféré est bel et bien Smile ça ne fais aucun doutes.

+ t'es bg il y a au uns morts

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Nous avons peut-être le même arrière-arrière-arrière-grand-père en commun ! Tu as fouillé dans tes archives récement ? 





Membre Perle
unpuis 
Membre Perle 

Messages : 824
Age : 22

MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Lun 8 Fév - 16:10

Chapitre 6 : Déni : Le laboratoire du professeur Nessmad
 
-          Non mais c’est une BLAGUE ?! cria Blanche.
 
De retour au Q.G du Clan, ils avaient retrouvé Estelle, Rosa, Marie et la Troupe très embarrassées. Les enfants avaient disparu et certains Pokémon étaient blessés, sans oublier Rosa qui avait une belle entaille au bras. Les 3 jeunes femmes avaient alors raconté comment la fameuse Tailleuse était entrée avec un Trioxhydre pour kidnapper les 5 enfants présents. Les parents étaient partagés entre effroi, colère et incompréhension. Edith aussi ne semblait pas y croire.
 
-          Comment voulez-vous qu’elle ait pu entrer ici ? s’énervait-elle. Vous croyez qu’après deux effractions, notre système de sécurité n’a pas été fortement revu à la hausse ? Je vous l’ai montré ce matin, sans une aide extérieure, impossible d’ouvrir la porte !
-          Et pourtant, cette salope a bien réussi à entrer, dit Rosa avec amertume.
-          Il n’y a pas de signe d’effraction, dit Henry qui examinait ladite porte. Edith, tu es sûre que ta porte n’a pas de dysfonctionnement ?
-          Évidemment que j’en suis sûre ! répliqua-t-elle vivement. Vous n’avez qu’à la tester ! Seuls les membres du Clan ont la paume de leur main enregistrée dans notre base de données !
-          Peut-être qu’elle est entrée en utilisant une main qui allait ? suggéra Sophie.
-          Comment ça ? s’étonna Eden.
-          Bhen, en coupant une main d’un des nôtres, je veux dire… vous savez, comme dans les films.
-          Sophie a peut-être raison, intervint Étienne. Edith, tu peux vérifier l‘historique des passages depuis ton ordinateur, non ?
-          Oui, mais il n’y a aucune disparition parmi nous depuis Felicae, je doute que … enfin bon, je vais aller vérifier.
 
Et sans attendre plus de réaction, elle actionna le dispositif de sa porte avec la paume de sa main avant d’entrer à l’intérieur. Les autres la suivaient, tracassés, dépités. Hector tenait Blanche par les épaules, mais tous deux avaient un regard sombre. Michael essayait de rester digne, mais sa femme, Alexis, était en pleurs depuis qu’elle avait entendu l’histoire. Si Étienne et Sophie parlaient entre eux comme pour se rassurer sur l’état de leur fils, Thomas et Arianna n’avaient pas dit un seul mot et avançaient le regard baissé. Eden n’arrêtait pas de regarder vers l’entaille que sa fille avait désormais au bras et Henry chuchotait avec Marie, Estelle et Frederick. Edith leur demanda d’attendre pendant qu’elle entrait dans son bureau. Les membres de la Troupe n’osaient même pas bouger, honteux de ne rien avoir pu faire pour sauver les enfants.
 
Dans l’attente, le passé resurgissait. L’histoire du Trioxhydre soignant ses bras n’était pas sans rappeler le Seigneur Joking, mais aussi le Dodrio monstrueux, bien qu’il semblait s’agir encore une fois d’un autre style de régénération. Mais le kidnapping, surtout, rappelait de sombres pratiques à Henry…
 
Soudain, alors qu’ils étaient en attente du verdict d’Edith, Estelle poussa une exclamation victorieuse.
 
-          Qu’est-ce qui se passe encore ? s’étonna Eden.
-          J’ai peut-être une idée pour retrouver les enfants ! dit Estelle avec entrain.
-          Vraiment ? s’écrièrent ensemble Blanche et Hector.
-          Seront-ils seulement encore en vie… murmurait Arianna pour elle-même.
-          C’est Morgue qui m’en a parlé. Ils ont un laboratoire à Unys !
-          Qui ça ? demanda Michael. 
-          La bande dont est issue cette garce de Tailleuse ! s’exclama Estelle.
-          Tu nous en as déjà parlé, Estelle, dit Henry. Mais Morgue ne t’as pas dit exactement où se trouvait ce laboratoire, je me trompe ?
-          C’est vrai, confirma Estelle, provoquant de nouvelles larmes chez Arianna et Alexis. Mais j’ai peut-être une idée pour le retrouver ! Le soda !
-          Quoi le soda ? répéta Frederick intrigué. Quel est le rapport avec le laboratoire ?
-          Morgue m’a parlé de celui qu’il appelait son « père ». Un vieil homme en blouse blanche qui boit toute la journée du soda !
-          Et alors ? dit Etienne.
-          Si nous faisons le tour des magasins et interrogeons les caissiers, ils reconnaîtront peut-être le gars !
-          Et on pourrait remonter jusqu’à lui, dit Marie.
-          Exactement ! s’exclama Estelle.
-          C’est bien beau, dit Rosa, mais il doit y avoir des centaines de magasins à Unys, sans oublier la possibilité qu’il pourrait se procurer du soda d’une manière différente. Je veux pas être pessimiste, mais c’est une piste très maigre …
-          Mais c’est la seule qu’on ait, non ? dit Sophie. Tant qu’il y a de l’espoir, on doit essayer !
-          Sophie a raison, dit Michael. Nous sommes nombreux, nous pouvons nous répartir la tâche.
 
La discussion fut interrompue par le bruit de la porte du bureau d’Edith. La Sage avait un air à la fois dépité et colérique, semblable à celui que les parents avaient eu en écoutant l’histoire du kidnapping de leurs enfants. 
 
-          Alors Edith ? demanda Hector. Tu sais comment ils sont entrés… ?
-          Oui, dit-elle. L’empreinte qu’ils ont utilisé correspond à 83% à … la mienne.
 
Tout le monde la regardait sans comprendre. Comment avait-on pu utiliser l’empreinte d’Edith puisqu’elle avait toujours ses deux mains ? Comment était-ce possible ? Regardant par terre et serrant les poings, la Sage se posait exactement les mêmes questions, avec plus de colère qu’autre chose. Cette garce allait lui payer très cher ce tour de passe-passe.
 


 
-          Mais c’est pas possible, s’écria Blanche en lançant avec violence son Pokématos contre le mur.
 
Cela faisait 6 heures que Blanche et Hector tentaient de contacter Mr Smile. Mais il ne répondait à aucun message et encore moins aux coups de fil. Inlassablement, sa messagerie atteignait les oreilles des parents, ce qui était particulièrement irritable car sa messagerie consistait justement à faire croire qu’il répondait véritablement avant d’annoncer une « GROSSE BLAGUE ! HAHAHA ! » et de parler d’un bip sonore. Aussi n’avaient-ils toujours pas pu le joindre pour annoncer le kidnapping des fillettes. Il faisait nuit et Blanche et Hector se faisaient de plus en plus de souci.
 
Hector se rapprocha de sa femme et la prit dans ses bras, comme pour la rassurer. Mais celle-ci fondit en larmes. Jamais ils n’avaient été aussi inquiets pour Camille. Ils comprenaient désormais toute la hargne qui habitait Henry à l’époque où ils avaient rencontré la Troupe Madyapno. La douleur et la souffrance d’être séparé de cet être cher, de son enfant.
 
-          Nous ferions mieux de nous reposer, dit Hector. Nous avons un lourd planning demain…
-          Comment veux-tu que je dorme ? répondit Blanche. Camille …
-          Je sais … dit Hector. Mais nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus pour le moment. Allons-nous coucher.
 
Blanche maugréa quelques mots auxquels Hector ne tint pas compte. Il comprenait la réaction de sa femme mais il la traîna tout de même au lit et la força à boire une tisane avant de dormir. Mais malgré ses propres conseils, Hector lui-même ne parvint pas à s’endormir avant un long moment, l’inquiétude l’étreignant tel un boa constrictor. 
 


 
Tous les membres du Clan Distorsion furent mobilisés pour questionner les magasins d’Unys. C’était plus de 200 établissements qu’il fallait interroger et surveiller et la tâche ne serait pas simple. Des duos furent organisés afin de se répartir le travail plus simplement. Les membres de la Troupe, eux aussi, se joignirent à la mission. Xatu et Eden s’occupaient quant à eux de déplacer tout le monde de magasin en magasin via Téléport et en suivant un planning très précis qu’Edith, Michael et Henry avaient organisé. Si quelqu’un venait à trouver une piste, il devait prévenir le Clan via Pokématos.
 
Marie avait décidé de faire équipe avec Mr.Mime. Elle avait parlé à son père de l’étrange réaction que le Clown avait eu devant la Tailleuse, mais celui-ci avait été tout autant surpris qu’elle. Leur cachait-il des choses ? Ou bien se trompaient-ils et cela avait plutôt un rapport avec Mistigrix ?
 
Ils visitaient déjà leur huitième magasin de la journée en ce début d’après-midi. C’était le centre Commercial de la Route 9, non loin de Janusia. Encore une fois, Marie plaça plusieurs bouteilles de Soda dans son caddie et ils se dirigèrent vers la Caisse. Dans la file d’attente, la jeune fille en profita pour passer à l’interrogatoire du clown.
 
-          Dis-moi, Mr.Mime, tu me parais un peu soucieux ces temps-ci, je me trompe ?
 
Le visage du Pokémon afficha quelques secondes une expression d’embarras avant que ne s’étale un sourire qui se voulait rassurant.
 
-          J’ai vu comme tu l’as regardée, dit Marie. C’était pas la première fois que tu la voyais, si ?
 
Mr.Mime prit une expression grave et baissa les yeux. Jamais Marie n’avait vu ce Pokémon avec autant de sérieux. Il serrait les poings.
 
-          Est-ce que… dit Marie d’une voix hésitante. Est-ce que ça a quelque chose à voir avec Mistigrix ?
 
Le Clown fit « non » de la tête. Soudain, Mr.Mime fondit en larmes, attirant vers lui les regards des autres clients du Centre Commercial. Marie prit son mouchoir et le lui tendit en lui tapotant le dos.
 
-          Désolée, je ne savais pas que ça te mettrait dans cet état là… dit Marie.
 
Et elle ne dit plus un mot jusqu'à ce que son tour n’arrive à la caisse. Mr.Mime se mouchait bruyamment quand la jeune fille commença à suivre le plan prévu par Estelle consistant à interroger les caissiers.
 
-          C’est un vieil homme qui m’a demandé de faire les courses pour lui. Vous le connaissez peut-être, il vient souvent ici.
 
Cette tirade, elle la connaissait désormais par cœur, puisque c’était la huitième fois de la journée qu’elle la prononçait. C’était Estelle qui avait proposé cette formulation, afin d’éviter de trop attirer l’attention et de découvrir si oui ou non le caissier connaissait le Professeur. Évidemment, rien n’était garanti, et à plusieurs reprises les caissiers n’avaient tout simplement aucune réaction notable. Mais cette fois-ci, la caissière regarda Marie avec un air surpris.
 
-          Vous devez parler de Mr Nessmad ? C’est étonnant, c’est pas son genre de demander à quelqu’un de faire les courses pour lui.
 
Il fallut quelques secondes à Marie pour réaliser ce qu’il se passait. Enfin ! Elle avait une piste ! Même Mr.Mime cessa de se moucher.
 
-          Ho, une petite allergie au pollen je crois. C’est ma mère qui m’a demandé de faire les courses pour lui, moi je ne le connais pas. Mais vous avez l’air de bien le connaître ?
-          Acheter seulement du Soda Cool, c’est un achat presque signé par Mr Nessmad ! Il faisait déjà ses courses ici avant que je ne devienne caissier et il passe tous les 3 jours.
-          Ha et vous ne savez pas où il habite par hasard ? Parce que je l’ignore et ça m’éviterait de devoir sonner à ma mère, d’autant qu’elle ne décroche jamais !
-          Non, je l’ignore, désolée. Ça fera 3500 Pokédollars.
-          Oui bien sûr, répondit Marie en sortant sa carte de crédit. Et dites, il n’est plus passé depuis combien de temps ?
-          Ben 3 jours, répondit le caissier. Puisque vous êtes là.
-          Je vous remercie ! répondit Marie en s’éloignant, prenant son Pokématos en main tandis que Mr.Mime se chargeait de prendre les boissons.
 
Maintenant qu’ils avaient une piste, quelqu’un allait les remplacer pour surveiller le centre commercial. L’excitation avait gagné Marie à un tel point qu’elle en avait presque oublié la crise de larmes de Mr.Mime.  
 


 
Le professeur Nessmad revenait de ses courses. Comme à son habitude, il avait repris plusieurs bouteilles de soda, de quoi tenir 3 jours environ. La proximité de son laboratoire avec le centre commercial lui facilitait la tâche. Il ne sortait quasi exclusivement que pour ça. Il aimait se promener à pied, cela le changeait de son travail habituel, confiné qu’il était dans son sombre laboratoire, à surveiller diverses expériences avec, parfois, la visite d’un de ses enfants ou de ses employeurs et collègues. Mais il ne s’éloignait jamais du chemin qui séparait son lieu de travail, sa maison, du magasin. Il exécrait en effet de vivre en ville, prétextant souvent que toute l’agitation qui y régnait d’ordinaire le rendait fou.
 
Ce jour-là ne fut guère différent des autres jours. Il prit ses bouteilles, les installa dans son sac de course et se rendit à la caisse. C’était Anna aujourd’hui qui lui réclamait de quoi payer ses achats. Il connaissait tous les caissiers qui avaient travaillé ici depuis presque 15 ans. Anna s’étonna presque de le voir et lui demanda s’il avait des problèmes de santé et le professeur la rassura, lui assurant être en très bonne forme.
 
En sortant du magasin, le professeur respira un grand coup. Le ciel était radieux en cette journée d’été. Il y avait une légère brise. Quelques enfants faisaient du vélo dans le chemin tandis que, près d’une fontaine, un homme apparemment dépourvu de bras droit, discutait via Pokématos. Sans plus se soucier des gens, le professeur s’engagea sur le chemin puis, arrivé à un arbre à baie Sitrus, s’engouffra dans les bois.
 
Il marcha quelques minutes avant d’atteindre son laboratoire. Il prit ses clés et ouvrit la porte avant d’entrer dans ce lieu confiné, à l’écart, où il passait presque tout son temps.
 
Il déposa le contenu de son sac de course dans un de ses frigos, celui réservé à la nourriture, mais en garda une bouteille pour l’ouvrir de suite. Il prit aussi un peu de glace, qu’il fabriquait lui-même, et préleva une boule qu’il glissa dans un verre avant d’ajouter le soda et de planter une paille dans la boule. Le soda sur glace était son péché mignon et l’une de ses nombreuses excentricités.
 
Le professeur n’attendait pas de visite aujourd’hui. Ses enfants étaient tous sollicités pour préparer le Rituel. Aussi se mit-il à l’aise et actionna son vieux tourne-disque avec une musique des Kricketunes Friends, un vieux groupe de rock qui se produisaient quand il n’était encore qu’un adolescent.
 
Tout en dégustant sa boisson favorite, il fut pris d’un élan de nostalgie en repensant au bon vieux temps. Il exécuta quelques petits pas de danse et, à l’aide de son verre, tapota sur une cuve, plus pour suivre le rythme que pour observer la réaction de son expérience. Il continua de danser, aspirant avec sa paille.
 
Soudain, alors qu’il se retournait doucement en continuant de danser, il remarqua la présence d’un peu plus d’une dizaine de personnes, sans oublier les Pokémon qui les accompagnaient. Il sursauta et aspira une trop grosse quantité de glace. Il lâcha son verre et toussa, sur le point de s’étouffer.
 
Edith regardait le vieil homme d’un air circonspect. Elle ne s’était pas vraiment attendue à cela : un vieillard dansant sur un vieil air et dépourvu de pantalon… De la part de ce dont avaient été capable la Tailleuse, Lain, le Glacier, Morgue, Further et le Trioxhydre, on se trouvait ici complètement à l’opposé. Aussi restait-elle sur ses gardes quand le vieillard parvint à reprendre sa respiration convenablement.
 
Le Professeur Nessmad les regarda avec curiosité. Qui étaient-ils ? Il n’en avait pas la moindre idée à vrai dire. Il reconnut l’homme qu’il avait vu près de la fontaine. Derrière lui, il y avait une jeune fille accompagnée d’un Grodoudou, un Scalproie et un Pashmilla. Un autre homme en imperméable brun et son Smogogo le regardaient avec une certaine animosité dans le regard. Il y avait aussi 4 couples et leurs Pokémon, tous ayant des regards différents mais plutôt hostiles.
 
Il y avait aussi une jeune femme, au bras bandé, et celle qui devait être sa mère, puisqu’elles avaient des visages assez semblables. Elles étaient accompagnées d’un Sablaireau et d’un Kadabra. Le regard du professeur s’attarda sur Eden. Ne l’avait-il pas déjà vue un jour ?
 
Et enfin, une femme qui devait avoir la trentaine, en robe rose pâle et avec des lunettes, se tenait le plus proche de lui. Son Branette avait le bras plongé dans le sol. Le professeur sentait une certaine autorité émaner d’elle. Aussi n’était-il pas très à l’aise.
 
-          Je … je peux vous demander ce que vous faites ici ? demanda-t-il après avoir déglutit.
-          Nous cherchons des renseignements et nous pensons que vous pourriez nous renseigner, dit sèchement Edith.
-          Des … renseignements ? s’étonna Nessmad. Sur quoi ?
-          Sur le kidnapping de nos enfants, lâcha Michael.
 
Le Professeur cligna des yeux. Un kidnapping ? Mais de quoi parlaient-ils ?
 
-          Je suis désolé, mais je n’ai rien à voir avec un quelconque kidnapping…
-          Ho bien sûr, s’emporta Frederick. Et vous n’avez rien à voir non plus avec Morgue, je suppose ? On s’est juste trompé de savant fou ?
-          Morgue ? s’exclama Nessmad. Mais… vous le connaissez ?
-          C’est nous qui l’avions « adopté » lorsque votre Galeking l’a abandonné, dit Henry.
-          Ha ! Mais alors …
 
Le visage du professeur blêmit. Il poussa un cri d’effroi et tenta de fuir. Mais l’ombre dirigée par Branette retenait ses pieds et il ne put donc pas bouger. Il tomba à genoux d’un air suppliant.
 
-          Vous voulez me tuer, c’est ça ? s’exclama-t-il en commençant à pleurer.
-          Pas si vous nous dites où sont nos enfants, répondit Blanche.
-          Vos enfants ? répéta Nessmad en cessant de pleurer. Quels enfants ?
-          Ceux que votre amie Tailleuse truc a kidnappés avec un Trioxhydre hier dans l’après-midi.
-          La Tailleuse ? Lerne ? Mais pourquoi auraient-ils kidnappé des enfants ? dit Nessmad en s’emportant cette fois-ci. Ils n’ont aucune raison de faire ça !
-          Espèce de vieux croulant, s’écria Michael en s’avançant vers Nessmad avec l’intention de le frapper.
-          Arrête ça ! dit Hector en s’interposant tandis que le Professeur se mettait en position défensive, protégeant son visage avec ses bras. Je pense qu’il ne sait rien.
-          Ce vieillard nous ment ! cria Michael avec colère. C’est évident.
-          Je n’en suis pas si sûre, intervint Edith.
 
L’attitude du professeur l’étonnait. Il avait essayé de fuir, certes, mais c’était ce qu’aurait fait tout vieillard face à une bande hostile rentrée par effraction chez lui. Mais il était aussi sur la défensive en affirmant que ses collègues ne pouvaient pas avoir kidnappé les enfants, tout en reconnaissant quand même leur existence, et ça, elle ne s’y était pas non plus attendue.
 
-          Il est possible qu’on l’ait trompé, lui aussi, dit Edith. Souvenez vous de Spectra. Fouillez le laboratoire, je vais me charger de l’interroger.
 
Le professeur Nessmad regarda les inconnus se séparer pour explorer son lieu de travail. Edith s’accroupit pour se mettre à sa hauteur, puisqu’il était toujours par terre, et, avec une expression dure mais dénuée d’hostilité, elle lui demanda son nom tout en lui tendant son pantalon qui traînait par terre.
 


 
L’Escroco était penché sur la Sérénade depuis plusieurs heures. Avec la Tailleuse, ils avaient déjà réussi à traduire une partie, mais il leur restait encore beaucoup de travail à faire. Ils avaient pu trouver à quoi correspondait la plupart des Zarbi, bien que certains restaient encore assez obscurs. Néanmoins, Aartsen était confiant. Ils auraient terminé bien avant la réalisation du Rituel. Et pour ce qui était de jouer la Sérénade ensuite, il ne lui faudrait pas longtemps avant de la connaître par cœur.
 
Dans la pièce, un écran d’ordinateur le fit sortir momentanément de son travail. C’était Lain, évidemment, qui se manifestait.
 
-          Intrusion détectée dans le Laboratoire de l’Administrateur. Demande autorisation de nettoyer.
 
Aartsen n’y fit pas attention et baissa à nouveau les yeux sur la partition codée. Dédain, lui, se dirigea vers l’écran.
 
-          Demande non acceptée, Lain, désolé.
-          Bien reçu.
 
Le visage de Lain s’effaça de l’écran qui redevint complètement bleu. Further regarda Dédain avec un air méfiant.
 
-          Pourquoi avoir refusé, Dédain ? cracha le Galeking. Notre Père est peut-être en danger et tu ne veux pas aller l’aider ?
-          Nous avons besoin de Lain ici, dit Dédain. Et de plus, le patron avait évoqué l’éventualité d’une intrusion de nos adversaires là-bas. Il a pris toutes les précautions nécessaires. Il n’arrivera rien de dommageable au paternel.
-          Et s’il les guide jusqu’ici ? demanda Further. 
-          Ça tombe bien que tu en parles, dit Dédain. J’allais justement vous donner notre emploi du temps pour la nuit et, croyez-moi, on va bien s’amuser.
 
Further plissa les yeux et Aartsen quitta à nouveau son travail du regard. Lui aussi était surpris par l’annonce de Dédain. Lorsqu’il expliqua l’intégralité du Plan, les Pokémon étaient suspendus à ses lèvres. Même l’animosité de Further envers le Papilord avait laissé place à de l’excitation. Aartsen, cependant, restait dubitatif.
 
-          Et à quoi ça va nous servir ? demanda Escroco. J’ai du mal à comprendre l’objectif, nous ne devions pas « juste » invoquer Arceus ?
-          Ce sont les ordres du Patron, dit Dédain. Puis franchement, ose me dire qu’on ne va pas s’amuser.
-          Si tu le dis, lança Aartsen en haussant les épaules. Mais moi ça ne me concerne pas beaucoup à part au début donc bon…
 
L’Escroco, à nouveau, se pencha sur sa partition à décoder. Further ne tenait déjà plus en place et il s’était levé pour changer de pièces. Assis dans un coin, le Glacier avait tout écouté, son visage toujours crispé dans un sourire.
 
-          Si tout se passe bien comme prévu, le monde qui se lèvera demain sera bien plus beau pour chacun de nous, dit Dédain.
 
Et il quitta à son tour la pièce, laissant le Pianiste travailler.
 


 
Le laboratoire du professeur Nessmad regorgeait d’expériences diverses, chacun y allant de ses propres découvertes.
 
Il y avait notamment pas mal de cuves, remplies d’un liquide verdâtre dans lequel flottaient d’étranges masses, semblables à de difformes fœtus. Certains d’entre eux semblaient plus anciens, mais il était difficile de deviner ce qu’allait donner la créature si elle atteignait le stade final.
 
D’étranges machines étaient aussi présentes. Des centaines de boutons clignotaient et il était impossible de dire à quoi elles servaient.
 
Marie eut un haut le cœur en découvrant une sorte de salle d’opération. Le sol était tâché de sang et les nombreux outils utilisés n’avaient pas encore été lavés.
 
Hector, lui, s’intéressait aux différents dossiers qui traînaient un peu partout. Si le Professeur semblait assez désordonné, il restait très précis dans ses rapports. Peut-être même un peu trop, puisqu’il utilisait des termes scientifiques que le dresseur avait du mal à comprendre. Mais ce qu’il découvrit était tout de même intéressant. Et cela avait le mérite de lui faire oublier, l’espace de quelques instants, toute l’inquiétude qui le rongeait. 
 
Premièrement, il tomba sur les fiches des 5 Seigneurs de Felicae : Oscar, Poutine, Herba, Pyst et Joking. Nessmad travaillait donc déjà pour Felicae. Il y découvrit par exemple que le Professeur avait dû revoir sa formule à la baisse pour éviter « un trop grand développement de la morale », quelque chose qu’il avait particulièrement travaillé chez Poutine mais qui, manifestement, avait moins plu à François Lumen, d’où la négligence à ce sujet pour les 3 Seigneurs qui suivirent.
 
Si on pouvait se fier aux rapports du Professeur, celui-ci ignorait qu’Yveltal serait hors de contrôle pour Felicae. De même, il devait ignorer la véritable identité de leur chef, puisqu’il le citait toujours comme « Mr Lumen », sans jamais faire mention des Mélancolux.
 
C’est Henry qui trouva les fiches des autres Pokémon, ceux qu’ils avaient déjà vus. Il y avait tout d’abord Further, dont le dossier médical venait d’être mis à jour. Apparemment, le Professeur lui avait greffé un nouveau cœur, et ce n’était pas la première fois qu’il faisait ça.  Le Galeking avait été conçu avec trois cœurs, mais une cavité assez large pour en accueillir d’autres. Cependant, il semblait rester assez sceptique sur la manœuvre, comme en témoignaient ses notes.
 
Le dossier suivant était celui de Lain. C’était rempli de terme incompréhensibles et de parties de codes informatiques écrits à la main et au brouillon.
 
Les dossiers suivants étaient assez nouveaux par contre. L’un présentait un Escroco, dont l’une des principales caractéristiques semblait être « l’oreille absolue ».  Un autre Pokémon, un Papilord, s’était vu déchirer une grosse partie de ses feuilles. Le Trioxhydre semblait quant à lui s’appeler Lerne et disposer d’une   régénération rapide type Siamois », un mot qui fit frissonner Hector et Henry.
 
Blanche était plus intéressée par son Pokématos, qui avait survécu à plusieurs chocs violents depuis hier. Elle n’arrivait toujours pas à joindre Smile et ça avait le don de l’agacer.
 
Plus loin, Eden tomba sur un dossier nommé « Greffes ». En le feuilletant, elle rameuta sa fille et Marie et leur montra une fiche sur le Glacier. Celui-ci semblait disposer d’une main de Lippoutou, créée artificiellement par le Professeur. Ensuite, il était question de refroidissement de système nerveux, ainsi que d’une « substance » qui permettait au Glacier, en théorie, d’utiliser l’attaque Poing-Glace. Le mot « Succès » était d’ailleurs écrit en vert par-dessus le reste du texte.
 
D’autres devaient ne pas avoir eu cette chance, puisque plusieurs autres greffes étaient expliquées. Mais le mot « Échec » parsemait les autres expériences, si ce n’était pour la Tailleuse, chez qui le procédé semblait avoir été simplifié, au dépit de l’utilisation d’une attaque particulière. Un autre personnage, dont la photo manquait, présentait plusieurs greffes que le professeur avait joliment nommées « de customisation ».
 
C’est Étienne et Sophie qui trouvèrent, sur un écran d’ordinateur, une fiche ADN qui semblait être celle d’Edith, puisqu’un visage semblait avoir été recréé en 3D, même s’il manquait les lunettes, de même qu’une main avait été reproduite avec les détails des empreintes digitales.
 
Enfin, Alexis trouva plusieurs photos, représentant les différentes Statues du Rituel. Son mari les prit avant de retourner vers Edith.
 
La Sage et le professeur avaient longuement discuté. Le vieillard continuait de nier toute implication de ses « collègues » et de ses « enfants » dans le kidnapping. Il reconnut cependant rapidement qu’ils comptaient bel et bien invoquer Arceus. Mais à l’évocation de ce Projet fou, les yeux de Nessmad semblaient comme s’illuminer. « Nous allons créer un monde merveilleux » avait-il dit à Edith, tout sourire.
 
-          Mais pour cela, vous n’hésitez pas à tuer quiconque se dresse sur votre chemin ?
-          Tuer ? s’exclama Nessmad, horrifié. Je sais qu’ils ont parfois été obligés par les circonstances, mais je sais aussi que nous faisons tout pour l’éviter, justement !
-          Alors pourquoi avoir tué le Vieillard à Irisia ? Et l’Inspecteur à Méanville ?
-          Je ne suis pas au courant de ces histoires, dit Nessmad. Mais dites-moi, c’est vous qui avez empêché Morgue de revenir et l’avez dressé contre nous ! Je peux savoir pourquoi, d’ailleurs ? Quels sont vos buts ?
-          Notre but ? dit Edith en écarquillant les yeux. Mais nous voulons juste vivre tranquillement, et c’est ce que nous ferions si vos amis n’avaient pas tenté de kidnapper deux petites filles, puis recommencer avec succès hier !
-          Cela n’a aucun sens ! répéta Nessmad. Pourquoi kidnapper des enfants ? C’est à l’encontre de nos projets !
-          Mr.Nessmad, dit calmement Edith. Pourriez-vous imaginer l’éventualité d’avoir été trompé par vos employeurs ?
-          Comment ça ?
-          Et si on vous avait menti sur les buts de vos projets.
 
Le professeur resta bouche bée. Il réfléchissait. Certes, il ne comprenait pas toujours le but de certaines manœuvres, comme empêcher le développement de la morale chez les Seigneurs. Mais comment imaginer, ne serait-ce qu’un seul instant, qu’il vivait dans le mensonge depuis toutes ces années ?
 
-          Impossible, dit Nessmad. Je ne peux pas vous croire.
-          Edith, appela Hector. Tu peux venir ?
 
La Sage se dirigea vers Hector, qui se trouvait avec Blanche, Henry, Marie, Eden, Rosa et Frederick. Ils lui firent une rapide synthèse des différents éléments découverts en fouillant les dossiers et lui en montrèrent un en particulier. Edith le feuilleta rapidement, puis les remercia avant de retourner interroger Nessmad.
 
-          Lorsque vous travailliez pour Felicae, on vous avait dit quoi au sujet d’Yveltal ?
-          Hé bien, dit Nessmad, que nous pourrions ramener les morts à la vie ! Quelle question ! C’était l’objectif de Mr Lumen.
-          Et Mr Lumen, justement, vous le trouviez comment ?
-          Un jeune homme sympathique, qui savait trouver les mots justes. Je ne comprenais pas toujours pourquoi il voulait faire certaines choses, mais bon, voilà…
-          Vous disiez que le meurtre n’était pas une méthode que vous employiez. Mais pourtant, Felicae a été responsable de plusieurs massacres.
-          Je vous demande pardon ? s’étonna Nessmad, presque offusqué. Comment ça ?
-          Vous n’ignorez pas qu’il fallait un grand nombre d’âmes pour réaliser le Rituel d’Yveltal, puisque c’est dans un des dossiers que mes amis ont fouillé. Où croyez-vous qu’ils les aient trouvées ?
-          Je … je croyais que c’était le travail de Spectra, dit Nessmad. Elle sait voir les âmes des morts, alors je pensais qu’on se servait comme ça…
-          Vous soutenez que vous ne saviez pas pour les massacres, alors ?
-          Il n’y a pas eu de massacres, affirma sèchement Nessmad. Vous mentez.
-          Si seulement, soupira Edith. Et cette fois-ci, qui est votre commanditaire ?
-          Je ne sais pas.
-          Pardon ? dit Edith en haussant les sourcils. Vous ne savez même pas pour qui vous travaillez ?
-          Je pensais au début qu’il s’agissait de François Lumen, puisque les Mélancolux qui sont avec lui sont les mêmes qu’avec mon ancien patron. Mais non, ce n’est pas François.
-          Qui alors ?
-          Je ne sais pas. Il garde son visage caché et ne nous a jamais donné son nom. Mais je suis persuadé de sa bonne foi.
-          Sa bonne foi ? s’exclama Edith. Vous ne savez même pas son nom !
-          C’est inutile, dit Nessmad. J’ai appris à le connaître. Je sais qu’il a un grand cœur, sinon pourquoi avoir tenté d’aider tous ces gens ? Nous avons sauvé des vies ensemble !
-          Il vous a aussi demandé de créer des monstres, dit Edith.
-          Ne parlez pas de mes fils comme ça ! s’écria Nessmad. Ils ne sont en rien monstrueux, juste … différents.
-          Vous allez tenter d’invoquer Arceus, dit Edith en changeant de sujet. Pourquoi ?
-          Pour réparer les injustices, dit Nessmad. La science ne peut pas tout faire parfaitement, mais avec la puissance d’un Dieu, d’un Créateur, nous serons en mesure de rétablir l’équilibre des choses et de détruire toutes les injustices.
-          Et c’est pour ça que vous avez créé ça, dit Edith en ouvrant son dossier et en montrant une Pokéball au design étrange. C’est quoi, une Master-Ball ?
-          Pas seulement, dit Nessmad avec un petit élan de fierté. C’est une Ball spéciale qui va endormir l’esprit d’Arceus une fois capturé. Il ne sera plus qu’une coquille vide.
-          Dont vous pourrez exploiter le pouvoir ? demanda Edith. Comment ?
-          Je ne sais pas, dit le Professeur. Je n’en ai aucune idée.
-          Bon, dernière question. Où est le QG de votre chef ?
-          Je ne vous dirais rien de plus, dit Nessmad en croisant les bras et en fermant les yeux.
-          Professeur Nessmad. Les enfants de ces 4 couples et une amie de l’une d’elle ont été kidnappés par votre Trioxhydre et la Tailleuse. Vous devez nous aider à les retrouver.
-          Ce ne sont que des mensonges ! dit Nessmad.
-          C’est rien Edith, dit Hector qui venait de se déplacer vers eux avec un air des plus sombres. On a une piste.
-          Vraiment ? s’exclama la Sage en se détournant du professeur piégé par l’ombre. Vous avez trouvé quoi ?
 
Edith rejoignit les autres. Ils avaient étalé une vingtaines de photos, chacune représentant une statue de Légendaire. Les 17 étaient là.
 
-          Ils les ont donc toutes, dit Edith avec une pointe d’inquiétude dans la voix.
-          Regarde celle-ci, dit Marie en lui tendant celle qui représentait une grande statue de Zygarde.
-          Qu’est-ce qu’elle a de particulier ? demanda Edith.
-          On l’a vue, dit Blanche. On sait où elle se trouvait, du moins il y a quelques jours. 
-          Vraiment ? s’étonna Edith. Et où ça ?

-          À Smiland, pesta Hector.

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Mer 17 Fév - 12:45

Chapitre 7 : Smiland, le parc des Horreurs
 
Ce n’est que lorsqu’elle entendit le bruit caractéristique de son Crikzik que Camille consentit enfin à ouvrir les yeux. Elle se sentait encore très fatiguée et elle se frotta les yeux, sans pour autant distinguer très bien ce qu’elle voyait. Malgré sa jeunesse, elle avait mal partout. Et ce n’était pas pour rien puisqu’elle avait dormi dans une position des plus inconfortables, à même le sol. Elle s’assit et se concentra pour mieux observer où elle était. Après quelques minutes, elle arriva à la conclusion qu’elle rêvait toujours… Et pourtant, elle était bel et bien réveillée.
 
Camille se trouvait dans une sorte de cachot. A l’intérieur, il y avait un autre enfant endormi, ainsi que diverses décorations en plastiques et un Baggaïd en métal, armé d’un sceptre, recroquevillé sur lui-même et qui ne bougeait pas. Derrière les barreaux, Camille distingua deux Mastouffes et un agent de police, immobiles eux aussi. Il n’en fallut pas plus à Camille pour reconnaitre l’endroit où elle se trouvait. La Cache de Baggaïd, une attraction de Smiland qu’elle avait visité avec ses parents, Marie et Eve quelques jours auparavant.
 
La fillette se releva d’un bon, faisant sursauter Crikzik de surprise, et fonça vers la porte de sa prison. Fermée, évidemment. Depuis les barreaux, elle pût voir le second cageot, juste derrière les faux policiers en plastique. Dedans, Eve, Rémi et Ugo semblaient encore endormis, eux aussi, tout comme Tristan que Camille venait de reconnaitre avec elle. Deux faux Baggiguane tendaient leurs mains vers en dehors des barreaux, comme pour réclamer leur liberté. Et c’était exactement dans cette position que Camille se tenait désormais.
 
-          Hého ! cria-t-elle. Réveillez-vous !  Hého !
 
Il lui fallut un moment pour que Rémi, puis Tristan, Ugo et enfin Eve, se réveillent aux aussi. Ils eurent tour à tour différentes réactions. Rémi ne semblait pas comprendre ce qu’il se passait tandis qu’Ugo tenta de forcer, sans succès, la porte avec force. Tristan demanda des explications et Eve, elle, n’osait rien dire. Sûrement reconnaissait-elle elle aussi l’endroit ? Camille se décida à la questionner.
 
-          Eve, qu’est-ce qu’on fiche ici !? demanda-t-elle depuis sa cage.
-          J’en sais rien, répondit-elle timidement et assez peu distinctement, la bouche dans les mains.
-          Eve, on est dans le parc du monsieur drôle qui s’occupe de toi ! 
-          Je sais … répondit-elle.
-          Quoi, alors c’est ta faute ? intervint Ugo. C’est ta faute si on est ici !
-          Non ! s’exclama-t-elle. Je sais pas ce qu’on fait ici !
-          On est chez toi, non ? continua Ugo, l’air menaçant.
-          Non, enfin, pas vraiment…
-          Alors dis pourquoi on est ici ! continua-t-il.
-          Mais j’en sais rien !
 
Ugo, qui avait un an de plus qu’Eve et Camille, commençait à se montrer menaçant. Il montrait son poing à Eve, exigeant des explications qu’elle ne semblait pas pouvoir lui fournir, jusqu’à ce qu’intervienne Rémi.
 
-          Hey, tu vas pas taper une fille quand même ! dit-il.
-          C’est à cause d’elle qu’on est ici !
-          Mais raconte pas de carabistouilles ! répondit Camille depuis sa cage. Si c’était sa faute, elle serait pas enfermée elle aussi !
 
La remarque de Camille sembla faire son effet sur Ugo qui s’arrêta. L’expression de son visage, comme s’il fournissait un effort considérable pour réfléchir, aurait presque été comique dans une autre situation.
 
-          Bon, ok, dit-il. Mais comment ça se fait qu’on est chez elle ? Et puis c’est quoi ici déjà ?
-          C’est un parc d’attraction ! s’exclama Camille. Et c’est le Monsieur qui s’occupe d'Eve qui s’occupe aussi du parc !
-          Ton papa ? demanda Rémi.
-          Non, mon papa, c’est pas Smile ! répondit Eve. Mon papa c’est le meilleur des papas !
-          Mais alors pourquoi on est ici ? demanda Ugo en s’énervant à nouveau.  
-          On était en train de regarder les Pokémon qui faisaient des spectacles, se rappela Rémi. On s’amusait bien puis y a eu une madame et un gros Pokémon qui sont arrivés.
-          Oui ! s’exclama Camille. Je m’en souviens ! Le Pokémon est venu vers nous et il nous a craché son haleine !
-          Pouha, ouais, c’était pas bon … confirma Eve.
-          Et ensuite ? demanda Ugo.
-          Bha, j’sais plus… répondit Rémi. On s’est réveillé ici, non ?
-          Oui, je crois bien… dit Camille.
-          Nos parents vont certainement arriver d’une minute à l’autre ! dit Rémi, apparemment confiant. C’est peut-être juste une grosse blague !
-          Ben c’est vraiment pas drôle, dit Ugo.
-          On va mourir… dit Tristan.
 
Camille se retourna. Tristan était recroquevillé sur lui-même, juste à côté du faux Baggaïd, dans la même position. Il n’avait rien dit pendant que les autres discutaient. Camille se rapprocha de lui et tenta de le secouer pour qu’il se relève, mais il ne voulait apparemment pas bouger. C’est alors que Crikzik se frotta à sa jambe, comme pour lui dire quelque chose. Il montrait l’extérieur de la cage. Camille se rendit près de ses barreaux et distingua alors des bruits de pas qui arrivaient. 
 
-          Hého ! cria-t-elle. Maman ?! Sors nous de là, je ferai la vaisselle si c’est ce que tu veux !
-          Qu’est-ce que tu fais ? demanda Ugo avec une grimace.
-          Y a quelqu’un qui vient ! lui dit Camille. Hého ! Sortez-nous de là, allez, c’est plus drôle !
-          M’man !? Papa !? cria Rémi. 
-          Heeey ! s’écria en Ugo. Je veux sortir TOUT DE SUITE !
 
Tandis que les trois enfants se tenaient aux barreaux de leurs cageots, Tristan commençait à se balancer d’avant en arrière et Eve se contentait de regarder qui arrivait avec curiosité, mais dans le silence. Lorsqu’enfin la personne arriva, ils s’arrêtèrent tous de parler et même Tristan laissa échapper une petite exclamation de surprise tendue.
 
C’était un Escroco. Le Pokémon les regarda d’un œil mauvais puis éclata de rire.
 
-          Vous me semblez bien surpris, les enfants. Vous vous attendiez à quoi, à vos parents ? Vraiment ?
-          Vous êtes qui ?demanda Ugo avec agressivité. Et qu’est-ce qu’on fiche ici, hein ?
-          On m’appelle Aartsen, répondit l’Escroco. Et vous êtes ici parce qu’on vous a kidnappés, c’est tout.
-          Arrêtez vos salades ! dit Rémi. Vous nous faites une blague et c’est pas drôle !
-          Libre à toi de penser ce que tu veux, dit Aartsen en haussant les épaules.
-          Faites-moi sortir TOUT DE SUITE ! cria Ugo avec colère.
-          T’es un marrant, toi ! ricana le Pokémon. Rien que pour ça, ce n’est pas toi que je vais prendre.
-          Prendre ? demanda Eve avec de l’inquiétude dans la voix.   
-          Mon Chef m’a demandé de prendre l’un d’entre vous et de le lui amener.
-          Pour quoi faire ? demanda Rémi, méfiant.
-          Surprise, répondit l’Escroco en souriant de toutes ses dents.
-          Il va nous tuer, répéta Tristan. On va tous mourir… 
-          T’es pas loin de la vérité, on peut dire que t’es plutôt perspicace, gamin !
-          Attendez ! s’exclama Camille. Et si on vous donnait de l’argent ?
-          Primo, l’argent de 5 enfants, ça m’étonnerait que vous ayez grand-chose et Secundo, je m’en fous de cette merde d’argent !
-          Hooo, il a dit un gros mot ! s’exclama Camille. Grossier Merle ! Je vais le dire !
-          Hahaha ! Il avait raison, on se marre bien ce soir ! Bon alors, qui je vais prendre…
-          Prenez-moi ! dit Eve. Laissez les autres tranquilles !
-          Courageuse, mais non, je vais plutôt … le prendre lui.
 
L’Escroco désignait Rémi, qui pâlit soudainement. Aartsen se dirigea vers la porte de leur prison et l’ouvrit en utilisant une clé. Il se dirigea vers Rémi, mais Ugo essaya de le frapper. Sans succès puisque Aartsen l’attrapa avant et le lança comme une simple poupée de chiffon contre le mur. Eve restait sans oser bouger et Rémi, qui semblait ne toujours pas croire à ce qui arrivait, se laissa prendre par le poignet. Il suivit le Pokémon. Camille l’entendait répéter plusieurs fois « C’est une blague, c’est une blague », comme pour se rassurer lui-même. Le Pokémon referma la porte à clé avant qu’Ugo ne puisse réagir à nouveau et, sans un regard vers les enfants, il traîna Rémi derrière lui.
 
Dans un espoir désespéré, Rémi commença soudainement à résister à l’étreinte d’Aartsen et tenta de s’en dégager. Rien n'y fit, la poigne du Pokémon était trop puissante pour cet enfant et l’Escroco se mit à ricaner.
 
-          Hey ! s’écria Camille en les voyant s’éloigner. Non ! Revenez ! Laissez-le ! On fera la vaisselle ! Hey !!!!
 
C’est à ce moment-là que la fillette distingua une clé tomber. Le Pokémon ne semblait pas l’avoir remarquée. Mais de toute façon, celle-ci était hors de portée des enfants, toujours enfermés.
 


 
Il était environ 16h30 lorsque le Clan quitta le Laboratoire du professeur Nessmad. Ils retenaient toujours celui-ci captif et Eden, Rosa, Frederick et Edith se chargèrent de le ramener au QG pour continuer l’interrogatoire. Mais il y avait des choses plus urgentes à faire, puisque les enfants étaient toujours portés disparus, mais qu’ils avaient désormais une piste plus que convenable : Le Parc Smiland. Si la statue de Zygarde s’y trouvait encore, alors il y avait une chance pour que les kidnappeurs y soit aussi. Et, peut-être, aussi les enfants.
 
Xatu téléporta les 4 couples, ainsi que Marie et Henry, à l’entrée du parc d’attractions. Si Hector était d’ordinaire plutôt réfléchi et évitait toute précipitation, il se trouvait aujourd’hui devant tout le monde, se dirigeant vers le guichet d’entrée sans regarder autour de lui. Michael et sa femme avançaient au même rythme que le membre du Conseil de Jotho. Les autres étaient plus en retrait, Blanche tentant toujours de contacter Smile avec son Pokématos. Mais ce qui attira l’attention d’Henry, c’était à quel point les lieux semblaient déserts.
 
Les parcs d’attractions sont bien souvent remplis à ras-bord de monde et accueillent des milliers de visiteurs tous les jours. Pourtant, le parking semblait complètement désert et on entendait aucune musique, aucun rire d’enfant, aucun cris de surprise, aucune exclamation. Pourtant, le guichet semblait bel et bien ouvert et son frère tapa avec vivacité sur la vitre, car la dame qui s’y trouvait s’était simplement endormie.
 
-          Je veux voir votre patron, dit Hector à la femme qui se recoiffait précipitamment derrière la vitre. Maintenant.
-          Je suis désolée, mais cela ne va pas être possible, monsieur, dit-elle en soufflant un peu.
-          Je veux voir Smile MAINTENANT, hurla-t-il avec une rage qui étonna même Michael.
-          Monsieur … répéta la caissière avec une larme à l’œil. Mr Smile est mort …
 
La déclaration stoppa directement Hector dans son élan. Blanche lâcha son Pokématoss et plaqua sa main contre sa bouche. Les autres, eux aussi, semblaient surpris.
 
-          Comment ça, mort ? demanda Hector après avoir déglutit, soudainement plus calme. Qu’est-ce qui s’est passé ?
-          On n’en sait encore rien, dit la femme avec un hoquet. Il n’avait plus donné signe de vie depuis hier après-midi. C’est la police qui a retrouvé son cadavre ce matin, près du pont, avec ses vêtements et son masque habituel…
 
La dame éclata soudainement en sanglots. Hector se retourna vers les autres, comme pour leur demander leur avis sur la question. Henry se rapprocha et intervint à son tour.
 
-          Vous savez pourquoi il a été tué ? demanda-t-il.
-          Non, personne ne sait… Il était si gentil …
-          Et le parc ? Il est fermé du coup ?
-          Oui, son associé a décrété que le parc serait fermé quelques jours, mais il m’a demandé de rester pour prévenir les visiteurs…
-          Son associé ? demanda Michael.
-          Et c’est qui cet associé ? demanda Sophie.
-          Je ne sais pas, on ne le voit jamais, il s’occupe plutôt des comptes… mais qu’est-ce que ça peut vous faire de toutes façons ?
-          Écoutez, dit Henry avec calme, on a toutes les raisons de penser que … que des enfants sont retenus en otage ici.
-          Quoi ? s’exclama la caissière. Comment ça ?
-          Vous avez bien une statue de Zygarde dans votre parc ? demanda Marie.
-          Oui, mais c’est quoi le rapport ?
-          Soit on va tenter de vous la voler, soit nos enfants sont retenus ici, dit Michael. Voilà le rapport.
-          Vous délirez, dit la caissière en grimaçant.
-          Laissez-nous entrer alors, et nous prouverons ce que nous avançons, dit Henry.
-          C’est hors de question, dit la femme. Partez d’ici.
-          NON MAIS ELLE SE PREND POUR QUI LA GROGNIASSE ??? cria Blanche en poussant Henry et Michael comme en furie et en frappant sur la vitre. TU VAS NOUS LAISSER ENTRER, OUI ?
-          A l’aide ! cria la caissière. Sécurité !
 
A ce moment, une dizaine d’hommes plutôt imposants arrivèrent, menaçants, faisant craquer leurs poignets. Hector pris sa femme par la taille et la tira en arrière, ce qui n’était pas une mince affaire.
 
-          C’est bon, c’est bon ! On se calme ! s’écria Etienne.
-          On va y aller, on a compris, dit Henry.
-          C’est ça ! cria la caissière. Et ne revenez pas !
-          Oui oui, dit Marie. Promis, on reviendra pas !
 
Marie, Arianna, Thomas et Michael aidèrent Hector à tirer Blanche et ils partirent de là où ils venaient, sous le regard menaçant des gardiens du Parc. Lorsqu’ils arrivèrent à bonne distance, Blanche éclata en sanglots dans les bras d’Hector.
 
-          Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Etienne.
-          On retourne au QG, dit Henry.
-          Mais et le parc ? demanda Alexis.
-          On ne va pas se laisser faire par une dizaine de gars ? demanda Michael avec mauvaise humeur.
-          Évidemment que non, dit Marie. On va s’infiltrer, mais faut préparer tout ça avec les autres.
-          Ce soir, dit Hector. Il faut qu’on fasse ça ce soir.
 


 
Les 4 Mélancolux étaient là, se tenant au-dessus de la tête de Rémi, leurs flammes bleutées dansant d’un rythme tout particulier. Lui caressait les cheveux du garçon qui avait revêtit ces vieux vêtements, ceux qui rappelaient l’époque de la Renaissance. Cela faisait bien longtemps qu’aucun enfant ne les avait remis, bien longtemps qu’ils n’avaient plus rejoué cette scène ensemble, cette scène qui leur était si chère à eux tous. Mais si celle-ci était restée fictive pendant de si longues années, bientôt elle serait réalité. La plus belle de toutes les réalités.
 
Il serra Rémi dans ses bras et l’enfant fit de même avec lui. Tous deux pleuraient des larmes sincères en pensant à l’avenir qui se présenterait peut-être bientôt à eux. Les flammes des Mélancolux ne s’étaient plus autant agitées depuis l’invocation d’Yveltal. Tout allait se jouer ce soir.
 
-          Patron ? intervint une voix féminine.
 
C’était la Tailleuse qui venait d’entrer dans la pièce. En voyant l’étrange scène devant ses yeux, elle s’arrêta, jetant sur son patron un regard circonspect. Celui-ci releva la tête et lui sourit.
 
-          Ma chère Pauline. Vous vouliez me dire quelque chose ?
-          Oui, mais ça peut attendre quelques minutes… Je dérange, peut-être ?
-          Un peu, mais je ne vous en veux pas. Cela nous fait même plaisir de vous voir vous plutôt que quelqu’un d’autre. Dites-moi donc.
-          C’était juste pour vous prévenir que tout est prêt. Les greffés ont répondu à l’appel et tout le monde est à son poste.
-          Et pour ce qui est de la Sérénade ?
-          Aartsen a terminé sa partie et moi aussi. Nous répétons en ce moment.
-          Très bien, concentrez-vous là-dessus. Il ne faudrait pas faire de fausses notes devant le Grand Architecte, pas vrai ?
-          Bien, monsieur.
-          Ho, puisque vous êtes là… Mélancolux…
 
Les Mélancolux s’écartèrent de la tête de Rémi, qui tomba soudainement, comme si elle n’était plus retenue par des liens invisibles. Puis il la releva en riant, un sourire mauvais sur le visage.
 
-          Veuillez conduire Rémi à son poste. Il fait équipe avec Lerne ce soir.
-          Bien, monsieur, dit la Tailleuse.
 
Sans attendre plus longtemps, l’enfant se dirigea vers la Tailleuse, laissant son patron et les Mélancolux seuls.
 


 
Dans la Cache de Baggaid, les enfants attendaient, inlassablement, que quelque chose arrive. Tristan n’avait pas arrêté de pleurnicher, persuadé qu’ils allaient tous mourir, tandis qu’Ugo avait, à plusieurs reprises, piqué une colère sur Eve, qu’il devait considérer comme responsable à cause du lieu où ils se trouvaient. Cette dernière ne réagissait pas beaucoup, comme si elle s’était résignée à leur sort. Mais Camille, elle, faisait les 100 pas à la recherche d’une solution.
 
Cela devait faire une heure que Rémi était parti. Parti, oui, mais où ? Cet Escroco ne devait pas être sympathique et c’était peut-être même lui qui avait tout orchestré. Mais pourquoi les enlever ? Elle avait déjà vu un film avec ses parents qui parlait de kidnapping, mais les enfants mettaient la misère aux kidnappeurs, qui ne désiraient rien d’autre que de l’argent. Mais ici, c’était très différent.
 
Si seulement ils pouvaient atteindre la clé ! Mais elle était bien trop loin. Elle avait bien tenté de faire passer Crikzik entre les barreaux, mais ça n’avait pas fonctionné, il était un rien trop gros et avait manifesté sa mauvaise volonté à l’idée de recommencer.
 
Elle jeta un regard autour d’elle. Il y avait quelques décorations en plastiques, le robot Baggaid, mais pas grand-chose d’autre. Elle eut alors une idée.
 
Elle attrapa une espèce de sceptre que tenait le Baggaid et tendit le bras hors de la prison. Évidemment, le sceptre était trop petit pour atteindre la clé. Mais il en fallait plus à Camille pour abandonner.
 
Elle enleva son T-shirt et fit un nœud au sceptre avec une des manches puis essaya d’attraper la clé comme si elle était à la pêche aux Couanetons. Mais il manquait encore une cinquantaine de cm.
 
-          Camille, qu’est-ce que tu fais ? s’étonna Ugo.
 
Cette remarque fit sortir Eve de sa torpeur et Tristan releva la tête, pour vite à nouveau baisser les yeux, rouge pivoine. Camille était torse-nue et le garçon savait de par ses parents que ça ne se faisait pas de regarder les autres enfants sans vêtements. Ugo, lui aussi, était tout rouge, mais ne détournait pas les yeux pour autant, comme hypnotisé, jusqu’à ce qu’Eve le pousse.
 
-           J’essaye d’atteindre la clé qu’il a fait tomber pour la rapprocher le plus possible, dit Camille, pas le moins gênée du monde. Mais il me manque encore un peu…
-          T’as qu’à enlev… commença Ugo
-          Tristan peut enlever son T-Shirt, proposa Eve.
-          Hein ? sursauta celui-ci. Maaaaais….
-          Ho c’est bon, fais pas ton timide, répondit Eve.
-          Elle a raison, passe-moi ton T-Shirt, dit Camille.
 
Tristan hésita un instant puis enleva son T-shirt mais se cacha tout de même, en regardant le mur.
 
-          Dites-moi quand je peux me retourner, dit-il.
-          Ben quoi, je vais pas te manger non plus, dit Camille, étonnée de la réaction de Tristan, tout en attachant avec un nœud leurs deux T-shirt. J’espère que ce sera suffisant…
 
Camille lança tel un pêcheur sa canne à pêche de fortune. La taille était bonne cette fois-ci, mais elle avait mal visé. Elle relança un coup et poussa un cri de victoire, qu’Ugo et Eve amplifièrent des leurs, en atteignant enfin la clé. Elle tira et déplaça la clé de quelques cm. Il lui fallut répéter l’opération une bonne vingtaine de fois avant que, enfin, la clé ne soit à sa portée. Elle l’attrapa, victorieuse, et même Tristan semblait avoir récupéré de l’espoir. Elle détacha rapidement les deux T-Shirts et rendit le sien à Tristan qui l’enfila rapidement, toujours rouge comme une tomate. Camille se rhabilla puis introduit la clé dans la serrure avant de la faire tourner. La porte s’ouvrit alors, presque sans un bruit, et la jeune fille se précipita pour libérer Eve et Ugo.
 


 
Il était 19h30 quand ils arrivèrent à nouveau prêt de Smiland. Ils s’étaient divisés en plusieurs groupes pour s’introduire dans la Parc d’attractions. Ayant récupéré un plan du parc de la dernière fois qu’ils étaient venus, ils s’étaient répartis des zones à explorer. L’objectif prioritaire était de retrouver les enfants, mais aussi de voir ce qu’il en était de la statue de Zygarde. Ils étaient tous reliés par Pokématoss, en cas de danger.
 
Le premier groupe était constitué d’Edith, d’Etienne et de Sophie, les parents de Rémi. C'était à eux que revenait la tâche première de vérifier si la statue de Zygarde était toujours au centre du labyrinthe.
 
Henry faisait équipe avec Michael et Alexis. Comme aux autres groupes, une zone leur avait été confiée à fouiller à la recherche des enfants.
 
Le groupe le plus imposant était la Troupe elle-même, seulement accompagnée de Marie. Grodoudou et Scalproie étaient évidemment de la partie et aucun membre de la Troupe ne manquait à l’appel, pas même Mr.Mime.
 
Les parents de Tristan faisaient équipe avec Frederick et Estelle, qui avait refusé de manquer une opération d’une telle envergure. Un autre groupe était constitué d’Eden et de sa fille, Rosa. Enfin, Blanche et Hector formaient un dernier groupe.
 
S’étant infiltrés à tour de rôle à l’aide de Xatu et Kadabra, chaque équipe allait devoir fouiller Smiland, avec un seul objectif en tête : trouver les enfants et en finir avec cette sombre histoire.
 
 Mais le Parc était loin d’être désert…
 


 
-          Ils sont là ! cria un homme. Attrapons-les !
 
Edith, Etienne et Sophie se mirent à courir en poussant des jurons. Les employés du Parc étaient toujours là et ils n’avaient pas été assez discrets. Ils avaient pourtant presque atteint le fameux labyrinthe mais ils allaient devoir retarder leur inspection des lieux. Ils étaient pourchassés par 3 hommes et leurs Pokémon.
 
-          On ne les affronte pas ? demanda Etienne en courant.
-          Mieux vaut éviter, répondit Edith. Si on peut les semer …
-          D’accord, dit Sophie. On ne se sépare pas ?
-          Mauvaise idée, dit Edith. Nous serons plus forts ensemble.
 
Etienne faillit rétorquer que c’était justement ce qu’ils venaient de faire, mais il préféra ne pas brusquer la Sage et continuer à courir.


 
De leur côté, Blanche et Hector se dirigeaient vers la « Rivière de Musteflott », prêts à fouiller les lieux de fond en comble. Blanche tenait la main d’Hector, attristée. Elle avait peur, peur d’échouer, peur de ne pas retrouver Camille.
 
-          Tout va bien se passer, répétait Hector, inlassablement. Nous allons les retrouver… Nous allons la retrouver.
 
Ils allaient passer dans la file d’attente déserte quand Blanche remarqua, au-dessus d’eux, un enfant sur une plateforme. Elle écarquilla les yeux et tendit son doigt vers lui, en tremblotant d’excitation.
 
-          Hector, regarde !
 
Ce n’était pas Camille, mais un des garçons qu’ils avaient vu au QG du Clan Distorsion. C’était Rémi, le fils d’Etienne et Sophie ! Mais lorsqu’ils le virent, Hector pâlit. Il ne savait pas pourquoi exactement, mais quelque chose clochait. Blanche lâcha son mari et voulu se précipiter pour monter à l’étage, persuadée d’y retrouver les autres enfants, dont Camille. Mais Hector la rattrapa soudainement par la main et la tira en arrière en criant :
 
-          Cours !
 
Blanche ne comprit pas tout de suite, puis elle vit la tête d’un Trioxhydre passer entre les jambes de Rémi, qui s’assit sur le Pokémon avant que celui-ci ne s’envole pour commencer à les pourchasser. Rémi riait avec un air de psychopathe et était armé de deux grands couteaux de cuisine. Et c’est à ce moment que la championne se mit à courir à côté de son mari.
 


 
Lorsque les 4 enfants sortirent de la Cache de Baggaïd, Camille s’étonna de voir que le Parc semblait totalement désert. Même si la soirée allait tomber, le soleil brillait encore plutôt fort.
 
-          On fait quoi, maintenant ? demanda Tristan. On sait pas où on est…
-          Si, moi je connais ce parc comme ma poche ! dit Eve.
-          Alors on n'a qu’à sortir, dit Ugo. C’est par où ?
-          Par là ! dit Camille en désignant une direction.
-          Attendez ! dit Eve. Vous pensez pas qu’ils risquent de surveiller l’entrée ?
-          Qui ça ? demanda Camille.
-          Bah ceux qui nous ont capturés, avec l’Escroco.
-          T’as une autre solution peut-être, dit Ugo. On doit se barrer et vite fait !
-          Je sais, mais faudrait pas non plus qu’on se fasse re-capturer ! répondit Eve.
-          Plus vite on sortira, mieux ce sera, t’es pas d’accord, Tristan ?
-          Ho … heu oui, peut-être … répondit l’intéressé.
-          Mais vous êtes bêtes hein, vous les garçons ! dit Eve. Faut qu’on soit discret !
-          Rien à faire, c’est pas une fille qui commande ! dit Ugo en commençant à avancer vers le Drascore.
-          Mais c’est pas toi non plus ! dit Camille d’un air boudeur.
-          Ouais ben c’est moi le plus âgé ! dit Ugo. Alors suivez-moi !
 
Et il reprit sa route. Tristan hésita puis commença à le suivre. Eve avait un air très contrariée et Camille boudait un peu mais elles finirent par les rattraper en courant un peu. Soudain, Ugo s’arrêta et fit signe aux autres enfants de l’imiter. Il entendait des bruits de pas.
 
Ni une ni deux, Eve poussa les autres derrière un buisson. Ils étaient cachés mais virent passer les pieds de deux personnes inconnues. Ils avaient l’air de se balader. Mais s’agissait-il d’amis ou d’ennemis ? Les enfants ne voulaient prendre aucun risque.
 
Ils patientèrent encore un petit moment avant de sortir du buisson. Eve soupira.
 
-          Vous voyez, quand je disais qu’on devait être discrets…
-          C’était peut-être pas des méchants, dit Camille.
-          Mais mieux valait se cacher, dit Eve. Tu vois que j’avais raison, Ugo. Ugo ?
 
Le garçon ne l’écoutait pas. Il regardait le Drascore, la montagne russe qui s’étendait au-dessus de leurs têtes, avec une certaine fascination.
 
-          Ça a l’air génial, ce truc ! s’exclama-t-il.
-          Ho oui, c’était trop bien, confirma Camille.
-          Vous croyez qu’on a le temps de l’essayer ? demanda-t-il.
-          Quoi ? s’exclama Eve. Mais t’es une andouille ou quoi ? Tu veux nous faire repérer ?
-          Allez, on a bien le temps pour tester ! dit Ugo en changeant son cap initial pour se diriger vers l’entrée de l’attraction.
-          Mais non ! reprit Camille. On est pas là pour ça !
-          Ugo, revient ! dit Tristan.
-          Allez, quoi !  s’énerva Ugo. Ça vous fait peur, c’est ça ?
-          Mais non, on a juste pas le temps ! dit Eve.
-          Ouais c’est ça, vous êtes juste une bande de Roucool mouillés ! Rou Rou !
 
Et il continua d’avancer, tout en imitant le Roucool, malgré les remontrances des 3 autres enfants.
 
-          Ugo, revient ! s’enquit Tristan. Fais pas l’imbécile.
-          Non mais quelle tête de nœud, dit Eve en soupirant.
-          Roucool mouillé ! Roucool mouillé, continuait-il à chantonner.
-          C’est bon, je vais le chercher, dit Camille, prête à donner une bonne baffe dont sa mère avait le secret pour le remettre dans le droit chemin.
-          Tu m’auras pas ! dit Ugo en rigolant. Roucool mouillés, Rouco…
 
Soudain, un gigantesque morceau de métal tomba, en plein sur Ugo, qui se fit écrasé comme un vulgaire insecte par une chaussure. La pression de la chute de l’échafaudage sur le corps d’Ugo, non contente de lui briser tous les os, projeta aussi plusieurs litres de sang à plusieurs mètres autour du point d’impact, tâchant les vêtements de Camille. Celle-ci se figea devant la scène, ne pouvant pas réagir tant l’atrocité de celle-ci lui paraissait irréelle. Seule la main d’Ugo dépassait de sous le morceau d’échafaudage qui était tombé du Dracsore. Puis, après quelques secondes qui lui firent l’impression d’avoir passé des années à observer la scène, elle comprit que ce cauchemar était bien réel et elle cria d’horreur, imitée par Tristan tandis qu’Eve cachait son visage pour ne pas voir la scène.
 
Camille se précipita vers Ugo. Elle essaya de soulever l’échafaudage, mais elle n’était pas assez forte, loin de là. Tristan courut pour l’aider, mais Eve se contenta d’avancer à pas lent.
 
-          Ça sert à rien… Camille… il est …
-          Mais … mais c’est pas possible ! Pas comme ça ! dit Camille en tombant à genoux dans la mare de sang et en commençant à pleurer. Je … Maman… Papa…
-          On va tous mourir, répéta Tristan avec panique cette fois. On va tous mourir…
-          Non mais ressaisissez-vous ! s’exclama Eve. On doit sortir d’ici !
-          Mais … Mais Ugo… dit Camille d’une voix tremblante.
-          On ne peut rien faire pour lui maintenant, dit Eve. Je suis désolée, Camille … Allez vient…
 
La petite fille lui tendit la main et, après avoir reniflé, Camille l’attrapa et se releva tandis que Tristan continuait à essayer, en vain, de soulever l’échafaudage.
 
-          Venez, on y v…
 
Eve se retournait quand elle s’interrompit. Car ce qu’elle vit juste en face d’eux avait autant de quoi figer d’horreur les 3 enfants que la mort de l’un d’eux. Lorsqu’ils le virent, Camille et Tristan eurent un hoquet et firent un pas en arrière.
 
C’était Further, le Galeking colossal qui se dirigeait lentement vers eux, leur souriant d’un air de psychopathe.
 
-          Qui veut s’amuser avec moi ? leur lança-t-il alors qu’il se rapprochait de plus en plus, le sol tremblant légèrement à chacun de ses pas.
-          COURREZ ! cria Eve en faisant volte-face et en essayant d’attraper les deux autres avec elle, en arrière.
-          Et si on jouait à chat ! cria Further en se lançant à leur poursuite.
 


 

Juste au-dessus d’eux, Dédain regardait la scène, caché par les rails du Drascore. Il n’avait pas été difficile, comme leur plan le prévoyait, de tuer l’un des enfants. C’était maintenant à Further de prendre part à la mission qui leur avait été confiée. Et à lui d’attendre que ses autres proies mordent à l’hameçon.

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Sam 19 Mar - 13:37

Chapitre 8 : Souvenirs monstrueux
 
Henry, Michael et Alexis étaient en train de fouiller le parc quand ils entendirent un énorme fracas, comme si un objet lourd venait de tomber au sol, suivi d’un hurlement d’enfant. Ils se retournèrent et restèrent d’abord un instant sans bouger, le visage horrifié. Les enfants étaient en danger, cela ne faisait aucun doute. De plus, le cri était celui d’une petite fille et Henry avait cru reconnaître la voix de Camille, déformée par l’effroi. Michael fut le premier à se remettre en mouvement et il se dirigeait d’un pas assuré vers l’origine des bruits.
 
-          Qu’est-ce que vous attendez ? dit-il en s’adressant à sa femme et à Henry. On a sûrement trouvé ce qu’on cherchait ! Mais on ferait mieux de se grouiller !
 
Henry remarqua que Michael serrait des poings. Il avait beau avoir parlé d’une manière presque calme, il connaissait le tempérament du dresseur. S’il était arrivé quoi que ce soit à son fils Ugo, il risquait d’exploser de colère. Le Pokéathlète déglutit et se mit en chemin en commençant à courir, suivi par Alexis. Mieux valait en effet se dépêcher de rejoindre les enfants.
 
Ils n’avaient encore aucune idée de l’horreur qui les attendait sur place.
 


 
Plus loin dans Smiland, Hector et Blanche s’étaient réfugiés dans le Tentacruel. Ils étaient parvenus à semer Lerne et Rémi et s’étaient vite cachés dans l’attraction. Ils avaient couru à en perdre haleine et Blanche reprenait sa respiration avec un peu de difficulté tandis que son mari observait ce qui se passait dehors.
 
L’enfant, toujours sur le dos du Pokémon Dragon, regardait dans toutes les directions, à la recherche du couple. Il avait toujours ses deux grands couteaux de cuisine en main et, même de là où il était, Hector pouvait voir son large sourire de folie. Mais heureusement, cachés qu’ils étaient à l’intérieur du Tentacruel, Rémi, lui, ne pouvait pas les voir.
 
Ils restèrent un instant sur place avant de repartir vers l’espace technologique de Smiland. Hector laissa échapper un soupir de soulagement et tomba assis. Blanche avait repris ses esprits après leur course folle pour fuir le Monstre et l’enfant aux couteaux. Mais une question lui pendait aux lèvres.
 
-          Hector ?
-          Oui ?
-          Comment tu as fait pour savoir que Rémi allait nous pourchasser ?
 
Au moment où ils étaient tombés sur eux, Blanche y avait en effet vu un coup de pouce du destin. Elle avait été aveuglée par la joie d’avoir retrouvé un des enfants et, par extension, peut-être Camille, leur fille. Elle ne s’était pas méfiée un seul instant avant qu’Hector ne l’attrape pour qu’ils fuient le monstre.
 
-          Je ne sais pas trop, répondit le membre du Conseil des 4 en fronçant les sourcils. J’ai eu comme un mauvais pressentiment… Je crois que c’est à cause de ses vêtements.
-          Ses vêtements ? répéta Blanche.
 
Il est vrai que Rémi portait un étrange accoutrement. Des vêtements colorés qui rappelait l’époque de la Renaissance, un costume qui n’était pas très courant chez les enfants d’aujourd’hui. Cela n’avait pas marqué Blanche sur le moment, mais maintenant qu’Hector en parlait, il est vrai que ce n’était pas vraiment normal de retrouver les enfants ainsi.
 
-          En fait, je crois que j’ai déjà vu ces vêtements quelque part, ajouta Hector.
-          Vraiment ? s’étonna Blanche. Tu te souviens d’où ?
-          Je … Je crois que c’était…
 
Il ne termina pas sa phrase. Ils venaient d’entendre un énorme fracas, suivi d’un hurlement que Blanche aurait pu reconnaitre entre mille. Plus loin, Camille était en danger. Sans attendre la réponse de son mari, Blanche détourna son attention et, sans même vérifier si Rémi et Lerne n’étaient pas revenus, sortit du Tentacruel, suivie de près par Hector qui s’était relevé d’un bond lui aussi. Les explications attendraient, Camille avait besoin d’eux.  
 


 
Lorsqu’il était Pokéathlète, la spécialité d’Henry était la course à pied. Il avait gardé une bonne endurance et était toujours très rapide. Mais en ce moment-ci, il se faisait dépassé de quelques mètres par Michael et même pas sa femme, Alexis. Cela n’étonnait pas l’ancien coureur cependant, puisque les deux parents avaient d’excellentes raisons de se donner à fond dans la course, même s’il sentait bien que Michael, malgré ses grands airs, commençait à perdre haleine.
 
Finalement, ils s’arrêtèrent à hauteur du Drascore pour reprendre leur souffle. Les deux parents avaient tout donné et ils étaient exténués. 
 
-          Ça venait d’ici, environ, non ? demanda Michael entre deux halètements.
-          Je crois que ça venait des environs, oui, confirma Henry. Après, ils ont peut-être dû partir…
-          Ils ont dû partir dans une autre direction alors, sinon, on les aurait croisés, dit Michael. Qu’est-ce que tu en penses, Alexis ?
 
Alexis ne répondit pas. Elle n’avait pas beaucoup parlé depuis qu’ils s’étaient rencontrés et Henry ne s’inquiétait pas de son silence, pensant qu’elle était toujours occupée à reprendre ses esprits. Mais Michael, qui connaissait bien mieux sa femme, se retourna pour voir pourquoi elle ne disait rien.
 
-          Alexis ? répéta-t-il d’une voix inquiète qu’Henry ne lui connaissait pas.
 
Alexis était debout, si immobile qu’on aurait dit une statue de pierre. Les traits de son visage exprimaient un subtil mélange de surprise et d’horreur, quelques larmes perlant à ses yeux. Elle fixait quelque chose, dans l’allée qui menait au Drascore. Avec une très mauvaise impression, Michael suivi le regard de sa femme et laisse échapper un juron si odieux qu’Henry se retourna à son tour et vit la scène qui lui avait échappée depuis leur arrivée et sur laquelle le regard d’Alexis était directement tombée.
 
A quelques mètres d’eux, un morceau de la structure de l’attraction forte, un ensemble de poutre de métal, baignait dans une mare de sang. Une petite main sortait de sous les décombres, comme si l’enfant qui se trouvait dessous réclamait de l’aide. Mais c’était évidemment trop tard.
 
Henry déglutit et son visage pâlit. Avant qu’il ne puisse faire un pas, Alexis et Michael se précipitèrent pour voir la scène de plus près et, alors que le Pokéathlète se rapprochait, ils éclatèrent en sanglot, Alexis laissant échapper une longue et triste plainte. Henry se stoppa net. Les deux parents se mettaient à deux pour essayer de soulever, sans succès, le lourd morceau de métal. Ils avaient reconnu Ugo, leur fils, rien qu’en regardant sa main et, peut-être, un morceau de sa manche.
 
Après trois tentatives infructueuses pour libérer le cadavre de leur fils, Michael explosa. Il cria un nombre impressionnant d’insanités, tombant à genoux et martelant le sol, comme s’il était responsable, tandis que sa femme prenait la main morte de son fils dans les siennes, comme pour rassurer le corps sans vie. Devant cette horrible scène qui avait de quoi nouer faire mal au cœur, Henry préféra rester à l’écart. Il avait évidemment beaucoup de peine pour les deux parents, mais il était aussi en partie rassuré en pensant que sa nièce était, peut-être, toujours vivante.
 
-          Vous êtes pathétiques, cracha une voix doucereuse qui fit sursauter Henry.
 
Tous les trois tournèrent la tête vers le ciel, car c’est de là qu’ils pensaient que venait la voix. Et en effet, dans le trou béant de l’échafaudage du Drascore que le morceau métallique mortel avait laissé derrière lui se tenait un Papilord, équipé de ce qu’Henry prit d’abord pour une longue canne. Le Pokémon fixait Michael et Alexis, qui s’étaient relevés d’un bond.
 
-          Qu’est-ce que c’est encore que ce bordel ? cria Michael en serrant les poings. T’es qui toi ?
-          Je réponds au nom de Dédain, dit le Pokémon en agitant ses ailes pour descendre lentement à leur hauteur. Je vous salue, étrangers, et au nom de notre grand patron, je suis venu pour vous tuer.
 
Henry déglutit à nouveau. Il suivait Dédain du regard avec un mauvais pressentiment. Henry se souvenait maintenant avoir aperçu un dossier qui parlait d’un Papilord au laboratoire du professeur Nessmad. Cependant, il manquait plusieurs feuilles au rapport, et Dédain était donc un ennemi totalement inconnu pour eux. Selon lui, la meilleure option restait la prudence mais, aveuglé par la colère et la peine, Michael ne semblait pas l’entendre de cette oreille.
 
-          Fiche le camp d’ici ! hurla-t-il. Tu crois que j’ai peur d’un ridicule Papillon ? J’ai autre chose à foutre que de m’occuper de toi !
-          Genre en essayant de sauver un cadavre ? demanda Dédain d’un ton doucereux.
 
Les traits de Michael se crispèrent, fixant Dédain avec haine et dégoût. Alexis, plus calme, s’était mise à sa hauteur et lui avait pris sa main, comme pour tenter de le calmer. Mais elle aussi fixait le Pokémon avec une grande animosité.
 
-          C’est vraiment pathétique, répéta Dédain. Il ne m’avait pas menti. Vous, les humains, êtes bien incapables de prendre soin de vos propres enfants.
-          QUOI ?! hurla Michael. COMMENT OSES-TU !?
-          C’est un fait. Vous n’avez pas été capables de le retrouver avant que je ne le tue.
-          TOI ? cria soudainement Alexis, piquée à vif par ce qu’elle venait d’entendre. C’EST TOI LE RESPONSABLE ?
-          Oui, acquiesça tout simplement le Papilord.
 
Henry ne savait comment réagir. Car si Michael avait toujours été impulsif, c’était au tour d’Alexis de laisser éclater sa colère alors que son mari semblait plus abasourdi par la nouvelle. La mère de l’enfant défunt tremblait de rage en fixant le Papilord.
 
-          Donne-les-moi, exigea-t-elle d’une voix tremblotante à Michael et en tendant la main gauche.
-          Hein ? répondit celui-ci, incrédule.
-          DONNE-LES-MOI ! Répéta-t-elle plus fort. Mes gants !
-          Mais Alexis …, dit Michael, incrédule en cherchant sous son manteau.
-          Je fais lui faire payer… Je vais le tuer !
 
Henry ne comprit de quoi elle parlait que lorsqu’il vit les fameux gants. Il s’agissait d’une paire de gants de boxe écarlates que la femme enfila rapidement après avoir invoqué son Pokémon, un Tygnon. C’est alors qu’Henry se souvint de ce que Michael lui avait dit la veille au sujet de sa femme. Alexis était une championne de boxe, réputée pour étant la plus fidèle rivale de Mélina, une championne de Sinnoh. Et si elle était d’un naturel calme, lorsqu’elle se battait, elle devenait une véritable teigne.
 
Alexis et Tygnon se mirent tous les deux en position de combat. Michael, incrédule, voyait sa femme grogner comme un chien de garde tout en regardant Papilord avec toute la haine qu’elle pouvait ressentir.
 
-          Alexis… dit Michael, qu’Henry n’avait jamais vu aussi calme et sérieux. Je …
-          Ta gueule, Mich, répondit Alexis. Je vais me le faire. POUR UGO !!!
 
Et sans attendre, elle et son Pokémon s’élancèrent vers Dédain, prêts à assener de violents coups de poings au Pokémon Papillon.
 
Mais celui-ci n’avait même pas bougé d’un centimètre. Très calme, il s’était contenté d’observer Alexis réclamer puis enfiler ses gants de boxe. Maintenant, elle courait vers lui, en compagnie d’un Pokémon qui, manifestement, allait le toucher avec un Poing de Feu. Mais malgré la menace évidente, Dédain n’avait aucune intention de fuir.
 
Alors qu’Alexis et son Pokémon lançaient leur poings coordonnés en direction du visage du Pokémon, celui-ci se mit à agiter violemment ses ailes, provoquant un Bourdon, une onde sonore puissante qui souleva ses deux agresseurs et les projeta quelques mètres plus loin. L’attaque sonore était très puissante, si bien qu’Henry sentit le souffle de l’onde et du se boucher les oreilles. Même le juron de Michael fut masqué par le bruit. 
 
Alexis et Tygnon étaient tombés à terre, à 3 mètres de Dédain, mais d’un mouvement de jambes, ils s’étaient relevés et se montraient prêt à riposter.
 
-          Pathétique, répéta Dédain pour la troisième fois. J’en espérais plus d’une championne de boxe, mais bon, vous restez de simples humains, après tout.
-          Je vais te faire ravaler ton orgueil ! cria Alexis en s’élançant à nouveau aux côtés de son Pokémon.
 
Encore une fois, ils fonçaient côte à côte pour donner un duo de coup de poing fulgurant à leur ennemi. Cette fois-ci, cependant, le Papilord prit sa canne à deux mains et sembla en retirer quelque chose de l’intérieur en attrapant le manche. C’est à ce moment qu’Henry comprit que ce qu’il avait pris pour une canne était en vérité le fourreau d’un sabre.
 
A peine en avait-il retiré la lame que Dédain s’élança à son tour en direction de ses agresseurs, surpris par cet élan soudain. La scène se déroula très vite et Henry cru d’abord qu’Alexis et Tygnon avait réussi leur coup. Mais en un instant, Dédain s’était retrouvé derrière eux et Tygnon s’était écroulé de douleur. Ses deux mains avaient été tranchées par l’attaque du Papilord et elles étaient tombées à ses pieds. Alexis, en voyant les conséquences de l’attaque, fit quelques pas en arrière, les mains sur la bouche. Michael comme Henry regardaient la scène avec horreur. Ils étaient abasourdis tandis que Dédain éclatait de rire. 
 
-          Pathétique, vraiment ! recommença-t-il. Vous n’avez aucune chance contre moi.
-          Ça c’est ce que tu crois, répliqua Alexis, les larmes aux yeux.
-          Bien dit, chérie ! ajouta Michael en invoquant son Colhomard. On va pas se laisser faire !
-          Alors qu’attendez-vous, susurra Dédain. Venez. Venez m’affronter !
 
Henry vit Michael et Colhomard se lancer dans la bataille, tandis qu’Alexis faisait appel à son Colossinge pour remplacer son Tygnon aux mains coupées. Il allait les rejoindre, lorsqu’en observant le combat qui commençait, il se sentit troublé par la scène.
 
Dédain esquivait toutes les attaques, qu’il s’agisse d’un Pokémon ou du couple, puisqu’Alexis continuait de vouloir le frapper et que Michael avait cassé d’un coup de pied un morceau d’une barrière en bois pour pouvoir attaquer lui aussi. Il bougeait toujours au bon moment, esquivant avec justesse certains assauts. Il ne répliquait pas pour autant. Il avait beau les avoir insultés de pathétiques, Henry avait bien l’impression que le Pokémon tirait un certain plaisir du combat et qu’il désirait juste le faire durer plus longtemps. Mais quand il lui arrivait de donner un coup de sabre, c’était la surprise et il faisait toujours mouche.
 
Ainsi Colhomard avait-il perdu deux pattes gauches et peinait à se déplacer. Michael avait reçu un coup de lame dans l’épaule et son arme de fortune avait été réduite en pièce en un instant. Alexis, elle aussi, s’était prise un coup en plein visage et, si elle ressortait du combat en vie, elle aurait surement une vilaine cicatrice. Son propre sang qui coulait lui masquait un peu la vue. Colossinge, quant à lui, fut le premier à mourir, alors qu’il tentait une attaque dans le dos de son adversaire. Dédain s’était subitement retourné, comme s’il l’avait vu venir de loin et, d’un  rapide coup sec, avait tranché le corps de Colossinge en deux au niveau du bassin. La moitié de son corps était alors tombée lamentablement à terre.
 
Cette fois, cela ne faisait plus aucun doute pour Henry. Il avait déjà vu ce style de combat. Il avait déjà rencontré un Pokémon qui se fiait uniquement à ses lames pour attaquer. Les cauchemars qui le hantaient parfois encore lui remirent en tête son terrible combat contre un puissant Pingoléon parlant qui avait préalablement découpé en morceaux un grand nombre d’ouvriers et de Pokémon. Ce constat finit d’immobiliser complètement Henry sur place.
 
Alexis cria de rage et se remit au combat de plus belle. Mais c’est comme si le Papillon pouvait prédire le moindre de ses mouvements à l’avance. Les siens comme tous ceux de ses ennemis. Il arborait un grand sourire de psychopathe, se délectant de la rage de ses ennemis. Il se débarrassa de la boxeuse avec un nouveau Bourdon, qui mit en même temps Colhomard à terre. Dédain se précipita alors sur lui et, avec des mouvements difficiles à suivre à l’œil nu, il lui coupa les dernières pattes, ainsi que ses pinces. Puis il l’acheva en ricanant, plongeant sa lame dans la tête de l’éclopé comme on plante une paille dans un berlingot. Les deux dresseurs, à quelques mètres de lui, observaient la scène avec un mélange d’horreur et de colère tandis que le Papilord riait aux éclats.
 
Henry s’était un peu rapproché. Il serrait la Pokéball d’Elekable en main, mais n’osait pas l’envoyer au combat. Le Pokéathlète avait l’intime conviction qu’il ne pourrait pas battre le Papilord. Il tremblait devant son impuissance et sa lâcheté, mais il ne voulait pas perdre encore un Pokémon. Le souvenir de Séviper et d’Emolga était encore trop fort, même 17 ans après. Mais le son de la voix de Michael le ramena à la réalité.
 
-          HORS DE QUESTION ! criait celui-ci.
-          Pas grave, t’as pas le choix ! répondit sa femme en s’élançant sur Dédain, prête à nouveau à le frapper.
 
A nouveau, le Pokémon se mit à esquiver les assauts répétés de la Boxeuse. Il lui suffisait parfois de faire de simple geste de tête pour ne pas se faire toucher. Michael, lui, restait sans bouger et, de là où il était, Henry voyait bien qu’il semblait complètement perdu, comme s’il redoutait quelque chose.
 
Quand enfin, lassé des attaques d’Alexis, Dédain plongea son sabre dans la poitrine de la Boxeuse, stoppant net ses mouvements. Elle le regardait avec une expression figée, du sang chaud s’échappant à la fois de sa bouche et de la blessure qu’il lui avait auparavant infligée.
 
-          Je ne le dirai jamais assez, mais vous êtes pathétiques, déclara Dédain d’un ton doucereux.
 
C’est alors que les deux mains d’Alexis saisirent la lame, comme pour l’empêcher de ressortir de son corps. Pour la première fois, le Papilord parut surpris et Alexis sourit.
 
-          Crève avec moi, ordure. MAINTENANT !
 
Michael, en sanglot, envoya une Pokéball en l’air, conformément au plan de sa femme qu’il avait pourtant refusé. Un Léviator en sortit et, sous les ordres brouillés par les larmes de son dresseur, il se précipita sur Dédain. Celui-ci se contenta de tourner brusquement la tête en direction du monstre, peu avant de se faire avaler, ayant tout juste eu le temps de lâcher son arme.
 
Henry n’en croyait pas ses yeux. Alexis s’était sacrifiée pour désarmer son adversaire et donner l’occasion à Michael et son Pokémon de l’achever en un coup. La boxeuse avait désormais un visage soulagé quand elle tomba à genoux, la lame toujours plantée dans son corps et son mari se précipitant vers elle. Léviator, quant à lui, semblait tout aussi peiné de voir une humaine qu’il appréciait en train d’agoniser.
 
-          On l’a eu… ce salopard… dit Alexis, les larmes se mêlant au sang.
-          Alexis, renifla Michael. Pas toi… Pas vous deux …
-          Je vais le retrouver, dit Alexis. Ugo… mais toi, continue de vivre …
-          Comment pourrai-je ? hurla son mari. Je …
 
Mais cette séquence d’émotions à laquelle assistait Henry d’encore loin fut brusquement interrompue par une plainte déchirante de Léviator. Celui-ci semblait soudainement se tordre de douleur et il se mettait subitement à saigner à différents endroits de son corps. Puis, dans un spasme incontrôlé, il ouvrit la bouche dont sortit Dédain, les ailes couvertes de sang et explosant d’un rire mauvais. Leviator s’écroula, mort. A ce moment, la comparaison avec Mr loyal prit encore plus d’ampleur. Car c’était bien ses ailes qui avaient découpé l’intérieur du Léviator, impuissant. Puis, sans attendre, il se précipita en volant droit vers Michael. Il passa au niveau de sa tête et, soudain, celle-ci se détacha du reste du corps et tomba à terre, une expression d’horreur fixée à jamais sur son visage.
 
Alexis, en voyant la décapitation de son mari, ne put s’empêcher de crier. Elle essaya de se relever, mais le sabre était toujours de part et d’autre de son corps et la douleur provoqua un nouveau cri. Lorsque Dédain se plaça juste en face d’elle, il souriait presque gentiment.
 
-          Je retire ce que j’ai dit. Vous avez du cran. C’était un combat délicieux.
 
Puis il retira le sabre d’Alexis et le rangea dans son fourreau, lui tournant le dos pour ne pas voir la femme s’étaler par terre et le sang se répandre autour d’elle. Car si ce spectacle ne le dérangeait pas, il avait encore du boulot à réaliser.
 
Il se déplaçait vers Henry. Le Pokéathlète ne bougeait pas. Son cerveau lui disait de fuir à toute hâte, mais ses jambes refusaient de répondre à l’appel. Et il était hors de question qu’Elekable ou Arcanin ne meurt en plus ce soir.
 
-          Vous êtes bien Henry ? LE fameux Henry, Pokéathlète et père de Marie ?
 
La question surprit Henry. Pourquoi lui demandait-il cela ? Sans rien dire, il se contenta d’acquiescer.
 
-          Parfait, dans ce cas, je vais vous demander de me suivre. Quelqu’un désire par-dessus tout vous revoir.
-          Qui ça ? demanda précipitamment Henry.
-          Ho, une vieille connaissance à vous. Mais si vous tenez à la vie et à celle de votre fille, je ne prendrais pas le risque de refuser de le voir.
 
Henry ne répondit rien. Dédain sourit et passa à côté de lui.
 
-          Suivez-moi.
 
Henry déglutit et, après un dernier regard vers les cadavres qui jonchaient le sol, il se mit en route, derrière Dédain, dans l’allée de plus en plus sombre de Smiland.
 


 
C’est au niveau de l’espace technologique qu’Estelle, Fréderick, Thomas et Arianna livraient bataille contre des employés du parc d’attraction. Ceux-ci les avaient agressés dès qu’ils l’avaient vu. Aussi, Nidoqueen et Smogogo étaient-ils de sortie. Thomas avait fait appel à son Ossatueur tandis qu’Arianna avait invoqué son Vibraninf. Ils faisaient face à un Musteflott, un Baggaïd et un Drascore.
 
Mais les Pokémon n’étaient pas les seuls à combattre, puisque leurs dresseurs les accompagnaient de la même manière qu’Alexis s’était battue aux côtés de son Tygnon et de son Colosinge. Mais ces gens avaient la particularité de présenter quelques similitudes avec leur Pokémon.
 
Aussi le dresseur de Musteflott possédait-il une large bouée jaune, mais aussi une double queue, qu’il utilisait pour tenter de fouetter ses adversaires. L’homme au Baggaïd avait exactement la même crête que son Pokémon et se battait comme lui, à coup de tête. Enfin, Comme son Drascore, le dernier avait une queue dans le dos, qu’il utilisait de la même manière, ainsi que d’une pince violette à la place de la main.
 
Mais contrairement à leurs Pokémon, les Greffés ne pouvaient pas utiliser de capacités, à la manière du Glacier. Ils s’en servaient néanmoins de manière plus naturelle, profitant de leurs atouts pour créer la confusion, surprendre, bluffer ou même dévier l’attention.
 
La Nidoqueen d’Estelle combattait Baggaïd et son dresseur depuis un moment déjà. A l’aide de Telluriforce, elle menait largement le combat, ne se préoccupant finalement pas du dresseur qui se faisait plus de mal qu’autre chose en tentant ses coup de boule sur l’épaisse cuirasse de Nidoqueen. Smogogo n’avait quant à lui pas l’air d’avoir de mal face à Musteflott et son dresseur, qui se battaient à coup de queue et d’Hydroqueue. Mais les attaques n’affectaient que peu le Pokémon Poison.
 
Les choses étaient plus compliquées pour Arianna et Thomas. Si Ossatueur se débrouillait bien, Vibraninf n’était pas habitué aux combats. Aussi fut-il vite immobilisé par le dresseur avant d’être achevé par Drascore. Arianna le rappela mais elle se trouvait désormais sans défense.
 
Nidoqueen et Smogogo combinèrent leurs forces sous les ordres du père et de sa fille. Les Pokémons et les dresseurs furent aveuglés par du Brouillard avant d’être achevés par les Telluriforce et les Lance-flamme. Lorsque la purée de pois se dissipa, ils étaient tous les 4 à terre.
 
Mais alors qu’ils s’apprêtaient à aller aider Thomas, un énorme cri se fit entendre. C’était Lerne qui rugissait en se précipitant vers eux, Rémi sur son dos qui riait aux éclats, son couteau de cuisine en main. Nidoqueen et Smogogo changèrent donc de direction, prêts à les affronter, et Estelle et Frederick en oublièrent même leurs amis, abasourdis par la présence de Rémi et son expression faciale. 
 
C’est alors que le dernier greffé debout décida de changer de cible. Au lieu de viser Ossatueur, il fit claquer sa pince et effleura Arianna avec sa queue de Drascore. Celle-ci tomba à terre sous la surprise, sans défense. Mais avant que l’employé ne recommence, Thomas se plaça entre eux.
 
-          Fuis ! cria-t-il à sa femme.
 
L’employé sourit et, tandis qu’Arianna décidait de suivre les conseils de son mari, il passa à l’attaque en se jetant sur lui pour l’immobiliser de la même manière qu’il l’avait fait pour achever Vibraninf. En larme et incapable de maitriser son hoquet, Arianna fuit la scène, en direction du grand Dôme qu’elle apercevait au loin pour se cacher des employés et des monstres qui hantaient Smiland.
 


 
Henry suivait Dédain depuis près de 15 minutes lorsqu’ils arrivèrent tout proche du Manège sur lesquelles les deux petites filles s’étaient tant amusées quelques jours auparavant. Mais c’était avec un tout autre état d’esprit qu’Henry se trouvait en ce moment précis. Il avait pensé à plusieurs reprises à tenter de fuir le Papilord, mais celui-ci lui avait bien fait comprendre que ce n’était pas une bonne idée. A chacun de ses gestes d’hésitation, Dédain tournait la tête vers lui, comme pour lui rappeler qu’il le surveillait.
 
Dédain montra une sorte de tour au rez-de-chaussée duquel se trouvait une boutique de souvenir. Il poussa la porte, qui n’était pas fermée à clé, et Henry le suivit à l’intérieur. La boutique proposait diverses Poké-Poupé, ayant toutes un lien avec une des attractions du Parc, comme Baggaid, Tentacruel ou encore Drascore. Dédain se dirigea vers une porte qui donnait sur des escaliers en colimaçon. Volant à un peu plus d’un mètre du sol, le Papilord monta tout en haut, Henry sur les talons, et s’arrêta au deuxième palier. Une unique porte s’y trouvait. Le Pokémon frappa trois coups et une voix fatiguée répondit, une certaine excitation dans le ton.
 
-          Entrez !
 
Dédain ouvrit la porte et fit signe à Henry de passer devant. Le Pokéathlète fronça les sourcils et entra. Il fit trois pas avant de se figer sur place.
 
Le fameux patron de Dédain, Further, Lain, Nessmad, la Tailleuse et de tous les employés qui protégeaient le parc était là, devant lui, assis dans un fauteuil. Ce patron qui était à l’origine du vol des statues d’Arceus, du piège tendu à Estelle et du kidnapping des enfants. Celui qui avait commandité tous ces meurtres. Car cela ne pouvait être que lui.
 
Couvert d’épaisses couches de vêtements, comme Henry l’avait autrefois connu, il lui faisait face à visage découvert, le fixant de ses cinq yeux en abordant un sourire franc mais défiguré par le manque de peau qui dévoilait la chaire par endroit. Le Directeur lui faisait face.
 
-          Vous devez être surpris de me revoir, après tout ce temps, n’est-ce pas, Henry ? demanda-t-il, son sourire s’élargissant. Mais asseyez-vous donc, nous serons plus à l’aise pour discuter.
 
Il lui présentait une chaise en velours, placée en face de lui, de l’autre côté de son bureau. Henry resta quelques secondes immobile avant d’aller s’asseoir en face du monstre qui avait hanté ses nuits les plus sombres. Derrière lui, plusieurs écrans n’affichaient aucune image. Dédain referma la porte, tout en restant au coin de la salle.
 
-          Quelle joie pour moi de vous revoir, mon cher Henry ! commença le Directeur. Cela fait un moment que je désire vous parler.
-          On ne peut pas vraiment dire que c’est réciproque, répliqua Henry en serrant l’accoudoir de sa chaise. Je pensais que vous étiez mort.
-          Ho oui, c’est ce que beaucoup de gens pensaient, n’est-ce pas ? Moi-même ai-je douté pendant une période que je qualifierai de véritable éternité. Mais si je suis là, c’est uniquement grâce à mes chers amis Mélancolux.
 
Henry se tut. Il regardait Le Directeur avec une pointe d’incrédulité. Qu’est-ce que les Mélancolux venaient faire dans cette histoire ?
 
-          Voyez-vous, depuis que je les connais, je pense pouvoir affirmer que les Mélancolux sont mes plus fidèles amis, mes alliés les plus précieux. Et quel talent ! Eux seuls me sont restés fidèles et le resteront surement à jamais…
-          J’ai du mal à comprendre, dit Henry.
-          Laissez-moi vous raconter mon histoire. Voyez-vous, lorsque vous avez mis un terme à notre petite « aventure », en battant Estom qui m’avait envoyé préalablement dans le Monde Distorsion, j’ai eu un échange avec Giratina lui-même. Il m’a … puni en quelque sorte, en m’envoyant dans un Monde … dans un véritable Enfer.
 
Le Directeur marqua une pause, frissonnant à l’évocation de ses souvenirs.
 
-          Là-bas, toutes les âmes en peine, ces morts qui n’ont pas trouvé le repos, finissent par y errer pour l’éternité. Et parmi elles, plusieurs connaissances à moi… A vrai dire, je ne me souvenais pas du quart d’entre eux, je dois bien l’avouer… Néanmoins, je dois reconnaitre que je suis surement responsable de l’arrivée de toutes ces âmes dans cet Enfer. Et en me voyant arriver, elles ont commencé à se venger sur moi, me faisant revivre encore et toujours les pires supplices, m’obligeant à revivre les évènements les plus sombres de ma vie… Jusqu’au jour où une fenêtre sur ce monde est apparue. Ce n’était qu’une fenêtre que je ne pouvais traverser, mais j’ai commencé à reprendre espoir lorsque j’ai vu mes chers amis Mélancolux, usant de leurs dons de marionnettistes sur un cadavre. Et j’ai attendu. Chaque fois qu’une fenêtre arrivait, je m’approchais d’elle. Et enfin, ENFIN, l’une d’elle fut un jour brisée. J’ai alors vu les Mélancolux risquer leur vie en venant me chercher et en me ramenant dans notre monde. Mais nous devions être discrets, puisqu’à deux pas de là, vous et vos amis combattaient Yveltal.
 
Henry baissa la tête, les yeux écarquillés. Pendant plusieurs années, le but des Mélancolux derrière Felicae leur avait paru obscur puisqu’ils n’étaient même pas rester pour aider le Pokémon Légendaire et qu’ils avaient alors abandonné à leur sort tous leurs subordonnés. Mais enfin, la vérité se dévoilait à lui. La Secte de Felicae, des centaines d’hommes et de femmes, avait été manipulée non pas pour conquérir le monde ni le plonger dans le Chaos, mais pour obliger AZ de briser une fenêtre sur le Monde des Morts, pour que les Mélancolux aillent y rechercher le Directeur…
 


Arianna courait depuis quelques minutes lorsqu’elle s’arrêta, à bout de souffle, juste devant le Lunch de l’Arène, l’endroit où Hector, Blanche, Marie, Camille et Eve avaient commandé à manger quelques jours auparavant. Elle comptait se cacher à l’intérieur quand subitement un homme imposant ouvrit la porte avant elle.
 
L’homme avait une barbe blanche en bataille, à la manière des Kaïmorse, ainsi que des défenses comparables à celles de ces mêmes Pokémon. Son nez avait la même forme que celui des Marcacrin. En voyant le Chef Uru, Arianna fut d’abord tentée de rire, puis très effrayée. Elle se retrouvait seule face à un employé du parc.
 
Aussi tomba-t-elle par terre, tremblotante et se remettant à pleurer. Le cuistot semblait étonné.
 
-          Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque ? dit-il en écarquillant des yeux. Qui êtes-vous ?
-          Je… Je … vous …
-          Je quoi ? dit Uru en s’impatientant. Va falloir articuler, ma p’tite dame !
-          Ne me faites pas de mal… Je vous en prie…
-          Mais pourquoi est-ce que je vous ferais du mal ? s’écria le Chef Uru en se baissant. Allez, relevez-vous !
 
Il lui tendait sa main. Arianna hésita puis la prit et il l’aida à se remettre sur deux jambes. Il mit ensuite ses mains sur sa taille.
 
-          Alors, expliquez-moi. Que faites-vous ici ? On est fermé et on n’a même pas ouvert aujourd’hui !
-          Je … je suis poursuivie… dit Arianna. Ils veulent me tuer…
-          QUOI ? s’écria le Chef Uru. Mais qui ça ?
-          Des employés du parc… enfin, je crois … Ils ont des membres de Pokémon…
-          Allons, moi aussi je suis un employé, et ce ne sont que des déguisements ! Puis je ne vous veux pas de mal, si ?
-          Vous n’êtes donc pas des leurs ?
-          Ecoutez, je suis juste passé reprendre mes affaires, j’allais partir. Je suis juste cuistot, ma seule tâche, c’est de fournir de quoi manger à ceux qui en ont besoin.
-          Alors aidez-moi ! Je vous en prie…
 
Le Chef Uru fronça les yeux, comme s’il réfléchissait. Il poussa ensuite un petit cri de victoire et rouvrit la porte dont-il venait.
 
-          Suivez-moi, dit-il.
 
Arianna entra dans le Lunch de l’Arène. Le Chef Uru se dirigea vers la cuisine. Là-bas, dans le fond de la pièce, une petite porte métallique était fermée par un cadenas. L’étrange cuisinier sortit son trousseau et chercha frénétiquement une clé. Finalement, il ouvrit la porte qui donnait sur une sorte de petit tunnel.
 
-          Ça conduit à l’intérieur de l’Arène. C’est tout droit. Vous pourrez vous y cacher facilement, mais ne restez pas dans le tunnel, j’ai des doutes sur sa solidité.
-          Ho merci ! dit Arianna en serrant brièvement l’imposant personnage dans ses bras.  Merci monsieur !
 
Et elle s’engouffra dans le tunnel. Derrière elle, la source de lumière s’effaça lorsque le Chef Uru referma la porte et elle décida de suivre ses conseils et de continuer vers l’Arène.
 
 


 
-          Et vous avez décidé de reprendre vos activités, c’est ça ? dit Henry avec amertume en relevant la tête.
-          C’est plus ou moins ça, lui répondit le Directeur. Lorsque je suis revenu dans ce monde, je n’ai pas tardé à rencontrer le Professeur Nessmad. Je suppose que vous voyez de qui il s’agit, puisque Lain m’a informé de votre rencontre avec lui. Quel personnage fantastique, n’est-ce pas ?
-          Un grand naïf, oui, répliqua sèchement Henry. Il est persuadé de votre bonne volonté.
-          Et pourquoi ne devrait-elle pas l’être ? reprit l’Hypnomade déformé. Grâce à lui, nous avons réalisé de grandes choses en 9 ans, vous savez. Nous avons concrétisé bien des projets. Prenez Dédain par exemple.
 
Henry se retourna. Le Papilord était toujours là, fermant les yeux avec un sourire de confiance.
 
-          Je suppose que vous avez pu remarquer quelques similitudes avec …
-          Mr Loyal, compléta Henry. Ils ont la même façon de se battre.
-          C’est exact, dit le Directeur. Dédain bénéficie d’ailes aussi tranchantes que ne l’étaient celles de Pingoléon lorsqu’il les aiguisait à plusieurs reprises. Et en plus de ça, c’est un escrimeur hors pair. Mais ce n’est pas tout.
 
Henry fronça les sourcils d’un air interrogateur. Il avait vu Dédain à l’œuvre mais rien d’autre ne l’avait particulièrement marqué.
 
-          Voyez-vous, Dédain est un véritable être de nostalgie pour moi. Un concentré de toutes les qualités dont pouvaient se vanter les meilleurs membres de ma Troupe. Il possède certes le talent de Mr Loyal, mais aussi les réflexes des Siamois, le goût du combat du Colosse, la précision du Lanceur de couteux, la puissance sonore de la Chanteuse, l’agilité des Acrobates, l’ingéniosité du Mage, le calme du Mentaliste, et j’en passe… En un mot, Dédain est une Troupe améliorée à lui seul.
 
A chaque nouvel élément de l’énumération du Directeur, Henry revoyait le combat auquel il avait assisté. Dédain avait en effet prouvé qu’il était très compliqué à toucher, qu’il savourait le combat et qu’il faisait toujours mouche. De même, son Bourdon était aussi puissant, voire plus, que les Mégaphone de Grodoudou. Puis, en réfléchissant un peu, une idée lui traversa l’esprit, le faisant sourire d’un air narquois.
 
-          Et d’Estom ? lança Henry. Vous ne lui avez rien donné ?
 
Le Directeur resta un moment sans rien dire, sans même bouger. Dédain, cependant, eut un petit ricanement derrière eux, ce qui surprit Henry. Enfin, l’Hypnomade bougea en faisant légèrement pivoter son fauteuil, pour qu’Henry puisse mieux voir un des écrans qu’il alluma.
 


 
Arianna marchait dans le tunnel depuis quelques minutes. Lorsqu’elle arriva au bout, elle se cogna contre la paroi. Elle crut d’abord que le tunnel s’arrêtait là et qu’il n’y avait pas de sortie avant qu’elle ne sente sur le mur le froid d’une échelle en métal. Elle décida d’y monter et, arrivée au-dessus, elle souleva une trappe en bois qui cachait le tunnel dont elle s’extirpa.
 
Elle se trouvait en plein milieu de l’Arène qui servait de scène à différents spectacles de Smiland. Elle regarda autour d’elle. C’était complètement vide. Il n’y avait pas d’endroit où se cacher. Lorsque soudain, elle entendit du bruit qui provenait d’un coulisse que les acteurs empruntaient pour aller dans l’arène. Elle recula, sa respiration s’accélérant. Les employés l’avaient-ils retrouvée ?
 
Malheureusement, c’était bien pire que ça.
 


 
Thomas et son Ossatueur avaient fini par battre Drascore et son dresseur. Ce dernier avait préféré fuir une fois son Pokémon hors d’état de continuer. Mais Estelle et Frederick, qui affrontaient Lerne et Rémi, s’étaient déplacés pour suivre le combat. Se retrouvant seul, Thomas décida d’aller retrouver sa femme et s’était mis à courir vers l’Arène.
Quand il arriva sur place, il fut surpris de voir le Chef Uru, qui regardait vers l’Arène. Il ré-invoqua son Ossatueur et le bruit attira l’attention du cuistot.
 
-          Vous êtes un employé du parc, vous aussi ? demanda Thomas, agressif, en voyant son étrange allure.
-          Je suis le cuistot, en effet. Mon rôle est de fournir de la nourriture à tous ceux qui en ont besoin.
-          Une question : Vous n’auriez pas croisé une femme, par hasard, il y a quelques minutes ?
 
Thomas redoutait la réponse du Chef Uru. S’il l’avait croisé, peut-être lui avait-il fait du mal… et si ce n’était pas le cas, où pouvait-elle être ? Mais avant que le curieux personnage ne lui réponde, un cri perçant raisonna à ses oreilles. Un cri de peur, d’effroi, de désespoir. Le cri de sa femme. Le Chef Uru se retourna nonchalamment vers l’Arène tandis que Thomas hurlait le nom d’Arianna.
 
-          Je l’avais pourtant prévenue, dit le Chef Uru. Ma seule tâche ici, c’est de nourrir ceux qui en ont besoin.
 
Les cris de sa femme continuèrent un instant et Thomas, impuissant, tomba à genoux et explosa en sanglot. Même son Ossatueur avait lâché sa masse sous l’émotion. Le Chef Uru, quant à lui, attrapa ses propres couteaux de cuisine. Il lui en manquait un puisqu’il l’avait prêté à Rémi, mais de toute façon, ce serait vite réglé.
 


 
Henry était presque hypnotisé par l’image à l’écran. Il avait vu la Créature se jeter sur Arianna et la mettre en pièce, sans la tuer tout de suite pour autant, puis se délecter de la chair de sa victime. Le Pokéathlète était abasourdi, partagé entre l’incompréhension et l’horreur.
 
-          Vous … Vous avez recréé Estom…
-          En effet, répondit le Directeur. Voici Estom². C’est la réplique exacte de celui que vous avez connu, puisque nous en avons repris la formule sans rien n’y changer ou presque. Mais il n’a pas encore atteint le stade du Coudlangue. Après tout, c’est une expérience assez récente, juste avant Morgue pour être précis. Qu’en dites-vous ?
 

Henry aurait bien été incapable de s’exprimer sur le sujet. Cela faisait beaucoup trop de nouvelles en même temps, beaucoup trop de souvenirs monstrueux qui lui revenaient en tête. Et surtout trop  de fantômes de retour à son goût.

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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Sam 19 Mar - 14:07

Ho
My fucking
God

C'est juste le meilleur chapitre de cette fiction que j'ai jamais lu. Tout le rebondissements sont extraordinaires. T'arrives à amener les choses d'un de ces façons de dingue...
Les deux plus gros rebondissements de ce chapitre (je pense que tu voie desquels je parle) sont juste énormes, et bien qu'on s'en doute quelques lignes avant que tu ne les dévoiles complétement, ils le restent.

Franchement on voie qu'on s'approche de la fin, et j'ai vraiment hâte de voir ce que tu nous réserve !

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Nous avons peut-être le même arrière-arrière-arrière-grand-père en commun ! Tu as fouillé dans tes archives récement ? 





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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Sam 19 Mar - 14:40

Unpuis , si tu parle du dernier champion d'arene de Kalos c est Urup pas Uru , et j ai de plus en plus "peur" J aime pas ce parc (ni tous les autres parcs d attraction d'ailleur)

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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Sam 19 Mar - 14:49

C'est pas Urup, Fleur. Même si maintenant que j'y pense, il lui ressemble un peu.

J'en profite pour remercier Walk qui a corrigé le chapitre à la place de Libra, puisque ce dernier est très occupé en ce moment :x

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Sam 19 Mar - 17:07

En meme temps presque la meme description XD bedonnant , barbichette blance ect XD

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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Lun 4 Avr - 23:10

Chapitre 9 : Les greffés : Sans retour
 
Frederick et Estelle avaient été séparés de Thomas et Arianna par l’arrivée soudaine de Rémi et Trioxhydre. Ceux-ci les avaient subitement agressés avant de s’éloigner quelque peu du combat qui opposait l’homme-Drascore à Thomas. L’ingénieur et sa fille les avait donc suivis, prêts à en découdre. Nidoqueen et Smogogo avaient pas mal d’expérience en combat et leurs dresseurs se coordonnaient toujours à merveille. Ils étaient spécialisés dans les attaques à distance, à coup de Telluriforce, Lance-Flamme, Puredpois et autres Cradovague. Et s’ils ne se privaient pas d’attaquer de prime abord, leurs dresseurs les arrêtèrent subitement dans leur élan.
 
-          Mais c’est … L’un des enfants ! s’écria Estelle.
 
Ils ne l’avaient tout d’abord pas reconnu, certainement à cause de son accoutrement, plus adapté à la scène qu’au combat. De plus, il était toujours sur le dos de Lerne, qui restait à assez bonne distance tout en attaquant et provoquant. Ce n’était que maintenant qu’Estelle reconnaissait l’un des enfants que ce même Pokémon était venu kidnapper sous ses yeux quelques jours avant.
 
-          Tu es sûre de toi, Estelle ? demanda Frederick, dont le Smogogo attendait les ordres pour répliquer à un Vibrobscur.
-          Oui, c’est le fils d’Etienne et Sophie ! répondit Estelle d’un air mauvais.
-          Mais qu’est-ce que ça veut dire, bon sang ? reprit son père avec colère. Qu’est-ce qu’il fiche là ?
-          Regarde ses yeux, il a pas l’air dans son état normal, dit Estelle.
 
Son père plissa les yeux pour mieux voir. En effet, l’enfant ne devait pas avoir toute sa tête à l’instant précis. Il avait un sourire de sadique qui s’étalait tout au long de son visage et semblait ricaner en maniant son couteau de cuisine.
 
-          Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, bordel, dit Frederick. Tu crois qu’ils ont fait pareil avec les autres ?
-          D’un côté, ça voudrait dire qu’ils sont en vie… fit remarquer Estelle.
-          Peut-être, mais comment on se débarrasse du Trioxhydre sans blesser le petit ?
-          Ça j’en ai aucune idée…
 
Le Pokémon dont il était question rugit subitement de toutes ses gueules avant de foncer dans leur direction. Père et fille ordonnèrent donc à leurs Pokémon de s’écarter rapidement. Mais voyant que Lerne ne s’arrêtait ni ne déviait pas dans sa course, ils comprirent que les Pokémon n’étaient pas nécessairement la cible de leurs agresseurs.
 
-          Attention ! cria Frederick.
 
Ils imitèrent leurs Pokémon en s’écartant à toute vitesse de la trajectoire du Dragon. Lerne pivota alors rapidement, se dirigeant désormais vers Frederick uniquement, tandis que Rémi sautait de son dos et, avec une agilité impressionnante pour un enfant sans entraînement, tenta de donner un coup de couteau à Estelle, qu’elle esquiva de justesse.
 
La situation changeait du tout au tout désormais. Rémi n’était plus sur le Pokémon, mais représentait une véritable menace pour Estelle, qui n’avait pas envie de blesser l’enfant pour autant. Frederick, quant à lui, était face au Pokemon et à ses trois gueules menaçantes, seulement accompagné de son fidèle Smogogo.
 
Rémi repassa à l’attaque. Il était très vif dans ses mouvements et Estelle savait que, même s’il s’agissait d’un enfant, elle aurait bien du mal à l’arrêter sans risquer de prendre un sévère coup de couteau dans le bras, ou pire que ça. Aussi en était-elle réduite à reculer, tout en étant couvert par Nidoqueen, à qui elle faisait des signes pour ne pas qu’elle attaque l’enfant pour autant. Son père se débrouillait comme il le pouvait. Il esquiva tout d’abord quelques morsures de Lerne puis parvint à s’enfuir avec le Brouillard provoqué par Smogogo. Il se retrouva à bonne distance du Monstre, qui repartit à l’assaut en direction du Pokemon Gaz.
 
La situation commença à devenir vraiment mauvaise lorsque Smogogo fut mis à terre avec un triple Ultralaser lancé par chacune des gueules de Lerne. Une attaque qui surprit tellement Estelle qu’elle ne put esquiver un coup de couteau de Rémi à son bras gauche et qu’elle tomba à la renverse. Lerne se tournait vers l’ingénieur, désormais sans défense, claquant des mâchoires tandis que Rémi exposait un grand sourire de psychopathe en se plaçant juste devant Estelle, qui commençait à répandre un peu de son sang par terre tout en essayant de calmer Nidoqueen pour qu’elle aille plutôt aider son père.
 
-          Rémiiiiiii ! cria soudainement une voix de femme au loin.
 
Tout le monde se figea, l’enfant le premier. Il tourna la tête vers la direction d’où venait la voix tandis que Trioxhydre se désintéressait de Frederick et le regardait, l’air perturbé. Son visage était redevenu celui d’un enfant normal, l’air totalement perdu.
 
-          Maman… laissa échapper l’enfant.
 
Mais aussi subitement qu’il l’avait perdu, son sourire de folie revint à son visage et l’enfant éclata de rire tandis que Trioxhydre crachait de ses trois gueules une épaisse fumée semblable au Brouillard utilisé par Smogogo. Cette Puredpois aveugla un instant Estelle, Nidoqueen et Frederick, leur piquant les yeux et les faisant tousser. Elle se dissipa fort vite heureusement. Et quand ils récupérèrent une meilleure vision, ils constatèrent que Rémi et Lerne étaient partis, à la recherche d’une nouvelle proie…
 


 
Eden et Rosa étaient passées presque inaperçues dans Smiland. Si les autres groupes avaient déjà du combattre ou fuir au moins une fois, le leur, en s’engouffrant dans toutes les attractions pour chercher les enfants, était parvenu à ne pas rencontrer de groupe de Greffés ou d’autres Pokémon. Elles savaient se faire discrètes.
 
La peintre et la Coordinatrice venaient de fouiller le labyrinthe où, selon Hector et Blanche, la statue de Zygarde devait se trouver. Etrangement cependant, elles n’avaient vu aucune trace de la grande statue de Pokémon Légendaire, et encore moins des enfants. Par contre, à plusieurs reprises, elles avaient entendu des cris et des bruits de combat. Elles n’avaient aucune idée de la situation des autres groupes et étaient forcément un peu inquiètes.
 
Elles se dirigeaient maintenant vers la grande Arène de spectacle. De loin, on aurait dit véritable stade de combat, du style Colisée. Elles étaient presque arrivées quand Rosa remarqua, au sol, deux masses informes dans une mare de liquide noirâtre.
 
Les deux femmes se précipitèrent vers les cadavres de Thomas et de son Ossatueur. Ils présentaient de multiples coups d’une arme blanche et leur cou avaient été, à tous les deux, égorgés comme des cochons à l’abattoir. Devant ce spectacle peu ragoutant, Rosa en avait presque des nausées et sa mère se tenait la bouche dans la main, incapable de dire quoique ce soit.
 
-          Auriez-vous faim ?
 
Elles se tournèrent vers une des entrées de l’Arène. Assis sur les marches qui menaient aux gradins, le Chef Uru, cet homme étrange aux défenses et à la moustache de Kaïmorse, les regardait, le tablier couvert de sang.
 
-          Qui êtes-vous ? demanda Eden en se ressaisissant.
-          Je suis le Chef Uru, le responsable de tout ce qui touche à la nourriture dans Smiland. Vous voulez manger quelque chose ?
-          C’est vous qui les avez tués ? questionna sèchement Rosa.
-          Toute viande est d’abord un être vivant avant que nous ne la mangions, pas vrai ?
-          Parce que vous… comptez le manger ?
-          Moi ? Ho que non ! Mais mon petit protégé, par contre…
 
Il tourna le visage d’un air presque mélancolique vers l’intérieur de l’Arène. Ni Eden ni Rosa ne savaient de quoi l’homme voulait parler, mais ce n’était certainement rien de bon…
 
-          Mais deux cadavres, ce ne sera pas suffisant, dit Uru en soupirant. Non… Peut-être que deux demoiselles en plus…
 
Ni Eden ni sa fille ne se laissèrent prier. Elles invoquèrent Aligatueur et Sablaireau, prêtes à se défendre. Mais cela ne semblait pas déranger le Chef Uru, que du contraire …
 
-          Huhuhu, vous me le gâtez ! C’est bien gentil à vous de lui donner autant.
-          Je crois que t’as pas compris qu’on allait te défoncer ta sale gueule de Kaïmorse, dit Eden.
-          Vraiment ? C’est drôle que vous parliez de Kaïmorse…
 
Et à son tour, il lança des Pokéball en l’air, invoquant un Kaïmorse, mais aussi un Groret et trois Grahyena. Ces derniers s’élancèrent directement dans leur direction, mordant violement Aligatueur au bras. Ce dernier et Sablaireau se mirent alors à les affronter tout aussi férocement. Mais au lieu de soutenir ses Grahyena, le Chef Uru, suivis de ses autres Pokémon, se releva et commença à monter les marches.
 
-          Hey, tu comptes aller où comme ça ? cria Rosa.
-          Il faut bien que je le nourrisse, le pauvre…
 
A cet instant précis, Rosa sentit une goute tomber sur ses cheveux. Elle leva la tête et vit avec effroi le corps de Thomas et celui d’Ossatueur, déplacés par les pouvoirs psychiques de Groret et dégoulinant encore de sang. 
 
-          Mais vous êtes malade ! s’exclama la coordinatrice.
-          Arrêtez-vous tout de suite ! continua Eden.
-          Vous n’avez qu’à venir m’arrêter si c’est ce que vous voulez… dit le Greffé en disparaissant au fur et à mesure qu’il avançait. 
 
Les deux femmes se seraient volontiers mises à sa poursuite, si les Grahyena ne bloquaient pas le passage, montrant leurs crocs d’un air menaçant. Ils allaient d’abord devoir leur passer sur le corps.
 


 
L’ensemble de la Troupe accompagnait Marie dans Smiland. Il s’agissait sans nul doute du groupe le plus important chargé d’explorer le Parc d’attraction et, évidemment, il fut vite repéré par les différents employés. Aussi en affrontaient-ils en ce moment même quelques-uns qui, comme le Chef Uru et ceux rencontrés par Frederick et Estelle, présentaient quelques particularités morphologiques propres aux Pokémon.
 
Aussi Marie était-elle en proie avec la caissière qui les avait envoyés promener à l’entrée du parc quelques heures avant. Ils ne l’avaient pas remarqué alors, parce qu’elle était assise derrière un guichet, mais ses pieds avaient été remplacés par les puissante serre d’un Gueriaigle, Pokémon avec qui elle combattait d’ailleurs.
 
Au même moment, Scalproie, Grodoudou et Xatu se battaient contre un Tentacruel et son dresseur qui avait 4 tentacules identiques à celles de son Pokémon. Jungko, Simiabraz et l’ancienne Garde Rapprochée du Seigneur Poutine combattaient face à un Arbok et de son dresseur qui disposait de la même et longue queue. Un autre dresseur et son Coxyclaque rouaient de coups de poings les Clowns et les Jongleurs tandis que ceux-ci ripostaient. Tauros menaient les différents Pokémon de la Parade contre un Brouhabam et son dresseur qui faisaient ensemble un vrai vacarme. Enfin, Pijako et Betochef combattaient Triopikeur et son dresseur aux larges griffes.
 
Depuis sa cachette dans un magasin de souvenirs, le Directeur observait le combat aux côtés d’Henry. Le Pokéathlète était inquiet pour sa fille, aussi étouffa-t-il une exclamation en voyant que les serres de la caissière venaient de rater de peu le visage de Marie, avant d’être repoussée par Kaede et Tenefix.
 
-          Votre fille a bien grandi, constata le Directeur. Ce n’est plus la jeune enfant fragile que j’ai connue.
-          Pourquoi est-ce que vous me montrer ça, dit Henry. Vous voulez me prouver quoi, que vous avez sa vie en main ?
-          Ho non, loin de moi cette idée, Henry, répondit l’Hypnomade. Non, vous avez déjà prouvé que vous étiez prêt à tout pour elle… Je souhaitais en vérité vous montrer mes différents protégés.
-          Vos protégés ? répéta Henry en plissant les yeux.
-          Les Greffés. Des hommes et des femmes qui ont survécu à divers incidents, mais qui n’en sont pas sortis indemnes. De grands brûlés ou encore des personnes qu’on a dû amputer. Pour certains d’entre eux, ça a gâché leur vie d’une manière atroce, terminant parfois la rue, réduit à mendier pour survivre parce qu’ils avaient perdu leur emploi ou que personne ne voulait plus les voir.
-          Vous n’allez quand même pas me dire que vous êtes devenu philanthrope ?
-          Il faut croire que si. Après tout, étaient-ils vraiment différents de moi et de mes frères, rejetés qu’ils étaient par votre société pour leur apparence ? Alors j’ai demandé au Professeur Nessmad de leur fabriquer de quoi se remettre sur pied.
-          Vous êtes allés chercher des organes de Pokémon pour les leur fixer…
-          Pas vraiment, non. Ce n’est pas aussi simple que ça, puisque nous devions à tout prix éviter les rejets d’organes et de membres. Le Professeur a donc créé chaque greffe artificiellement en mêlant ADN Pokémon et Humain.  Et c’est ainsi que les Greffés sont nés. Je leur ai ensuite proposer de continuer avec moi et leur ai offert une place parmi nous. Les visiteurs du Parc pensaient qu’il s’agissait de costumes !
-          Vous avez fait ça uniquement pour vous servir d’eux comme vous vous serviez de la Troupe autrefois, dit Henry avec rancune.
-          Votre opinion à mon encontre est tenace, à ce que je vois. Mais dites-moi, mon cher Henry, que diriez-vous si l’on vous proposait un nouveau bras ?
 
Henry ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit. Son bras, il l’avait perdu en se sacrifiant contre Estom premier du nom. Depuis, il devait vivre avec un bras unique, ce qui, il est vrai, n’était pas franchement très pratique. Il n’avait cependant jamais envisagé la possibilité de récupérer son membre perdu. Le Directeur, voyant l’air troublé du Pokéathlète, sortit une valise à ses pieds, qu’il posa délicatement sur son bureau avant de l’ouvrir. A l’intérieur, un bras jaune surmonté de marques noires, un bras d’Elektek.
 


 
Camille, Eve et Tristan courraient à toute vitesse, poursuivis par le gigantesque Galeking. Ce dernier riait aux éclats, mais il était quelque peu distancé par les enfants. Après tout, il avait beau être le Pokémon le plus fort du Parc, il devait déplacer une masse gigantesque pour se mouvoir. Devant lui, les enfants fuyaient la Bête avec désespoir. Soudain, il les vit tous les trois pénétrer dans un petit bâtiment.
 
-          Hahaha, vous croyez quoi, que l’entrée est trop petite pour moi ? cria Further. Laissez-moi l’agrandir !
 
Et sans plus attendre, il fonça tête baissée à l’intérieur du bâtiment, explosant les murs de l’entrée dans sa charge. Il se stoppa net cependant en voyant où il était entré.
 
Il se trouvait en plein dans le Palais des miroirs. Partout autour de lui, il voyait le reflet des 3 enfants regardez dans tous les sens, mais aussi son propre reflet l’air ahuri. Further aurait cependant été incapable de dire où étaient les enfants. Aussi s’avança-t ’il en donnant des coups au hasard, tout autour de lui. Cela créa un véritable bazar au sein du Palais des Miroirs. Il voyait des centaines d’enfants courir dans tous les sens, mais aussi des Galeking faire un peu n’importe quoi. Puis soudain, il n’y avait plus que lui.
 
-          Haa, les pestes ! jura-t-il en regardant autour de lui.
 
Il n’y avait plus que lui et ses reflets, mais aussi plein de débris de verre qu’il avait brisé en se déplaçant. Seulement impossible de trouver l’entrée. Qu’à cela ne tienne, il suffisait de faire comme pour entrer.
 
Les trois enfants s’étaient cachés derrière un grand arbre en s’échappant du Palais des Miroirs. Ils haletaient, hoquetaient, épuisés par cette course poursuite. Ils avaient tous les trois envie de pleurer en vue de ce qu’ils étaient en train de vivre. Mais l’énorme fracas de Further sortant du bâtiment à son tour les fit retenir leur souffle.
 
Aucun d’eux n’osait regarder derrière l’arbre, au risque de se faire repérer par le Monstre géant. Camille tendait l’oreille, à l’affut. A chacun des pas de Further, le sol tremblait légèrement. Ils restèrent un instant silencieux, prêts à reprendre leur course, mais les pas du Galeking se faisaient de plus en plus éloignés. Bientôt, ils n’entendaient plus rien et Eve se décida à jeter un coup d’œil. 
 
-          Il est parti, chuchota-t-elle. On est sauvés…
-          Ouf ! lâché Camille dans un soupir de soulagement. C’était qui celui-là ?
-          Un… Un monstre … dit Tristan entre deux hoquets. Il … Il va revenir et … Il va nous… nous tuer…
-          T’en as pas marre d’être pessimiste ! dit Eve. Il est parti, là, c’est bon !
-           Et alors, dit Tristan. Personne ne pourra nous sauver… on va finir par mourir ici… comme Ugo…
 
Camille s’approcha alors de Tristan et lui mit une gifle digne d’une de celle que donnait sa mère quand elle était mécontente. Tristan en tomba à la renverse, s’arrêtant de pleurnicher, regardant Camille avec plus d’étonnement qu’autre chose.
 
-          C’est pas avec cette attitude qu’on va sortir de ce Parc ! s’écria Camille. Ok, c’est super dangereux, mais on doit se ressaisir si on veut sortir vivants d’ici !
-          Je suis d’accord avec Camille ! dit Eve.
-          Ouais, on doit se bouger le popotin ! clama Camille. Alors, Tristan, tu viens ?
 
Elle lui tendait la main pour l’aider à se relever. Tristan hésita quelques secondes puis l’attrapa pour se remettre debout.
 
-          Très bien ! Et maintenant, on y va ! dit Camille en reprenant sa marche.
-          Hey, pas par là, s’exclama Eve. C’est de là que vient le Galeking !
-          Ha heu oui… bredouilla Camille. On va par où alors ?
 


 
De son côté, Further jeta un regard en arrière avec une pointe de déception. Il aurait bien voulu continuer sa poursuite des enfants et même écraser le jeune garçon sous son poids. Mais les ordres étaient clairs, une fois assez distancé, il devait laisser les suivants s’occuper d’eux. Et puis il y avait encore quelques statues à déplacer pour accomplir le Rituel. Il soupira puis se dirigea vers l’entrepôt où étaient cachées les résultats de leurs larcins d’envergure…
Le Rituel aura lieu ce soir.

 
 
-          Rémi ! cria à nouveau Sophie le plus fort possible, non loin de l’attraction L’Arbok.
-          Je ne pense pas que cela serve à grand-chose de crier son nom à tout-va, glissa Edith, désappointée. On risque juste d’attirer des problèmes…
-          Bha, s’ils reviennent, on les battra, non ? répondit Etienne.
-          Personnellement, je préfèrerais ne pas les revoir tout court...
 
Edith faisait évidemment allusion aux Greffés. Eux aussi avaient d’abord été poursuivis par les employés du Parc et leurs Pokémon avant que son Pyrax ne se débarrasse d’eux à coup de Vent Violent et de Danse du Feu. Cependant, la Sage se doutait qu’ils n’étaient pas les seuls à défendre Smiland. Elle appréhendait de tomber sur le Galeking géant ou encore sur la Tailleuse, pour qui elle avait une telle haine qu’elle aurait bien du mal à réfléchir.
 
-          Rémi ! hurla encore Sophie.
-          On ferait mieux de …
 
Edith s’interrompit. Juste devant eux, une créature venait de débouler et se dirigeait dans leur direction. De loin, la Sage crut reconnaitre un Trioxhydre, aussi fit-elle le lien avec celui qui avait kidnappé les enfants.
 
-          Qu’est-ce que je disais, dit-elle en attrapant la Ball de Scorvol. Encore des problèmes !
-          On va vite régler ça, répliqua Etienne en invoquant son imposant Golemastoc.
 
Sa femme, à l’instar d’Arianna, était très peu portée sur les combats. Son Floravol et son Leveinard était en arrière, en soutien aux Pokémon de son mari et de ceux d’Edith. Mais lorsqu’elle vit Lerne s’approcher de plus en plus d’eux, elle poussa Edith pour se placer devant elle.
 
-          Hey ! se plaignit la Sage. Qu’est-ce que tu fais…
-          Rémi ! dit Sophie. Il est là !
-          Quoi mais qu’est-ce que…
 
La Sage s’interrompit, abasourdie. Rémi était bien là, sur le dos du Pokémon qui se rapprochait de plus en plus. Il portait un étrange accoutrement de spectacle, des habits d’une autre époque. Golemastoc et Etienne se détendirent, tout comme Scorvol, tout aussi étonné que les dresseurs. Lerne arrêta subitement sa course à un peu plus de 5 mètres d’eux et Sophie, des larmes de joies coulant sur son visage, se dirigea vers lui pour attraper son petit garçon.
 
Mais à peine avait-elle fait trois pas que Lerne laissa échapper une onde d’énergie négative qui frappa la petite femme de plein fouet, mais aussi les autres dresseurs et leurs Pokémon. L’attaque Vibrobscur les fit tous reculer et Sophie tomba sur le dos. C’est à ce moment qu’ils remarquèrent que Rémi n’était pas du tout dans son état normal puisqu’il sauta par terre et se mit à courir vers sa propre mère, un couteau à la main, tout en éclatant d’un rire de folie.
 
Heureusement, Scorvol fut assez rapide pour s’interposer. Le Pokémon disposait d’une carapace solide et le coup destiné à Sophie ne provoqua qu’une petite égratignure à son bras. Rémi recula rapidement, comme pour éviter le contrecoup, tandis que sa mère se relevait, sous le choc.
 
-          Rémi, mais ça va pas de faire ça ! cria Etienne, en colère. Lâche ça de suite ! 
-          Je ne pense pas que votre fils soit dans son état normal, dit Edith d’un air sombre.
-          Comment ça… ? interrogea Sophie dans un souffle à peine audible.
-          Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait, mais ça, c’est pas la tête, ni les attitudes, d’un enfant de 9 ans…
-          Et on fait quoi, alors, dit Etienne en fronçant les sourcils.
-          Il faut le mettre hors d’état de nuire, dit Edith. Rémi comme le Trioxhydre.
-          Hors de question qu’on attaque Rémi ! dit Etienne. C’est qu’un enfant, on risquerait de le tuer !
-          Un enfant armé d’un couteau, précisa vivement Edith. S’il réattaque, on fait quoi, on lui montre où frapper pour tuer à coup sûr ?
-          Je m’en occupe, dit Sophie.
-          Quoi ?
-          Je m’occupe de Rémi, répéta Sophie. Je suis sa mère, non ?
-          Attends, attends, intervint Etienne. Je suis pas d’accord, et le couteau, tu en fais quoi ?
-          Je ne suis pas douée au combat comme toi et Edith, alors concentrez-vous sur le Pokémon. Je trouverai bien un moyen de le désarmer.
 
Et sans plus attendre, elle s’écarta d’eux et fit des signes à Rémi, comme pour lui demander de s’approcher. L’enfant la fixait avec son sourire sadique et finit par répondre à son appel en s’avançant vers elle. Lerne allait le suivre quand il fut touché par un Poing-Ombre de Golemastoc.
 
-          Ça se passe ici pour toi ! cria Etienne, pressé de se débarrasser de lui pour aider sa femme. Allez, viens te battre !
 
Il n’en fallut pas plus pour que Lerne passe à l’attaque et commence à combattre férocement le Golem. Edith, un peu inquiète pour Sophie, envoya Scorvol à la rescousse de ce dernier.
 
Sophie avançait à reculons, lentement, observant son propre enfant s’approcher de plus en plus, une arme à la main. Lorsqu’elle remarqua que celle-ci était tâchée de sang, elle se pinça la lèvre. Son petit enfant avait-il déjà tué ce soir ?
 
Subitement, Rémi passa à l’attaque, donnant de rapides coups secs que sa mère évitait de justesse, mais qui l’obligeait à reculer encore plus. Elle se sentit soudainement collée contre le mur et du se baisser rapidement pour éviter à une attaque qui aurait pu lui trancher le cou. A terre, elle se glissa rapidement sous les jambes de son fils, le faisant perdre l’équilibre. Elle se releva, mais son fils lui aussi était déjà debout. Malgré la chute, il avait gardé son couteau en main et était prêt à repartir à l’attaque.
 
Mais au lieu de cela, il détourna son regard de sa mère et pénétra dans la file d’attente déserte de l’Arbok. Sa mère cligna des yeux d’incompréhension, et décida de le suivre.
 


 
Le dernier Grahyena poussa un petit cri plaintif quand Aligatueur le propulsa contre le mur à coup d’Hydrocanon. Il retomba par terre et, comme ses semblables, s’évanouit. Mère et fille n’attendirent pas plus longtemps pour suivre les marches que le Chef Uru avait emprunté quelques minutes avant.
 
Une fois le petit escalier gravi, elles se retrouvèrent au milieu des gradins de l’Arène. Un peu plus loin, le Chef Uru était assis et regardait le milieu de la scène d’un air pensif. Groret était juste à côté de lui et affichait un sourire mauvais en regardant dans la même direction tandis que Kaïmorse, lui, se dressait entre les deux femmes et son dresseur, prêt à en découdre à son tour.
 
-          Qu’est-ce que vous avez fait des corps ! cria Eden, furieuse.
 
Pour toute réponse, le cuistot afficha un sourire, continuant de regarder la scène. Avec un mauvais pressentiment, Rosa et sa mère tournèrent leur regard dans la même direction avant de se figer d’effroi.
 
Il devait y avoir 4mètre de hauteur entre les gradins et la scène, une hauteur qui devait suffire pour empêcher la créature de sortir. Pourtant, même en sachant qu’elle ne pourrait probablement rien leur faire, Rosa en avait des frissons, de douloureux souvenirs revenant à elle. Au centre, tâchant le sable de la scène du sang des cadavres de Thomas et Ossatueur, un Excelangue était en train de se nourrir comme s’il s’agissait de son premier repas depuis plus d’un mois. Pourtant, pas très loin de lui, d’autres tâches de sang montrait que ce n’était pas son premier repas en cette soirée.
 
Pour Rosa, c’était la pire vision possible. Elle qui avait eu tant de mal à faire le deuil de son Roselia se retrouvait à nouveau confronté à un monstre du même acabit que celui qui, sous ses yeux, avait découpé son Pokémon d’un seul coup de mâchoire. Sa mère, sachant cela, mis sa main sur son épaule et l’obligea presque à détourner son regard. Le Chef Uru s’était relevé et semblait amusé par leur réaction.
 
-          Qu’est-ce que ça veut dire ? dit Eden. Où vous êtes-vous procuré ce monstre ?
-          Un monstre ? Allons allons, il s’agit juste d’un être vivant, comme vous et moi, habité de pulsions particulières. Voyez-vous, Estom² est affamé en permanence. Et c’est mon travail de faire en sorte qu’il puisse se nourrir au mieux.
-          Ça ne répond pas vraiment à ma question, dit Rosa en fronçant les sourcils.
-          Peu importe que vous sachiez ou non. Puisque de toute façon, vous êtes son prochain repas. Kaïmorse !
 
Le Pokémon sembla prendre une grande inspiration avant de lancer un Laser Glace dans leur direction. Sablaireau et Aligatueur s’écartèrent à temps pour esquiver tandis que leurs dresseuses reculaient à leur tour. Le Pokemon d’Eden couru en direction de leur agresseur et lui asséna un Dracogriffe au ventre, ce à quoi Kaïmorse répondit avec un coup de défense sur son dos. Sablaireau s’apprêtait à rejoindre la bataille quand le Chef Uru se jeta sur lui, hachoirs en main. C’était ses griffes contre les ustensiles de cuisine. Pendant ce temps, Groret regardait la scène en rigolant désagréablement. Eden encourageait son Pokemon mais Rosa, elle, ne pouvait s’empêcher de jeter sans arrêt un coup d’œil au monstre qui, inlassablement, remplissait son ventre du corps de leurs alliés.
 


 
Le combat contre Lerne était très délicat. Le Pokémon était très puissant, capable de rivaliser avec les deux Pokémon en même temps. En outre, ses trois gueules  laissaient échapper diverses fumées aux effets divers. Aussi quand Scorvol fut sur le point de lui asséner un Plaie-Croix, il lui cracha au visage le même mélange qui avait endormi les enfants lors du kidnapping, ce qui fit tomber le Scorpion à terre. Cependant, cela ne freina pas l’attaque et il parvint avant de s’évanouir à trancher l’un des bras du Pokemon.
 
Edith rappela Scorvol dans sa Ball et, alors qu’elle le remplaçait par Pyrax et que Golemastoc allait profiter du moment de douleur de leur adversaire, Lerne cracha à nouveau une fumée épaisse qui le cacha. Lorsqu’ils le virent à nouveau, son bras-gueule s’était entièrement reconstitué.
 
Le combat continuait tandis que Rémi, suivi par sa mère, montait sur les rails de l’attraction. Il commença alors à s’avancer, de plus en plus loin, avec des airs de funambules. Saisie d’un mauvais pressentiment, sa mère cria son nom deux fois avant de l’imiter. Floravol resta à ses côtés tandis que Leveinard, assez maladroite, resta au sol et les suivait du regard.
 
-          Qu’est-ce qu’ils font ? dit Etienne, intrigué en regardant sa femme escalader l’attraction à la poursuite de Rémi.
-          Hein ?
 
Edith était bien plus concentrée sur le combat qui les opposait à Lerne et elle n’avait pas vu ce qui se passait derrière elle, au contraire d’Etienne, inquiet pour sa famille. Cela se faisait ressentir car Golemastoc ne réagissait pas toujours assez vite, au contraire de Pyrax. Ils savaient maintenant qu’ils devaient se méfier des trois gueules du Trioxhydre, et Pyrax mettait à mal le Dragon avec ses Bourdon. Mais Lerne ripostait, encore et toujours, avec une puissance digne des monstres que la Sage avait déjà eu à affronter par le passé.
 
Sur l’Arbok, Rémi s’était enfin arrêté. Sa mère était face à lui, stressée par la hauteur. Il devait y avoir environ 7 ou 8 mètres entre eux et le sol. Floravol l’avait déjà sauvé une fois en la repoussant alors qu’elle perdait l’équilibre. Son fils n’avait montré aucun signe de faiblesse de ce point de vue et il regardait sa mère s’avancer de plus en plus vers lui lorsqu’elle s’arrêta pour réfléchir. Son fils était à moins de deux mètres. Il avait toujours un couteau en main mais un mouvement brusque risquait de le faire chuter. Que devait-elle faire ?
 
Elle n’eut pas vraiment beaucoup de temps pour réfléchir que son fils décida de passer à l’action. Il adressa un sourire fou à sa mère, pivota et, enfin, se laissa tomber.
 
Sophie cria et, sans réfléchir, plongea pour rattraper son fils. Elle l’attrapa en l’air et l’enfant en profita pour plonger sa lame dans sa poitrine.
 
Tout se passa très vite et pourtant, on eut dit que le temps s’était arrêté. Etienne cria en voyant son fils et sa femme tomber de l’attraction, mais il ne fut pas le seul. Etrangement, Lerne eut exactement la même réaction, comme s’il ne voulait pas ce qui arrivait. Cela profita à Pyrax et Edith pour le mettre KO avec une puissante et dernière attaque Vent Violent. Dans les airs, se rapprochant de plus en plus du sol, Sophie, malgré le sang qui s’échappait de son corps, étreignit son fils comme si c’était la dernière fois. Celui-ci perdit alors le sourire de folie qu’il avait eu jusqu’alors et sembla retrouver ses esprits, ne comprenant pas ce qui lui arrivait.
 
Sans l’intervention de Floravol et sa manipulation du vent, le choc aurait sans doute été assez violent pour tuer Sophie sur le coup. Heureusement, le petit Pokémon était parvenu à atténuer l’impact avec le sol, ce qui n’empêcha pas quelques os de se briser. Leveinard couru vers les lieux de l’accident et, alors que Rémi se relevait et constatait ce qu’il avait fait, elle commençait à prodiguer les premiers soins à sa dresseuse.   
 
Etienne les rejoignit directement tandis qu’Edith s’assurait que Lerne était bien KO. Il tomba à genoux devant sa femme évanouie sous la douleur tandis que Rémi pleurait.
 
-          Je … Je voulais pas… répétait-il en sanglot. Maman !
-          Ce n’est pas ta faute, dit Etienne en l’attrapant dans ses bras. Tu … elle va s’en sortir, tu verras…
 
Edith, de loin, observait la scène. Sophie s’était sacrifiée et allait peut-être mourir, mais Rémi avait récupérer ses esprits. Etait-ce momentané ? Allait-il de nouveau sombrer dans la folie ou l’amour que lui portaient ses parents sera-t-il suffisant ? Elle regarda à ses pieds le Trioxhydre qui, comme la mère du garçon, était dans les vaps. Pourquoi avait-il réagit comme ça, lui aussi, quand Rémi s’était jeté du haut de l’attraction ?
 
Trop de questions sans réponse perturbaient la Sage. Elle quitta le corps inconscient de Lerne pour aller aider Leveinard et Etienne à sauver Sophie. Elle n’était pas encore morte, il fallait tout tenter.
 


 
Kaïmorse et Aligatueur combattaient de manière tout aussi enragée des deux côtés. Le Pokemon de la peintre avait de profondes blessures causées par les longues défenses de son adversaire. Il n’était pas en reste cependant et continuait de se battre et infligeait lui aussi de lourds dommages. Sablaireau, lui, était parvenu à esquiver presque toutes les attaques du Chef Uru. Mieux, il avait réussi à lui donner un coup d’Eclategriffe au torse, déchirant son tablier et dévoilant un étrange mélange de couleurs de peau à son ventre. Mais cela n’avait pas déstabilisé le cuistot qui continuait à attaquer, parvenant parfois à érafler le Pokémon.
 
Soudain, sous les ordres de leurs dresseuses, Aligatueur décida de s’écarter brutalement après avoir feinté une attaque sur Kaïmorse, au moment même où Sablaireau se mettait en boule et, passant entre les jambes du Greffé et le faisant trébucher, fonça vers Kaïmorse. Celui-ci qui avait déjà commencé un mouvement pour éviter l’attaque de son autre adversaire ne put réagir assez vite et fut projeté par une puissante Roulade plus loin dans les gradins, apparemment inconscient.
 
-          Un de moins ! clama Eden en serrant le poing.
-          Plus que deux, ajouta Rosa d’un air sombre.
 
Aligatueur et Sablaireau reprenaient leur souffle avec satisfaction. Le Groret avait perdu son air assuré qu’il avait en observant le combat. Mais son dresseur, en se relevant, éclata d’un rire gras et mauvais qui surprit les deux femmes.
 
-          Groret, vas-y !
 
Le Pokémon en question regagna soudainement toute son assurance tandis qu’Aligatueur et Sablaireau se mettaient en position pour reprendre le combat. Mais au lieu d’attaquer, Groret se tourna vers le corps de Kaïmorse et, comme il l’avait déjà fait auparavant, se mit à le faire léviter. 
 
-          Mais vous n’allez quand même pas … , dit Rosa dans un souffle, écarquillant les yeux.
 
Mais c’était déjà trop tard. Groret envoya plus loin dans l’Arène le corps de leur précédent adversaire qui tomba lourdement, attirant l’attention d’Estom². Le choc sembla réveiller le Pokémon qui, quand il comprit où il était, tenta de fuir en poussant des cris désespérés. Mais c’était déjà trop tard.
 
Rosa en eut un haut de cœur. Le Pokémon se débattait sans succès, dévoré vivant par le monstre affamé qui se délectait de cet instant, comme si la viande vivante avait un goût particulièrement exquis. Eden détourna le regard et lança un regard noir au Chef Uru.
 
-          Je m’occupe du cuistot, toi, tu prends Groret, dit-elle.
-          Compris, parvint à articuler Rosa, le regard comme attiré par ce spectacle qui agissait presque comme une obsession malsaine.
 
Sans plus attendre, Aligatueur se jeta sur le Chef Uru qui, les Hachoirs en main, n’attendait que cela. Sa dresseuse se rapprocha de combat, afin de mieux le soutenir, tandis que Sablaireau courrait, toutes griffes dehors, sur Groret.
 
Le Pokemon Porc utilisait Psyko pour dévier les attaques Griff’ombr de son opposant. Malheureusement pour lui, manipuler un adversaire qui se battait était bien plus compliquer que de soulever un corps sans vie. Aussi Groret avait clairement du mal contre Sablaireau qui le faisait de plus en plus reculer. Rosa avait fini par reprendre ses esprits et dirigeait son Pokémon avec brio. Enfin, accolé contre la barrière de sécurité qui empêchait les spectateurs de tomber dans l’Arène, sous les ordres de Rosa, Sablaireau donna un coup de Griff’ombr par le bas, afin de soulever Groret qui bascula par-dessus la sécurité et tomba, à son tour dans l’Arène.
 
Le Groret se releva directement, paniqué. La chute avait été violente, mais il était toujours en vie. Il essaya de se faire léviter lui-même pour regagner les gradins mais, affaiblis comme il était, il restait fort lent. Il pensait néanmoins s’en sortir, du moins avant qu’une longue langue gluante de salive corrosive n’attrape sa jambe. Le Pokémon tenta de s’en débarrasser mais, déconcentré, il tomba à nouveau, désormais piégé par le Monstre.
 
Rosa, cette fois, refusa d’en voir plus et préféra se tourner vers le combat qui opposait sa mère au Chef Uru. Elle et Sablaireau ne purent étouffer un cri de stupeur et d’effroi lorsque, comme ils dirigeaient leur attention sur eux, le Chef Uru infligeait un puissant coup de hachoir à l’Aligatueur, déjà affaibli par son précédent combat. Le sang gicla et Eden, à son tour, poussa un cri alors que le Pokemon tombait à cause de ses blessures. Sans attendre, la peintre rappela son partenaire dans sa ball, sous le regard mécontent du Greffé.
 
-          Je l’ai vaincu, cracha-t-il. Qu’il finisse dans l’Arène.
-          C’est hors de question, répliqua Eden.
-          Alors il faut le remplacer !
 
Et il fonça droit vers elle, la saisissant par les poignets. Rosa regarda sa mère se débattre de toutes ses forces, mais elle ne faisait pas le poids face au cuistot. Ses coups de pieds dans le torse et entre les deux jambes ne semblaient pas l’affecter. Il se dirigea alors vers les barrières de sécurité.
 
-          Ne faites pas ça ! cria Rosa en comprenant ce qu’il allait faire de sa mère. Je vous en prie !
-          Ici, c’est manger ou être mangé, dit le Chef Uru. C’est une loi immuable de la Nature que je me dois de perpétrer. Moi, le Greffé Uru, celui à qui notre Saint Patron a donné la tâche de s’occuper de l’être que même lui craint. Moi, l’ancien Grand brûlé. Moi, le Cuistot de Smiland !
 
Et sans rien ajouter de plus, il lança Eden par-dessus la barrière sous les cris de désespoir de Rosa. Elle tomba violemment au sol. Elle essaya de se relever, mais la douleur à la jambe était trop forte. Le choc avait dû lui briser quelques os… Elle vit cependant l’Excelangue relever la tête de son repas. Il la fixait en mâchonnant un morceau qui devait être la cervelle du Groret. Il ne s’était pas encore jeté sur elle, terminant d’abord son repas, mais son regard en disait long sur ses intentions prochaines.
 
Quatre mètres plus haut, Rosa était atterrée. Elle avait vu son père mourir sous ses yeux, transpercé par un Métamorph. Elle avait aussi vu son premier Pokémon tranché puis dévoré par le premier Estom. Devait-elle en plus voir sa mère mourir de la même manière ?
 
Le Chef Uru se dirigeait lentement vers elle. Ses vêtements déchirés laissaient voir qu’il avait reçu plusieurs greffes de peaux de Pokémon différents. A cela s’ajoutait les quelques taches de sang d’Aligatueur. Son imposante carrure et son apparence pour la moins peu commune auraient pu effrayer n’importe qui.
 
Mais ce n’était pas le moment d’avoir peur. Sans prévenir, une fois Uru assez proche d’elle, Rosa se jeta sur lui et dut sauter pour lui donner un coup de poing directement dans son nez de Marcacrin. Le Cuistot recula de deux pas, surpris par cet élan soudain et par la violence du coup. Rosa profita de sa confusion pour envoyer Sablaireau attaquer à son tour, lui ordonnant de viser avec ses Griffes les intersections entre les différentes peaux. Le Chef Uru tenta de répliquer avec son Hachoir, mais Rosa prévenait son Pokémon de chacune de ses attaques. Finalement, le plan de la coordinatrice fonctionna au bout de trois coups de griffes au bout desquels Sablaireau arracha une immense greffe de peau bleue d’un seul coup, dévoilant la chaire brûlée par endroit du Chef Uru.
 
Le Cuistot haleta, lâchant ses hachoirs sous la douleur. Il tenta de plaquer sa peau pendante sur son ventre, mais cela lui provoqua encore plus de douleurs. Et avant qu’il de puisse se ressaisir, Sablaireau le poussa violemment contre la barrière de sécurité avec Roulade puis lui et sa dresseuse le firent basculer dans l’Arène au moment même où Estom² terminait Groret.
 
Le monstre regarda alors autour de lui. D’un côté, il y avait une femme rousse assez mince. De l’autre, l’imposant être qui, chaque jour, venait le nourrir à travers des barreaux ou dans l’Arène. Plusieurs fois,  il avait éprouvé le désir de manger cet homme qui lui offrait toujours moins à manger que son propre corps n’aurait pu en proposer. C’était l’occasion rêvée.
 
Réveillé de sa chute par une goutte de salive corrosive, le Chef Uru eut tout juste le temps de voir la tête de son protégé, de sa responsabilité la plus importante dans Smiland, avant que celui-ci ne commence à dévorer son visage, arrachant tout d’abord son nez de Marcacrin. Pourtant, le Chef Uru se laissa faire, considérant que, pour quelqu’un comme lui, qui avait toujours veillé à nourrir les autres, c’était peut-être la plus belle mort possible…
 
Eden était sur le point de vomir tout ce qu’elle avait dans l’estomac quand sa fille lui cria d’appeler son Kadabra. Voyant où elle voulait en venir, elle profita que le Monstre était occupé pour se téléporter dans les gradins, aux côtés de Rosa et Sablaireau. La coordinatrice se jeta sur elle, la serrant contre son corps et laissa échapper quelques larmes dans un sanglot. Leur combat était terminé.
 
Pour le moment.
 


 
 Camille et Tristan suivaient Eve dans les allées de Smiland. Les enfants n’avaient plus été interrompus par un quelconque monstre depuis qu’ils étaient parvenus à échapper à Further. Ils venaient de passer à côté du Démanta, une attraction que les deux jeunes filles avaient beaucoup aimé quelques jours avant mais qui, ce soir, les laissaient indifférentes. Ils n’avaient pas beaucoup parlé depuis un moment, de peur d’attirer quelqu’un ou quelque chose. C’est alors qu’Eve se freina subitement. Camille releva la tête, d’abord effrayée, puis ne put s’empêcher de crier de joie.
 
Juste en face d’eux, ses parents venaient d’arriver. Blanche cria le nom de Camille comme si elle n’en revenait pas puis elle et Hector se mirent à courir dans leur direction, imités par leur fille.
 

Mais avant qu’ils ne puissent prendre leur fille dans leurs bras, un mur de flammes s’éleva soudainement entre eux et Camille. Tous se figèrent.  Au-dessus de cette barrière de flammes, 4 Mélancolux faisait danser leurs flammes bleutées avec excitation.

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Sam 16 Avr - 11:43

Avant propos:
 




Chapitre 10 : Le tribunal du Ridicule.
 
Blanche pesta. Alors qu’ils la cherchaient depuis si longtemps, un mur incandescent les séparait de leur petite fille. Les Mélancolux étaient là, au-dessus d’eux, presque immobiles et, derrière le feu, les enfants criaient à l’aide. Aussi la championne invoqua-t-elle son Ecrémeuh tandis que son mari faisait appel à Caratroc et Scarhino.
 
Camille avait reculé de plusieurs pas à cause des flammes qui l’avaient surprise. Elle appelait ses parents à l’aide, mais parvenait à peine à voir ce qui se passait derrière la barrière brûlante des Mélancolux.
 
-          Camille ! l’appela Eve. Regarde !
 
La petite fille se retourna et suivit la direction du doigt que pointait Eve. Venant de sortir d’un petit bâtiment, en homme habillé en blanc et en rayures bleue, s’avançait vers eux. Il avait un sourire crispé et assez désagréable que Camille reconnut de suite. C’était le Glacier, l’homme qui, quelques jours auparavant, l’avait enfermée avec Eve dans sa camionnette. Il était accompagné de deux Sorboul et sa main droite semblait être gelée. Il marchait d’une manière assez étrange, comme s’il avait des talons et qu’il cherchait à garder son équilibre. 
 
Camille déglutit. Elle regarda en direction d’Eve et de Tristan. Eux aussi ne semblaient pas rassurés par la présence du Glacier qui, bien qu’il s’agisse d’un humain, n’était clairement pas normal. Aussi, ni une ni deux, les enfants décidèrent de revenir sur leurs pas. Le plus vite possible.
 
De l’autre côté des flammes, Blanche et Hector commençaient tout juste à affronter les Mélancolux quand Blanche remarqua que les enfants n’étaient plus là, prévenant son mari et commençant un peu à paniquer.
 
-          Essaye de les rejoindre, proposa Hector. Je vous retrouve quand je me serai débarrassé d’eux…
-          Et comment je fais pour passer à travers le feu ? demanda vivement Blanche, de mauvaise humeur.
-          Utilise Ecrémeuh, dit Hector. Si elle traverse avec Roulade, elle devrait faire un trou temporaire, si tu suis de près…
-          Pas con… dit Blanche. Tu as entendu ?
 
Son Pokémon acquiesça et se mit en boule avant de commencer Roulade, son attaque fétiche. Blanche, quant à elle, se mit en position de course. Lorsque son Pokémon s’élança vers le mur, elle l’imita tout en essayant d’être la plus proche possible. La Roulade, comme l’avait pensé Hector, provoqua une petite faille dans laquelle s’engouffra Blanche en vitesse. A peine passait-elle que les flammes reprenaient leur place et léchaient les vêtements et la peau de Blanche. Elle tomba par terre, une vilaine brûlure sur le bras droit, mais elle avait franchi la barrière des Mélancolux. Sans plus se soucier d’elle, elle se mit à courir aux côtés de son Pokémon, elle aussi un peu brûlée, en apercevant au loin un homme poursuivre les enfants… 
 
Hector, lui, était prêt à en découdre contre les Mélancolux. Il n’avait pas appelé Cizayox car celui-ci avait beaucoup de faiblesses face au feu. Aussi son choix s’était-il porté sur deux Pokémon qu’il utilisait moins souvent, mais qui avaient fait leurs preuves lors de ses combats en tant que membre du Conseil des 4 de Jotho.
 
Scarhino tenta d’atteindre les Mélancolux avec Balle Graine et Dard Nuée tandis que Caratroc utilisait Gyroballe. Mais les 4 Pokémon mystérieux se contentaient d’éviter les coups agilement, sans jamais répliquer contrairement à ce qui s’était passé durant leur dernier affrontement, quelques années auparavant. On aurait dit que leur seul but était de le ralentir. Pourtant, ils avaient à peine réagi quand Blanche était passée entre les flammes pour rejoindre les enfants.
 
Hector serra le poing. Ce combat commençait à l’agacer. Il n’avait aucune idée de ce qui se passait en même temps du côté des enfants. Il hésitait à faire appel à ses autres Pokémon et particulièrement à Cizayox pour en finir au plus vite.
 
Soudain, une nuée de Cornèbre sortit de nulle part et se mit à agresser les Mélancolux. Ceux-ci parurent surpris et, au contraire de leur attitude face à Hector, en firent rôtir plus d’un à coup de Feu d’Enfer. Mais leur nombre grandissant finit par les mettre en fuite.
 
Hector regarda les Mélancolux fuir les Cornèbre avec une expression d’incompréhension sur le visage. D’où pouvaient-ils bien sortir ? D’autres Cornèbres étaient restés sur place et se mettaient à attaquer Caratroc et Scarhino que leur dresseur rappela au plus vite dans leur Ball en comprenant ce qu’il se passait. Il allait se retourner pour voir d’où venaient les Oiseaux quand il se prit un coup violent sur la tête et qu’il tomba, assommé, par terre.
 


 
Henry regardait toujours le bras artificiel que lui proposait le Directeur, silencieux. Il n’avait pas dit un seul mot et ce fut finalement le Directeur qui rompit le silence. 
 
-          Vous étiez prêt à sacrifier votre vie pour sauver votre fille. Notre affrontement vous aura coûté un bras. Je vous devais bien ça. Cependant, ne vous attendez pas à pouvoir utiliser des attaques, nous n’avons réussi cet exploit que sur un seul sujet et le procédé a quelques effets secondaires que je ne veux pas vous affliger.
-          Pourquoi… balbutia Henry. Pourquoi je vous ferai confiance ?
-          Allons, je vous offre une occasion unique de …
-          VOUS AVEZ VIOLÉ MA FILLE ! Jamais je ne pourrai vous croire ! C’est un piège !
 
Le Directeur fixait Henry de ses 5 yeux disproportionnés. Son sourire avait disparu, même si le manque de peu et de chaire laissait quelques dents visibles. Le Monstre semblait étonné et même mécontent.
 
-          Avez-vous… des preuves de ce que vous avancez ?
-          Evidemment, vous avez kidnappé Marie et mon frère !
-          Ont-ils raconté quoique ce soit  concernant un éventuel attouchement ?
-          Ils n’en ont pas gardé le souvenir, fort heureusement, dit Henry.
-          Peut-être parce qu’il ne s’est jamais rien passé ?
 
Henry voulut répliquer mais se tut. Marie et Hector étaient allés plusieurs fois voir un psy après leur sauvetage, mais malgré tous ses efforts, on n’avait jamais rien su sur ce qu’il s’était passé exactement pendant leur captivité. Soudain, un détail lui revint à l’esprit.
 
-          Hector se souvient du jour où vous l’avez capturé. Il s’est réveillé en face de vous, complètement nu. Vous allez dire quoi, que vous vouliez qu’il prenne son bain ?
-          Non, dit le Directeur, apparemment embarrassé. Evidemment, sur ce point, les apparences jouent contre moi, puisque je l’ai hypnotisé d’une manière assez … violente sur le moment. Je comprends donc que la situation prête à confusion…
-          Comment ça, « prête à confusion » ? Vous êtes un pervers sexuel, c’est tout !
-          Non, dit le Directeur. Si Hector était nu à ce moment-là, c’est juste parce que je désirais l’habiller avec d’autres vêtements.
-          Vous mentez, dit Henry. Je ne peux pas vous croire. Quand ils vous ont vu à travers la fenêtre du Monde des Morts de Spectra, ils ont tous les deux paniqués et se sont repliés sur eux-mêmes, effrayés. Ils perdaient leurs moyens ! Vous leur avez fait quelque chose de mal, et quoi d’autre si ce n’est un viol !
-          Certes, dit le Directeur. Je leur ai fait subir quelque chose d’horrible, je le reconnais. Cependant, contrairement à ce que vous pensez, jamais je ne les ai …
 
Le Directeur fut subitement interrompu par deux coups sur une fenêtre. Les Mélancolux attendaient dehors et Dédain leur ouvrit avant qu’ils n’entrent. Le Directeur semblait perturbé par leur arrivée et ne prêtait plus attention à Henry.
 
-          Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda l’Hypnomade en regardant ses protégés.
 
Les Mélancolux se mirent à communiquer avec des gestes qu’Henry ne comprenaient pas mais qui ne laissaient évidemment pas le Directeur indifférent. Il semblait en colère et désemparé, ce qu’Henry prit comme une bonne nouvelle.
 
-          On dirait que votre plan ne se passe pas comme prévu, dit le Pokéathlète avec une certaine satisfaction.
-          Si j’étais vous, je ne ferai pas le fier. Il y a des gens que je ne veux pas voir mourir parmi vous, et vu comme c’est parti, un de mes agents a décidé de ne pas s’embarrasser de tels détails ! 
 
Il alluma un des écrans derrière lui et se mit à rechercher frénétiquement une pièce en changeant de caméra via sa télécommande avant de trouver ce qu’il cherchait. Ce qui s’affichait à l’écran saisit Henry d’effroi.
 


 
Lorsqu’il reprit enfin connaissance, Hector crut qu’il était en plein dans un rêve très étrange, tant l’endroit où il se trouvait semblait surréaliste. Il était dans une pièce qui ressemblait fort à un Tribunal. Le membre du Conseil des 4 était assis sur le banc d’un des deux partis, à côté d’un mannequin sur lequel quelqu’un avait placé un masque semblable à celui de Mr Smile, mais affichant une mine sombre. En face d’eux, un autre mannequin occupait la place du juge, un marteau dans la main et un autre masque affichant une expression neutre. Hector tourna la tête et constata que la salle d’audience était pleine à craquer d’autres mannequins, ayant tous une expression amusée sur leur masque, mais aussi de Pokemon tels que Flagadoss, Noadkoko et Xatu. Partout dans la pièce, il y avait aussi des Cornèbre et l’un d’eux était juste à côté du faux juge. Enfin, derrière eux, une potence prête à l’usage trônait. C’est ensuite qu’Hector reconnut les lieux. Il était dans une des pièces que traversait le Cornèbre, une des attractions de Smiland ! Il était donc toujours dans le Parc, mais pourquoi diable se trouvait-il ici précisément ?
 
Lorsqu’il essaya de se lever, il remarqua qu’il avait été menotté et que ses jambes étaient solidement attachées au banc. Il essaya de se débattre, ce qui, à sa grande surprise, provoqua des rires dans toute la salle. Il se retourna tant bien que mal. Les mannequins s’étaient mis à bouger et semblaient se moquer de lui. Il commença à s’agiter à sa place et sentit soudain avec horreur que ses poches étaient vides ! Il n’avait plus ses Pokémon ! Soudain, trois coups de marteau se firent entendre et Hector regarda à nouveau devant lui. Le mannequin juge tenait fermement le marteau et son masque exprimait du mécontentement.
 
-          Silence ou je fais évacuer la salle ! cria-t-il d’une grosse voix.
 
Les rires se stoppèrent subitement et les mannequins reprirent un air sérieux et se tinrent droit sur leurs bancs. Hector ne comprenait décidément rien à ce qu’il se passait.
 
-          Si l’accusé daigne enfin se réveiller, nous allons pouvoir commencer le procès, reprit le juge.
 
Hector déglutit. La douleur à la tête lui disait qu’il ne s’agissait pas d’un rêve mais pourtant, comment expliquer ce qu’il se passait autour de lui ? Il regarda autour de lui et du bien se rendre à l’évidence que le mannequin parlait de lui en tant qu’accusé. Mais accusé de quoi ?
 
-          Excusez-moi, dit-il timidement. Heu… puis-je savoir ce que je fais ici ?
 
Cette déclaration provoqua beaucoup de bruit derrière lui. Tous les mannequins s’étaient levés et s’étaient mis à huer et insulter Hector et le juge recommença avec son marteau.
 
-          SILENCE, hurla-t-il, une expression enragée sur le visage. Alors comme ça, vous ignorez pourquoi vous vous trouvez devant moi ?
-          He bien … oui, dit Hector, pas très rassuré. Je l’ignore…
-          He bien, dans ce cas, nous allons demander à notre Accusateur de vous expliquer. Qu’on le fasse entrer !
 
Les portes au fond de la salle s’ouvrirent d’elles-mêmes aux mots du juge. Hector se retourna pour regarder qui entrait et n’en crut pas ses yeux.
 
L’Accusateur n’était pas un mannequin mais bien un homme, habillé tout en froufrou et en tenue extravagante. Il fit quelques petits pas de dance en entrant et se dirigea ensuite vers Hector. Son visage était, comme à son habitude, caché par un masque souriant à l’excès. Il se plaça juste devant le juge et le salua.
 
-          Mr le Juge ! dit-il en s’inclinant.
-          Maitre Smile, répondit celui-ci. Pourriez-vous expliquer à Mr Hector d’Ecorcia ce qui lui est reproché ?
-          Parfaitement, monsieur le Juge ! dit Mr Smile en se retournant. Mais avant je crois que je dois quelques explications à notre accusé !
 
Hector regardait Mr Smile avec une expression de surprise et d’incompréhension. On leur avait pourtant affirmé que le gérant du Parc avait été retrouvé mort. Cela voulait-il dire que lui aussi, l’était ?
 
-          Je vous croyais mort… dit Hector en redoutant la réponse.
-          Ha un simple tour de passe-passe ! dit Mr Smile avec son entrain habituel. Voyez-vous, on m’avait demandé de me tenir à l’écart de la dernière opération de notre Patron. J’ai donc décidé de mettre en scène ma propre mort, mais avec un autre acteur principal ! Un de ces flics qui a échappé à l’infiltration de vos amis et de Morgue dans le commissariat ! Il m’a suffi de rendre son visage impossible à reconnaitre, puis de l’habiller comme moi et de mettre un de mes masques sur son visage avant de balancer le tout à la flotte. Vous voyez, un jeu d’enfant !
-          Votre… patron ? dit Hector en se mordant les lèvres.
-          Ha, c’est vrai, vous n’êtes surement pas encore au courant ! Voyez-vous, je dirigeais ce Parc avec une autre personne. Une de vos vieilles connaissances. Si je dis Hypnomade et Cirque vous me répondez ?
-          Le Directeur ? s’écria subitement Hector, frappé d’effroi.
-          Touché ! dit Smile en claquant des mains. Mais ce n’est pas lui qui m’a demandé de vous faire venir ici. Il aurait préféré que je vous laisse tranquille. Sauf que je ne suis pas d’accord…
-          Pourquoi est-ce que vous m’avez emmené ici ? demanda Hector en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que vous me voulez ? Je pensais que vous…
-          Que je quoi, Hector ? demanda Smile en se rapprochant. Que je vous appréciais, qu’on était amis à cause des deux fillettes ? Mais Hector ! Je vous HAIS !
 
Hector écarquilla des yeux. Qu’avait-il bien pu faire au patron du Parc pour qu’il éprouve de la haine envers lui ? Autour d’eux, les mannequins ne bougeaient plus. Leurs masques, même celui du juge, exprimait le même sourire exagéré que celui qui se trouvait sur celui de Smile. 
 
-          Qu’est-ce que je vous ai fait… ? demanda Hector en clignant des yeux.
-          Vous ne me reconnaissez pas encore, pas vrai ? demanda Smile. Mais ce n’est pas grave, je vais rappeler les faits.
 
Il se mit à faire les 100 pas dans l’espace qui séparait le banc des accusés du Juge. Hector le suivait des yeux, inquiet quant à savoir ce qu’on lui reprochait.
 
-          C’était il y a quoi, 15 ans ? Vous étiez encore champion à l’époque, mais plus pour très longtemps. Fort de votre réputation de dresseur hors pair, vous avez tenté d’obtenir une promotion et avez donc passé votre candidature pour faire partie du Conseil des 4 du Plateau Indigo. Jusque-là, vous confirmez mes dires ?
-          Oui, dit Hector en plissant des yeux. Mais je ne vois pas où vous voulez en ve…
-          Seulement, si vous remplissiez toutes les conditions pour entrer dans le Conseil, celui-ci était déjà complet. Vous avez donc proposé un défi à Mademoiselle Marion, dite la Ténébreuse, une imminente membre du Conseil de l’époque. Cela consistait en un simple combat auquel les autres membres assistaient ! Si vous démontriez votre supériorité, alors le Maitre et le Conseil envisageraient peut-être de remplacer quelqu’un par vous.
-          Oui, c’est ça, dit Hector. Mais qu’est-ce que …
-          Vous avez donc combattu Marion ! l’interrompit à nouveau Smile en reprenant ses explications. Et vous l’avez littéralement humiliée ! Elle ne put rien faire face à vos Pokémon surentrainés ! Il faut dire que vous disposiez de l’avantage du type, aussi ! Marion subit une si écrasante défaite que Peter, le Maitre de l’époque a décidé de vous donner sa place !
-          Ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé, dit Hector. Ce n‘a pas été si soudain et …
-          Mais c’est comme ça qu’en ont parlé les magazines et les médias ! dit Smile en haussant le ton. « Une humiliante défaite », « La Ténébreuse écrasée », « Victoire d’un jeune sur son ainée » ! Voici les titres de l’époque !
 
En même temps qu’il évoquait les titres, un Cornèbre au-dessus d’Hector lâchait un journal qui atterrissait juste devant l’accusé, prouvant les dires de l’Accusateur qui continuait son discours, le visage toujours caché par un masque souriant.
 
-          La pauvre Marion était humiliée, ridiculisée !  Les médias la harcelaient pour se foutre de sa tête sans aucune pitié ! Même dans la rue, les gens se moquaient d’elle, alors qu’ils n’avaient pas un gramme de son talent ! Elle est devenue dépressive et a finalement disparu de la circulation.
-          Attendez, dit Hector en commençant à paniquer. C’est faux, elle a accepté la défaite quand…
-          Peut-être sur le moment, dit Smile, agacé. Mais c’est à cause de VOUS qu’elle s’est recroquevillée sur elle-même ! C’est VOUS qui l’aviez ridiculisée ! C’est VOUS qui lui aviez volé son titre !
-          Mais je ne pouvais pas savoir que les médias s’acharneraient sur elles ! se défendit Hector.
-          S’acharner ! C’est bien la seule chose que les Médias ont fait ! Elle n’a été qu’un sujet de moquerie pendant 3 mois entiers ! Jusqu’à ce qu’elle n’en meurt !
 
Hector allait répliquer mais la déclaration de Smile le figea soudainement. Marion était morte ? Il n’en avait jamais rien su.
 
-          Comment ça… qu’elle n’en meurt… ? demanda-t-il finalement Hector après un moment de silence. Vous venez de dire qu’elle avait juste … disparu de la circulation…
-          C’est vrai, dit Smile d’une voix soudain plus calme. Elle s’était réfugiée chez moi, le seul ami qui lui était resté fidèle. Car voyez-vous, j’aimais Marion…
 
Autour d’eux, les mannequins affichaient un visage colérique sur leur masque. Seul celui du Juge affichait une autre expression, plus neutre. Le masque de Smile n’avait pas changé mais il serrait ses poings à l’évocation de ses souvenirs.
 
-          On m’a toujours dit que le Ridicule ne tuait pas… Mais vous voulez que je vous dise ? Il n’y a rien de plus faux. Car c’est à cause du ridicule qui lui était tombé dessus qu’un jour, en revenant du boulot où je devais me coltiner votre présence si désagréable, je l’ai retrouvée, pendue au plafond…
 
Hector déglutit. Il n’avait jamais rien su de tout ça. Il ignorait que Marion s’était suicidée en partie à cause de lui. Mais cet homme, Smile, lui, le savait depuis toujours et était apparemment bien décidé à lui faire payer.
 
-          Je pense maintenant que vous comprenez ce que vous faites ici ? dit Smile. J’ai caché la mort de Marion pour ne pas que les Média ne continuent à s’acharner sur elle comme un chien sur un vieil os. Mais j’ai démissionné dès le lendemain, ne pouvant plus supporté d’être en votre présence au Plateau Indigo.
-          Vous voulez dire que … vous êtes …
-          Clément, ancien membre du Conseil des 4, dit Smile en enlevant son masque en s’inclinant légèrement, dévoilant son vrai visage qu’Hector reconnut de suite malgré les années passées. Vous avez tué ma meilleure amie… et ce soir, je vais la venger !
 


 
-          Plus vite, Tristan ! criait Camille. Il va nous rattraper !
 
Poursuivis par le Glacier et ses Pokémon, les enfants revenaient sur leurs pas en vitesse. Le fait de s’éloigner un peu plus de ses parents enrageait presque Camille, mais ils n’avaient pas vraiment le choix. Même si elle ne l’avait pas compris ce jour-là, le Glacier avait déjà essayé de leur faire du mal, à elle et à Eve. Et comme pour le gigantesque Galeking, ils n’avaient d’autre choix que de fuir.
 
Le Glacier, pour une obscure raison, semblait avoir du mal à marcher. Cependant, les enfants, fatigués, ne parvenaient pas encore à le distancer. Soudain, Eve, qui menait la course, bifurqua en direction du Démanta.
 
-          Où on va ? demanda Tristan en haletant.
-          On a réussi à se débarrasser du gros tantôt, on devrait pouvoir faire pareil avec celui-ci ! Suivez-moi !
 
Traversant à toute vitesse l’espace dédié à la longue file d’attente de l’attraction, le Glacier sur les talons, les enfants couraient à en perdre haleine. Soudain, ils débarquèrent sur une plateforme en bois tournante, entourée d’eau.
 
-          C’est un cul-de-sac ! cria Tristan avec un mouvement de recul. On est piégés !
-          Mais non, patate ! répondit Camille. Il y a des bouées-bateaux !
-          Hein ?
-          La suivante ne devrait pas tarder à arriver, dit Eve en guettant le sens du courant. Enfin j’espère…
-          Mais qu’est-ce qu’on va… commença Tristan avant d’être interrompu par le cri de victoire d’Eve en voyant arriver une des fameuses bouées, portée par le courant.
-          En voilà une ! Dès qu’elle accoste ici, on se place dedans ! Il ne pourra pas nous attraper si on est dans une bouée !
 
Les proportions des bouées du Démanta avaient été pensées pour être dirigées par la plate-forme tournante un instant avant de repartir suivre le courant du parcours de l’attraction. Pendant cet instant, il était possible de monter dans la bouée, chacune ayant une capacité de 8 personnes maximum. Elles étaient ensuite conduites par le courant dans un parcours, s’entrechoquant parfois avec d’autres bouées ou avec une paroi, mais sans dommage pour les occupants autre que d’éventuelles éclaboussures. D’ailleurs, des centaines de Rémoraid vivaient dans l’eau et s’amusaient à mouiller les passagers. Mais à part ses agressions aquatiques assez mineures, les enfants y bénéficieraient d’une sécurité approximative. Au moins l’homme ne pourrait pas les attraper.
 
Encore fallait-il monter à l’intérieur, cependant. Aussi les enfants se tenaient-ils prêts à sauter quand, juste au moment où la bouée se collait à la plateforme de bois, le Glacier arrivait à son tour. Il se précipita pour les attraper, mais les enfants étaient déjà à l’intérieur. Il parvint néanmoins à se saisir de Tristan par le col avec sa main glacée. L’enfant hurla et donna un coup de coude qui déstabilisa le Glacier qui le lâcha. Il faillit tomber mais se rattrapa de justesse. Mais c’était déjà trop tard pour lui, car la bouée qui contenait les enfants commençait son tour et était hors de portée.
 
Camille eut un cri de joie tandis que Tristan s’asseyait bien fort contre un siège, haletant. Il avait bien cru qu’il allait y passer. Eve, quant à elle, semblait surtout soulagée. Camille se tourna vers leur agresseur et commença alors à le provoquer avec l’aide de Crikzik qui montrait son mécontentement.
 
-          Hey, Mr Nigaud ! cria-t-elle. Tu nous attraperas pas ! Nananère !
 
Sur la plateforme de bois, les regardant s’éloigner, le Glacier continuait de sourire d’un air crispé. Soudain, il plongea sa main droite dans l’eau et ses Sorboul lancèrent des Laser Glace à la surface de l’eau.
 
En le voyant faire, Camille cessa immédiatement, saisie d’un mauvais pressentiment. Tout autour de la main du Glacier, la surface de l’eau gelait rapidement. Très rapidement. Tant et si bien que même si le courant du Démanta les emportait de plus en plus loin, la glace se rapprochait d’eux, bien plus vite qu’ils ne s’éloignaient. Elle déglutit sans dire un mot, pendant que les deux autres enfants, horrifiés, assistaient au même spectacle qu’elle.
 
Ils avaient à peine fait 30 mètres en bouée que la glace les rattrapaient, bloquant et piégeant leur embarcation. La glace continua de s’étendre 2 mètres autour de la bouée puis cessa son expansion. Les deux Sorboul s’étaient arrêtés et le Glacier s’était relevé. Même de loin, les enfants pouvaient voir son sourire crispé. Sans crainte, il mit un pied à la surface gelée du Démanta et, soudainement plus vif, il se mit à courir vers eux. Ou plutôt à patiner, car ses chaussures étaient équipées de lames. En le voyant ainsi fondre sur eux, sa main bleue prête à en saisir un par la gorge, les enfants crièrent de toute leur force, effrayés, désespérés.
 
Mais alors qu’il n’était plus qu’à quelques mètres d’eux, le Glacier reçu un coup surpuissant dans le dos, le faisant s’étaler contre la glace qu’il avait créé. La bouche en sang, il se releva pour voir à qui il devait ça et vit, sur la Plateforme de bois, une femme aux cheveux rose et au visage rougi par la colère et la haine.
 
-          ESPECE D’ENFOIRE !!! cria Blanche. ROULE SUR SA TRONCHE DE DEGENERE, ECREMEUH !
 
Suivant les ordres de sa maitresse, le Pokémon qui roulait sur la glace fit demi-tour, se dirigeant à nouveau vers le Glacier.  Celui-ci se releva rapidement et esquiva de justesse une nouvelle attaque, tout en patinant.  Mais cette fois, il se dirigeait vers Blanche.
 
La Championne regardait le Glacier d’un air sombre, les poings serrés. Elle savait que, même s’il était rapide sur la glace, il l’était moins que son Pokémon, qui s’apprêtait à recommencer. Il n’aurait pas le temps de l’atteindre. Cependant, elle remarqua que les deux Sorboul se dirigeaient vers les enfants pour prendre le relai de leur maitre.
 
-          Ecrémeuh ! cria-t-elle précipitamment. Débarrasse toi d’abord d’eux !
 
Ecrémeuh freina et, suivant les consignes de sa dresseuse, recommença sa course rotative vers les deux Pokémon qui se rapprochaient dangereusement des enfants, laissant sa maitresse se débrouiller seule face à l’homme à la main de glace. 
 
Celui-ci, patinant à toute allure, arrivait désormais à sa hauteur. Subitement, il leva une jambe et donna un puissant coup de lame à Blanche en se servant de ses patins. Celle-ci, surprise, n’eut pas le temps de reculer assez et subit l’attaque en au ventre. Elle commençait à saigner légèrement et y mit sa main comme pour freiner l’hémorragie tandis que Glacier se préparait à lui donner un coup de Poinglace.
 
Mais la Championne de Doublonville se jeta sur lui avant qu’il ne puisse la toucher et le poussa contre la glace. Il tomba violement sur le dos et c’est Blanche qui, assise sur lui, l’accabla de coup sous la colère.
 
Soudain, alors qu’elle se déchainait, son poing fut brusquement arrêté par la forte poigne glacée de sa victime. Serrant fort son poignet, le Glacier tentait de se relever, la fixant avec son éternel sourire crispé. Blanche tentait tant bien que mal de résister mais il avait décidément une bien forte poigne.
 
-          Vas-y maman ! entendit-elle soudain d’un peu plus loin. Botte lui les fesses !
 
Il n’en fallait pas plus comme encouragement pour donner une idée à Blanche. Au lieu de résister au Glacier, elle tira son bras maintenu en arrière, entrainant le glacier en avant, surpris. Et sans attendre, elle lui donna un coup de boule fracassant. Le choc fit lâcher prise au Glacier et il retomba allongé sur la glace, avec un sourire quelque peu différent, puisqu’il manquait désormais deux dents.
 
Ainsi libérée, Blanche se releva et courut vers les enfants. Les deux Sorboul avaient été rapidement mis hors d’état de nuire par Ecrémeuh et les enfants sortaient prudemment de la bouée. Le sol glissait légèrement, mais il semblait aussi assez solide pour marcher dessus. La Championne, en pleur, se jeta sur les enfants et les attrapa tous les trois dans ses bras, les étreignant.
 
-          Tout va bien, balbutia-t-elle en sentant les larmes couler de ses yeux sous l’émotion. On ne vous fera plus de mal… jamais … Je suis là…
-          Maman… dit Camille en serrant sa mère encore plus et en commençant à pleurer elle aussi.
 
Tristan lui aussi étaient en larmes, mais de soulagement cette fois. Toute cette terreur allait peut-être se terminer maintenant… Même Eve s’était mise à pleurer, un sourire ému au visage. Ecrémeuh, quant à elle, roulait à toute vitesse vers le Glacier.
 
Celui-ci venait à peine de se relever, encore un peu chamboulé par le coup de tête de Blanche. Il regarda devant lui, voyant le Pokémon foncer droit dans sa direction, mais aussi les enfants rassemblés près de Blanche qui les serrait dans ses bras comme si elle n’avait plus vu sa fille depuis des siècles. Alors, pour la première fois depuis l’explosion qui lui avait couté une main et bloqué les os de la mâchoire, et peut-être à cause du choc qu’il venait d’encaisser, son sourire sembla plus paisible. Il avait réussi à accomplir son ultime mission.
 
Il ne chercha pas à esquiver la Roulade d’Ecrémeuh qui le propulsa dans les airs. Il tomba un peu plus loin, près de la plateforme de bois, mais là où rien n’avait gelé. Il s’enfonça dans l’eau, attirant l’attention des Rémoraid qui s’approchèrent. Il les vit attendre une réaction de sa part avant de fermer les yeux, une bonne fois pour toute. Tout était enfin terminé pour lui, désormais.
 
La mort du Glacier se déroula dans une quasi indifférence de la part des enfants et de Blanche qui étaient encore trop occupés à pleurer de joie. Blanche prit la tête de Camille entre ses deux mains et lui embrassa le front.
 
-          J’ai eu si peur de te perdre… lui dit-elle. Mais maintenant, plus rien ne nous séparera…
 
Puis elle regarda les deux autres enfants. Tristan d’abord à qui elle lui adressa un regard qui voulait lui redonner courage, puis passa à Eve. Elle s’attarda un peu à la regarder, puis embrassa aussi son front et se releva en se tenant le ventre.
 
-          Maman, tu saignes ? demanda Camille, inquiète.
-          Ne t’inquiète pas, dit Blanche. Ça picote un peu, mais c’est pas très profond, je n’ai qu’à appuyer pour le moment. Allez, les filles, on va retrouver papa ! Tu viens aussi Tristan !
 
Et sans plus se soucier du Glacier, ils quittèrent ensemble le Démanta, accompagnés d’Ecrémeuh.
 


 
-          Ecoutez, je suis vraiment désolé pour ce qui est arrivé, lança précipitamment Hector. Je ne savais pas … je ne pouvais pas savoir !
-          Votre excuse est aussi ridicule que ce Tribunal, susurra Smile, désormais à visage découvert. Être désolé, ça nous fait une belle jambe ! Ce n’est pas ça qui la fera revenir ! 
-          Peut-être, admit Hector. Mais me tuer ne changera rien à la situation…
-          Au contraire ! s’exclama Clément en levant les bras. Puisque j’aurai enfin justice après toutes ces années ! 
-          Ce n’est pas une vraie justice…
-          Evidemment, puisque la vôtre aurait étouffé l’affaire et ne l’aurais jamais fait passé devant un Tribunal ! Mais ce soir, le juge, l’avocat, l’accusateur, c’est MOI !
-          Vous ne pouvez pas … dit Hector, de plus en plus angoissé.
-          Ho, je vais me gêner ! l’interrompit Smile en se retournant. Mr le Juge ? Toute cette mascarade a assez duré !
-          Je suis d’accord avec vous, Maitre Smile, répondit le Juge qui s’anima soudain, un visage sérieux sur le masque.
-          Attendez, je n’ai donc pas le droit de me défendre ?! s’exclama Hector en essayant de se lever.
-          A quoi bon, puisque tout ce que vous pourrez dire ne changera rien, dit Smile. Mr le Juge, j’attends votre décision.
-          Bien, reprit le Juge. Dans ce cas et en vue des différents éléments apportés, je condamne l’accusé, Hector d’Ecorcia, à la pendaison jusqu’à ce que mort s’en suive.
 
Et il frappa un coup avec son marteau avant de tomber en arrière, comme s’il n’était plus maintenu par une force invisible. Hector regardait vers le mannequin qui venait de le condamner avec incompréhension. C’est en voyant le Cornèbre, qui n’avait pas quitté le juge, s’envoler qu’il comprit que c’était le Pokémon qui avait parlé, depuis le début. Les Cornèbres avaient en effet ce don particulier de reproduire le langage humain si on lui apprenait des phrases en particulier, à l’instar de Pijako. Puis, en se retournant et en voyant les autres mannequins se lever et se diriger vers lui en riant, il comprit aussi que les Pokémon Psy de Clément, qu’il avait aperçu au fond de la salle, devait jouer un rôle dans la manipulation du public.
 
-          C’est ridicule, dit Hector dans un souffle. Obtenir justice en se créant soi-même un public …
-          Certes, dit Smile. Mais après tout, je suis aussi là pour démontrer que le Ridicule est un meurtrier en puissance ! Et puis au final, c’est efficace !
 
Et à peine disait-il cela que 4 mannequins se saisirent d’Hector tandis qu’un Cornèbre défaisait ses liens. A peine libéré, le condamné à mort commença à se débattre, mais sans parvenir à quoique ce soit, si ce n’était accentuer les rires qu’il savait désormais venir des Cornèbre. Clément, le visage dépourvu d’artifice, souriait, à l’instar de son masque. Mais si ce dernier exprimait une bonne humeur excessive, le visage du directeur du Parc montrait toute la satisfaction, mêlée à de la folie accumulée depuis plus de 10 ans.
 
-          Lâchez-moi ! criait Hector en paniquant et en essayant d’échapper aux mannequins. Lâchez-moi !
-          Regardez-vous, dit Clément en ricanant. Vous êtes vraiment ridicule. Tous vos efforts sont inutiles !   
 
Le faux public rapprochait Hector de la potence du fond de la salle, lentement, mais surement. Malgré tous ses efforts, il était incapable de se défendre. Si seulement il avait eu ses Pokémon… Si seulement il n’avait pas été séparé de Blanche… Si seulement sa fille n’avait pas été enlevée… Son cœur bondissait dans sa poitrine, une dernière fois avant de s’arrêter pour toujours. Il était maintenant juste devant la corde, son regard étant comme attiré par le nœud mortel qui n’attendait que lui…
 
-          C’est terminé, maintenant, dit Smile. Adieu, Hector !
 
Mais alors qu’un mannequin allait lui passer le nœud autour du cou, celui-ci le relâcha et tomba comme une poupée de chiffon. Tout autour, d’autres mannequins l’imitaient et Hector était presque libre lorsqu’il vit Cisayox et Ecrémeuh mettre à terre le second Xatu de Clément. Celui-ci n’avait pas compris ce qu’il se passait et son visage afficha soudain une expression de colère et de haine en remarquant les intrus.
 
-          Non… NON ! Pas maintenant ! cria-t-il. J’ai attendu ce moment depuis trop longtemps ! Je ne laisserai personne se mettre sur mon chemin !
-          He ben pourtant, t’as pas le choix ! lui répondit Blanche, qui se tenait devant la fenêtre par laquelle elle était entrée. Parce que je laisserai personne tuer mon mari !
 
Aussitôt disait-elle cela que Noadkoko était mis KO par une Plaie-Croix de Cisayox et que Flagadoss était envoyé promené par Ecrémeuh. C’est ainsi que les derniers mannequins tombèrent, libérant Hector qui tomba sur les genoux en haletant. Mais Smile n’avait pas dit son dernier mot et c’est lui qui attrapa le condamné par le col.
 
-          Retenez-les ! cria-t-il aux Cornèbre qui obéirent en fondant vers les intrus.
-          Lâchez-moi ! répétait Hector en se débattant.
-          C’est peut-être mieux comme ça ! lui murmura Smile. Comme ça, je vous aurais véritablement tué de mes mains !
 
Smile tentait de diriger la tête d’Hector vers la corde, mais celui-ci n’était pas prêt à se laisser faire et gesticulait brutalement pour l’éviter. Pendant ce temps, les oiseaux harcelaient de Picore Ecrémeuh et Cizayox. Blanche, quant à elle, se jeta subitement dans la nuée de Pokémon, qui l’ignora totalement, attrapa le marteau du juge, puis courut en direction de son mari tout en hurlant.
 
-          CREEEEEEVE !
 
Clément tourna son regard vers Blanche juste au moment où celle-ci lui assenait un violent coup de marteau sur la tête. Il lâcha Hector et, dans un soupire, tomba face contre terre, juste à côté de son masque.
 
Subitement, les Cornèbre cessèrent d’attaquer et quittèrent le bâtiment par les fenêtres, comme paniqués. Cizyaox et Ecrémeuh se relâchèrent en soupirant eux aussi et s’approchèrent de leurs dresseurs.
 
Blanche tenait son mari dans ses bras. Celui-ci en avait les larmes aux yeux, conscient d’être passé à quelques centimètres de la mort. Il reprenait peu à peu sa respiration.
 
-          Ne me fais plus jamais un coup pareil, dit Blanche. Je préférerai encore que tu partes avec une autre femme…
-          Pourquoi je quitterai une femme aussi formidable que toi ? demanda-t-il. Comment as-tu fais pour me retrouver ?
-          Je suis revenue là où on s’était séparés et on a retrouvé tes Pokéball. Puis les enfants ont trouvé des plumes de Cornèbre et on a décidé de suivre la piste…
-          Les enfants ? Tu veux dire que …
-          Oui, je les ai sauvés, dit Blanche. Viens, je leur ai dit de m’attendre en sécurité.
 
Main dans la main, le couple quitta la salle du Tribunal par la fenêtre empruntée par Blanche et, à force de quelques acrobaties, descendirent sur le plancher des vaches, laissant Smile seul avec ses Pokémon KO et tous ses mannequins.
 


 
Le Directeur poussa un soupir de soulagement. Ils avaient assisté au sauvetage d’Hector par Blanche qui était arrivée de justesse. Henry tenait sa tête dans les mains, rassuré. Il avait assisté à toute la mise en scène de Smile. Dédain et les Mélancolux avaient été envoyés sur place, mais le Cornèbre était une attraction fort éloignée de l’endroit où ils se trouvaient. Aussi le Directeur prit-il un talkie-walkie pour enfant et l’alluma pour prévenir ses agents.
 
-          Smile a été éliminé, dit le Directeur dans l’appareil.
-          Compris, répondit la voix de Dédain entre deux grésillement. Quels sont les ordres ?
-          Tu sais de quoi j’ai encore besoin, je crois ?
-          Compris, on s’en occupe.
-          Allez d’abord chercher Mistigrix pour vous aider.
-          Bien reçu.
 
L’Hypnomade déposa le talkie-walkie sur son bureau et poussa un nouveau soupir.
 
-          C’est dommage, j’appréciais beaucoup Smile… Après tout, il était un peu comme vous et moi…
 
Henry le regardait avec de plus en plus d’incompréhension. Ils avaient tous les deux espéré voir Hector survivre, mais cela ne ressemblait guère à l’ennemi intraitable et manipulateur qu’il avait connu autrefois.
 
-          Pourquoi voulez-vous que mon frère survive ? demanda-t-il enfin.
-          C’est en rapport avec Eve, dit le Directeur.
 


 
Hector et Blanche s’avançaient vers les buissons lorsque deux petites filles en sortirent, toutes joyeuses, pour se précipiter vers le membre du Conseil des 4. L’homme sourit et les étreignit dans ses bras tandis que Tristan sortait à son tour, un peu gêné, mais content. Soudain, une idée frappa le Maitre des insectes comme un coup de couteau. Si Smile était impliqué dans l’histoire, alors Eve… Horrifié, il tourna lentement son visage vers l’enfant et la fixa dans les yeux. La petite fille souriait, comme si c’était le plus beau jour de sa vie.
 
-          Dis Papa, demanda-t-elle. On va sortir du Parc, maintenant ?
-          Mais bien sûr ma chérie ! dit-il en retrouvant subitement le sourire et en la serrant fort contre lui avec Camille, provoquant le désappointement de Crikzik entre les deux. On va vous mettre en sécurité, c’est notre priorité !
 
Mais Camille se dégagea de l’étreinte de son père. Son visage étonné faisait des va-et-vient d’Eve à son père, qui la regardait avec un air tout aussi surpris. 
 
-          Comment ça… papa ? répéta-t-elle. T’es aussi le papa d’Eve… ?
-          Bien sûr, dit Hector en rigolant. Et Blanche est sa maman, puisque vous êtes sœurs !
-          Quoi ? répondit Camille. Mais …
 
Elle regarda sa mère. Elle semblait inquiète pour sa fille.
 
-          Tu dois être fatiguée, dit Blanche. Tu ne nous reconnais plus ou quoi ?
-          Mais … bafouilla Camille.
 
Son regard se tourna vers Eve. Celle-ci la regardait avec une expression tout-à-fait différente. Un sourire confiant. Une expression de victoire. Soudain mal à l’aise, Camille fit deux pas en arrière.
 
-          J’ai pas de sœur… dit Camille… C’est pas vrai…
-          Camille… dit Hector d’un air inquiet. 
-          J’AI PAS DE SŒUR !
 
Et sans attendre plus longtemps, Crikzik dans les bras, elle se retourna et se mit à courir le plus vite possible en pleurant, poursuivie par ses parents qui criait son nom.
 


 
-          Votre QUOI ? s’exclama Henry à l’annonce du Directeur.
-          Ma fille, répéta celui-ci. C’est la première chose que j’ai demandé au Professeur Nessmad. Un enfant humain qui porterait une partie de mon patrimoine génétique. Après tout, j’ai du sang humain dans les veines, non ?
-          Heureusement qu’elle ne vous ressemble pas trop …, dit Henry qui en revenait toujours pas.
-          Et pourtant, elle a le même don d’Hypnose que moi, en plus puissant néanmoins. Elle n’a pas besoin de Pendule, ses yeux seuls agissent dans le procédé.
-          Mais … pourquoi… Pourquoi vous avez fait ça ? Vous êtes un gros malade !
-          Si vous connaissiez mon passé, alors peut-être que vous comprendriez pourquoi je fais tout ça, pourquoi je vais jusqu’à défier des Dieux, pourquoi je voulais un enfant à moi…
-          J’ai du mal à imaginer ce qui pourrait justifier de telles choses… dit Henry, le regard sombre.
-          Alors laissez-moi vous raconter comment une seule mauvaise journée peut changer la vie d’un être vivant…
 


 
Désormais seul dans la salle du Tribunal du Cornèbre, Clément, alias Mr Smile, était assis au pied de la Potence, son masque souriant en main. Il fixait ce sourire exagéré tout en pleurant. Tout autour de lui, des dizaines de mannequins gisaient par terre, comme une simulation d’accident. Ses Pokémon étaient inconscients, peut-être morts, non loin de lui. Au fond, le mannequin Juge semblait avoir récupéré son marteau, que l’homme lui-même lui avait remis en main après l’avoir ramassé près de la fenêtre et avant de revenir récupérer son masque.  
 
-          Toute ma vie, ils m’ont répété que le Ridicule ne tuait pas… dit-il à lui-même. Le Ridicule ne tue pas… Le Ridicule ne tue pas…
 
Tout en répétant toujours la même phrase, il se redressa et posa le masque sur son visage avant de tourner la tête vers le nœud de la potence, qui attendait toujours.
 
-          Le ridicule ne tue pas… dit-il en passant la corde autour de son cou. Il ne tue pas !
 

A peine eut-il posé la tête contre la corde qu’une trappe sous ses pieds se dérobait et que son corps tombait, retenu par la corde. Sous l’agitation du corps qui gesticulait une dernière fois comme dans une tentative désespérée d’échapper à la mort, le masque tomba. Il n’y avait plus aucune trace de sourire sur le morceau de plastique. Juste une un visage défait et triste. La dernière chose que Smile entendit avant d’expirer fut un coup de marteau dans le fond de la pièce. Trois Cornèbre ayant assisté à la scène se posèrent sur l’épaule de l’Accusateur et commencèrent alors à se nourrir du cadavre encore frais de leur ancien maître.

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12
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Viktyny 
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Sam 16 Avr - 19:59

Spoiler:
 

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Nous avons peut-être le même arrière-arrière-arrière-grand-père en commun ! Tu as fouillé dans tes archives récement ? 





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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Lun 2 Mai - 20:46

Avant-propos:
 



Chapitre 0 : Dans l’Enfer des Mélancolux
 
Ce matin-là, Lilith Delporte se leva de bonne heure. La jeune femme avait à peine vingt-trois ans et venait d’être diplômée de l’Académie d’Art d’Illumis. Elle était depuis rentrée chez elle, à Vestigion, en espérant y trouver du travail. Sans succès… Aucune proposition d’emplois intéressante ne lui était parvenue, du moins jusqu’à hier où elle était tombée presque par hasard sur une petite annonce dans le journal : « Cherche conseiller artistique pour Projet d’envergure. Rdv demain à la clairière à midi. » Depuis qu’elle était tombée sur ça, la jeune diplômée était en effervescence. Elle allait passer son premier entretien d’embauche !
 
Sous les conseils de sa tante, elle avait préparé une robe sombre assez classique mais néanmoins élégante. Elle mit un moment pour se faire un chignon avec ses cheveux noirs éclatant et se maquilla un minimum. Elle avait rassemblé tous ses papiers d’identité, les obligations légales, et plein de paperasse dont elle ne comprenait pas vraiment l’utilité, mais que son oncle lui avait dit de prendre au cas où. Elle attrapa son bloc-notes et le fourra dans son sac à main, prête à partir.
 
-              Tu es sûre que tu ne veux pas que je t’accompagne ? lui demanda son père, un homme approchant de la cinquantaine, en la voyant sortir.
-              Je suis une grande fille, papa ! s’exclama-t-elle. Puis c’est à la clairière de la forêt de Vestigion, ce n’est pas très loin.
-              N’empêche que ce lieu de rendez-vous n’est pas banal, répondit son père en se pinçant les lèvres.
-              Qu’est-ce que tu veux qu’il m’arrive ? demanda Lilith en riant. Fais attention, on va retrouver mon corps dans trois jours, découpés en pièces.
-              Ne parle pas de malheurs !
-              Ne t’inquiète pas enfin ! Je prends Mr.Mime avec moi de toute façon.
-              Bon… sois prudente quand même, mais décroche ce job ! Je croise les doigts !
-              Merci papa. A tantôt !
 
Elle sortit de chez elle et d’un pas décidé, elle se dirigea vers la forêt de Vestigion, là où l’attendait son futur probable employeur. Elle avait largement le temps pour arriver, ayant pris pas mal d’avance, mais elle n’avait pas envie de trainer pour autant. Elle traversa le petit pont, salua son oncle qui y pêchait et qui lui souhaita bonne chance, puis continua en direction de la Clairière.
 
Une fois arrivée, son regard pivota plusieurs fois de gauche à droite. Il n’y avait personne. Elle regarda sa Pokémontre. Elle avait presque une heure d’avance ! Elle soupira et se trouva une pierre pas trop sale sur laquelle elle s’assit en attendant. Elle avait vue sur le vieux village de Vestigion qui l’avait vu  naitre. Elle n’avait jamais trouvé le village aussi ennuyeux que depuis qu’elle était revenue de ses 5 années d’études à Illumis, la grande ville d’une région éloignée à la sienne. Cette vie d’étudiant lui manquait parfois.
 
Elle était assise depuis dix minutes quand elle entendit un bruit derrière elle. Elle se retourna et se leva précipitamment. Un homme pas très grand, en imperméable, le visage caché par une capuche, l’observait. Il portait des gants et Lilith remarqua qu’il portait tellement de vêtement que le moindre cm² de sa peau était caché. L’homme mystérieux toussa avant de parler.
 
-              Vous êtes ici pour le poste de Conseiller artistique ?
-              Heu… oui ! s’exclama Lilith en s’inclinant légèrement. Lilith Delporte, monsieur. Je suis diplômée de l’Académie des Arts d’Illumis.
 
Elle s’approcha de l’homme en essayant de garder le contrôle d’elle-même, mais elle sentait le stress monter de minutes en minutes. Elle lui tendit la main, qu’il serra d’une poigne vigoureuse. Elle était un rien plus grande. Même aussi proche de lui, Lilith ne pouvait voir les traits de son visage.
 
-              Impressionnant, dit-il. Si jeune et déjà une experte, alors ?
-              Hé bien, je manque encore un peu d’expérience mais je suis motivée et pleine de volonté !
-              Ha, mais l’expérience va se gagner au fil des jours, mademoiselle Delporte ! Venez, suivez-moi, je vais vous présenter le Projet et les autres.
-              Dans la forêt, s’étonna la jeune femme en voyant son employeur pénétrer dans l’obscurité des arbres.
-              C’est là que nous avons établi notre campement, répondit celui-ci. Mais n’ayez crainte, il n’y a rien de bien dangereux.
-              Et on n’attend personne d’autre ? demanda Lilith d’une voix hésitante.
-              Pourquoi attendre si je vous ai déjà vous ?
 
Lilith se tut et se mit à suivre l’homme. Elle ne savait pas quoi penser de ce dernier. Elle le trouvait juste mystérieux. Elle avait néanmoins un peu d’appréhension. N’importe qui d’autre aurait refusé de suivre cet inconnu mais elle l’avait quand même fait. Et s’il s’agissait vraiment d’un piège ? Plus elle avançait, moins elle croyait à cette hypothèse, puisque l’homme lui parlait très gentiment et écartait les branches pour lui faciliter le passage. Un quelconque agresseur ne s’en serait pas inquiété. Non, décidemment, ce personnage était très intriguant, mais pas hostile.
 
Finalement, au bout d’un bon quart d’heure de marche, Lilith poussa une exclamation de surprise. Un petit chapiteau rouge et jaune se dressait dans la forêt et quelques Pokémon s’affairaient tout autour.
 
-              Bienvenue à notre Cirque, mademoiselle Delporte, s’exclama joyeusement l’homme en se retournant vers elle.
-              Alors c’est ça, votre Projet ? demanda Lilith en souriant. Et dire qu’elle avait tout d’abord imaginé un malfaiteur ! 
-              Exactement. Je compte fonder une Troupe de Cirque. Nos amis Manternel nous ont fabriqué ce Chapiteau pour le moment et nous avons déjà commencé à répéter quelques numéros, mais je n’ai pas vraiment d’expérience dans le spectacle, voyez-vous. Et c’est là que vous intervenez.
-              Vous avez besoin de mes conseils pour organiser tout cela, c’est ça ? demanda Lilith.
-              C’est cela. Si vous acceptez le travail, nous commencerons notre recrutement un peu partout, à Sinnoh comme dans d’autres régions, et vous nous aiderez à mettre notre Projet en marche.
-              Vous voulez dire qu’on va devoir voyager ? demanda Lilith.
-              Oui, un Cirque ne reste pas toujours au même endroit et en voyageant, je pense qu’on aura plus de chance de trouver des perles rares. Même si nous en avons déjà trouvée une bien belle aujourd’hui…
 
Lilith rougit aux mots de l’homme au visage caché. La perspective de devoir suivre le Cirque un moment ne lui déplaisait pas, au contraire, elle se disait que ça la changerait de la morne vie à laquelle elle était confrontée depuis son retour au domicile familial. Elle avait beau bien aimer son père, elle rêvait d’aventure.  
 
L’homme lui fit signe de le suivre à l’intérieur du chapiteau et elle s’exécuta. Sur la scène, des Pokémon attendaient, apparemment tout aussi nerveux qu’elle ne l’avait été peu de temps avant. L’homme se mit alors à les présenter. Le premier était un Mackogneur, récemment évolué d’après les dires de l’homme, qui avait une force musculaire incroyable, même au sein de ses semblables. Ensuite, il y avait un Coudlangue du nom d’Estom. Ce Pokémon laissait à Lilith une désagréable impression car, au contraire des autres, il ne semblait pas être mal à l’aise et la fixait avec un regard gourmand. L’homme passa à Natu et Alakazam, qui travaillaient ensemble sur un numéro de magie et qui aidaient la Troupe à se déplacer via Téléport. Vient ensuite un Prinplouf qui se présenta tout seul dans un français très correct, ce qui étonna d’autant plus la jeune femme. Juste après, c’était le tour des deux Manternel, un couple, qui avaient cousu la toile du Chapiteau. Et enfin un Doduo, apparemment très doué au combat, mais qui ne savait pas vraiment quoi faire dans la Troupe.
 
Les Pokémon commencèrent à montrer une partie de leurs talents à Lilith, qui observa le tout silencieusement aux côtés de son employeur. A la fin, celui-ci se tourna vers elle.
 
-              Alors ? demanda-t-il avec appréhension. Votre verdict ?
-              Hé bien… Ce n’est pas encore parfait, avoua-t-elle. Mais je pense qu’il y aurait moyen d’améliorer la plupart de vos numéros. Vos Pokémon ont du potentiel.
-              Et vous vous sentez de taille à nous aider pour faire de notre Cirque une Troupe renommée ?
-              C’est exactement le genre de défis qu’y me plait, assura-t-elle en souriant, confiante.
-              J’en conclus donc que vous êtes partante ?
-              Oui. Je vais de ce pas faire ma valise et je reviens pour vous accompagner.
-              Voilà qui me remplit de joie ! répondit l’homme. Prenez donc Natu avec vous, il vous ramènera ici plus rapidement.
-              Bonne idée ! Mais dites-moi, monsieur… comment puis-je vous appeler ?
 
L’homme se figea sur place aux mots de la jeune femme. Elle ne savait pas que l’être à qui elle faisait face n’avait jamais vraiment eu de nom, même 6 ans après s’être échappé du laboratoire qui l’avait vu naître avec Estom, Machoppeur et Doduo. Il n’y avait jamais véritablement réfléchis.
 
-              Je n’ai qu’à vous appeler Mr le Directeur, si vous ne voulez pas me dire votre nom, dit Lilith en haussant les épaules, mais en continuant de sourire. Je reviens vite, monsieur le Directeur !
 
Et en toute hâte, Natu sur les épaules, elle se mit à courir vers Vestigion, pressée de revenir sur place pour accompagner cet homme si mystérieux dans son Projet. Celui-là même qui la regardait partir sans la quitter des yeux.
 


 
Une année après sa rencontre avec le Directeur, Lilith Delporte est toujours conseillère artistique auprès de la Troupe en devenir. Avec son patron, elle était partie à la chasse aux Pokémon de talent et autres saltimbanques prometteurs pour leur proposer de les rejoindre. Et la jeune femme avait l’œil. Elle avait trouvé de nombreuses personnes pour les aider à faire grandir la Troupe de différentes manières. Mais pas seulement, puisqu’elle avait aussi imaginé de nombreux numéros pour les membres de la Troupe, incluant même Doduo dans le Projet.
 
Aussi la Troupe avait-elle commencé à faire quelques représentations et avait été acclamée par un public grandissant de jour en jour. Prinplouf et le Mr.Mime de Lilith, qui l’avait accompagnée durant ses études, présentaient le spectacle d’une main de maitre. En vérité, Prinplouf était encore un peu maladroit parfois et Mr.Mime était un peu son guide dans l’affaire. Le Pokémon avait aussi commencé à prendre des cours d’escrime avec un humain qui les accompagnait, histoire de guérir sa maladresse. Mackogneur et Estom, par leurs prouesses hors du commun, épataient le public avec des défis impressionnants imaginés par Lilith et le Directeur. Natu servait d’assistant à Alakazam dans leur numéro de magicien, mais travaillait en solo sur un futur numéro de mentalisme avec l’aide de Lilith. Les Manternels et trois autres stylistes humains s’occupaient de tout ce qui était costumes et vêtements. Deux clowns originaire d’Unys et leurs Pokémon Insectes avaient été contactés par Lilith, qui les connaissait pour les avoir côtoyé ses deux premières années d’étude avant qu’ils ne soient renvoyés pour une farce de mauvais goût au Principal de l’Académie. Un ingénieur du son et son Electrode se chargeaient de tout ce qui était micro et le spectacle était illuminé par des Mucioles qui s’étaient aussi joints à eux. Un Tauros et un Girafarig, qui s’étaient d’abord approché pour voler de la nourriture, étaient aussi devenus des membres à part entière de la Troupe et participaient avec Doduo à ce que Lilith appelait « La Parade », par laquelle débutait chaque séance. A force d’engranger des bénéfices, la Troupe faisait l’acquisition d’un matériel de plus en plus performant.
 
Lilith était fière du travail accompli. Ils en avaient fait du chemin depuis sa rencontre avec la Troupe. Certes, il restait encore du travail à faire et le spectacle était encore un peu court. Lilith cherchait depuis déjà 2 mois des acrobates, mais aucun de ceux qu’elle avait pu dénicher ne l’avaient convaincue. Il y avait aussi quelques spectacles qu’elle souhaitait améliorer et travaillait d’arrache-pied avec les Pokémon et humains concernés. La vie au sein de la Troupe lui plaisait énormément. Elle s’y sentait même mieux que pendant sa vie d’étudiante. Mais elle avait néanmoins un petit regret.
 
Pendant toute l’année qui s’était écoulée, elle avait été intriguée par le Directeur. Elle n’avait toujours pas réussi à apercevoir son visage, et personne d’autre d’ailleurs. Des rumeurs courraient à son sujet parmi les autres employés, mais Lilith n’y faisait pas attention. Les secrets autour de son patron commençaient tout doucement à l’obséder.
 
Pourtant, on ne peut pas dire qu’elle était effrayée ou quoique ce soit. Non, elle désirait juste mieux connaitre cet étrange personnage qu’elle trouvait si charmant, si bienveillant. D’ailleurs, elle sentait tout doucement que de nouveaux sentiments se mêlaient à son obsession grandissante. Elle avait appris à connaitre les habitudes du Directeur et savait toujours où le trouver. Ou bien s’agissait-il du contraire et s’était lui qui la cherchait ? Toujours est-il qu’ils passaient beaucoup de temps ensemble.  
 
A plusieurs reprises, elle avait eu des discussions avec lui et avait ressenti comme un frisson sur certaines de ses paroles. Elle se surprenait parfois à guetter son arrivée ou à l’observer paresseusement, malgré sa tonne de vêtements, tandis qu’il parlait à quelqu’un d’autre. Elle se sentait parfois gênée en sa présence, et avait l’étrange sentiment que cette situation était parfois réciproque. Et puis il y avait eu ce jour, à la première représentation où, sous les salves d’applaudissements des spectateurs satisfaits, il s’était jeté dans ses bras pour soudainement reprendre contenance et se redresser comme si rien ne s’était passé. Lilith était devenue rouge pivoine et se doutait bien que, sous sa capuche, le visage de son employeur devait avoir pris une teinte semblable.
 
Plus elle y réfléchissait, plus les sentiments qu’elle éprouvait envers le Directeur lui posaient question. Etait-ce seulement du respect ? De la curiosité maladive ? Ou bien s’agissait-il de sentiments plus forts ?
 
Un soir, alors qu’ils s’installaient non loin du Lac Colère, elle surprit son employeur s’éclipser tandis que les autres montaient le chapiteau. A vrai dire, ils n’avaient pas besoin de tous s’y mettre, Mackogneur étant largement capable de supporter une grosse partie de la structure à lui seul. Mais cela n’en restait pas moins étonnant, car habituellement, le Directeur assistait à chaque montée de chapiteau pour aider à superviser. Lilith hésita un instant, puis se décida à le suivre discrètement.
 
Il s’était installé sur les rives du Lac. Il regardait l’étendue d’eau sans rien faire d’autre, assis. Silencieuse comme un Chacripan, la Conseillère artistique s’assit juste à côté de lui. Surpris, il tourna son visage vers elle, mais ne dit rien et redirigea son regard vers les eaux calmes et sereines du Lac. Le silence perdura encore quelques minutes avant que Lilith ne se décide à lui demander ce qui lui trottait par la tête.
 
-              Ça ne vous ressemble pas de vous éloigner seul de la Troupe, dit-elle.
-              On a parfois besoin d’être isolé pour réfléchir, répondit sereinement son employeur.
-              Réfléchir à quoi ?
-              Tout et rien à la fois.
 
Encore une fois, le Directeur restait énigmatique et mystérieux, sans pour autant être malveillant. C’était une de ses choses qui fascinaient Lilith depuis un bon moment déjà.
 
-              J’aime beaucoup les lacs, confia soudainement le Directeur.
-              Ha bon ? s’étonna Lilith. Pourquoi ?
-              Il s’agit de la première chose que j’ai vue après… après un évènement assez déplaisant de ma vie.
-              Quel genre d’évènement ? demanda la jeune femme un peu précipitamment avant de se ravissez. Ho, mais vous ne voulez peut-être pas en parler…
 
Lilith ne voulait pas insister. Même s’il s’agissait peut-être d’une occasion unique d’en apprendre plus sur le Directeur, elle ne voulait pas pour autant le brusquer. Elle baissa la tête, légèrement embarrassée.
 
-              Il s’agit de ma naissance, dit brusquement le Directeur après quelques minutes de silence.
-              Votre naissance ? répéta Lilith, étonnée. Comment ça ?
-              La première fois que nous nous sommes rencontrés, commença le Directeur, vous m’avez demandé comment vous pouviez m’appeler. Je ne vous ai pas répondu.
-              C’est vrai, dit Lilith, qui se souvenait très bien de leur rencontre. J’ai supposé que vous ne vouliez pas me le dire parce que vous aviez peut-être eu des ennuis avec la justice… Je me suis trompée ?
-              Un peu. En vérité, si je ne vous ai pas répondu, c’est parce que je n’avais vraiment pas de nom.
 
Lilith fronça les sourcils, ne comprenant pas vraiment où il voulait en venir.
 
-              C’est vous qui, la première, m’en avez donné un que j’ai adopté. Le Directeur… Un pseudonyme qui me plait bien…
-              Ce n’est pas vraiment un nom, dit Lilith en rougissant. C’est plutôt votre titre dans notre Projet de Cirque.  
-              Et savez-vous d’où me vient cette volonté de fonder un Cirque ?
-              Non, dit Lilith dans un souffle, des étoiles dans les yeux.
 
Elle sentait son pouls accélérer de secondes en secondes. Jamais le Directeur ne lui avait parlé comme ce soir-là, jamais il n’avait été si ouvert à la discussion, jamais il n’avait dit un mot sur son passé. Mais seuls tous les deux, il semblait enfin se confier à elle des choses qu’il avait sur le cœur. La jeune femme avait une boule au ventre, à la fois un peu mal à l’aise et, pour une raison obscure, très heureuse.
 
-              Lorsque je suis né, dit le Directeur en fixant les eaux du lac, mon anatomie n’a pas convenue à mon père. Il m’a rejeté alors que je venais à peine de commencer à vivre, il m’a insulté… Alors je l’ai tué. Puis je me suis enfui en libérant Estom, Machopeur et Doduo. Et en sortant, nous faisions face à un lac… je les associe depuis à une certaine forme de liberté.
 
Lilith déglutit. Elle sentait bien que le Directeur était mal à l’aise de lui raconter tout cela, mais son aveu ne lui faisait pas peur pour autant. Elle ne pouvait imaginer ce que Le Directeur avait vécu. Cependant, raconter son histoire devait aussi certainement lui faire du bien après tout ce temps.   
 
-              Comment un père peut-il insulter son enfant ? demanda Lilith en se rapprochant légèrement de lui. Qu’est-ce qu’il vous a dit ?
-              Il m’a traité de monstre. Il m’a dit que je n’étais bon qu’à être exposé comme bête de Cirque. C’est pour cela que je désirais fonder une Troupe. Pour prouver que les membres d’une Troupe, même les plus horribles, ne sont pas nécessairement des monstres. Je voulais lui prouver qu’il se trompait.
-              Et je pense que vous avez réussi, dit Lilith en souriant paisiblement. Vous n’êtes pas un monstre, aussi difforme soyez-vous… Ce n’est pas par l’apparence physique que l’on doit juger les gens sur leur monstruosité mais sur ce qu’ils ont sur le cœur. Et je peux vous garantir, après toute une année passée à vos côtés, que vous êtes quelqu’un de bon. 
-              Si seulement tout le monde pouvait penser comme vous, Lilith… soupira le Directeur. Malheureusement, ils sont encore bien nombreux à nous juger sur notre apparence.
-              Mais ce n’est pas mon cas, dit Lilith en se redressant. Mr Le Directeur, pardonnez-moi mais… puis-je voir votre visage ?
 
Le Directeur resta silencieux, tout en fixant continuellement les eaux du lac. Il hésitait. C’est en voyant la mine un peu déçue de Lilith qui semblait croire qu’il ne lui laisserait pas le voir qu’il retira, pour la première fois, sa capuche.
 
Son visage, illuminé par la lumière de la Lune, n’était clairement pas celui d’un humain. Tout d’abord il était jaune et disposait de 5 yeux disposé presque aléatoirement sur la partie supérieure de son visage. Il avait un gros nez qui tombait et il lui manquait des morceaux de peau par endroit, particulièrement autour de la bouche, dévoilant sa chair. Son coup était recouvert d’une crinière blanche. Son visage d’Hypnomade déformé.
 
Lilith ne parut pas surprise. Après le récit du Directeur, elle s’était attendue à quelque chose de particulièrement horrible et elle n’en fut pas déçue. En temps normal, peut-être aurait-elle crié d’effroi. Mais ce n’était pas la difformité du Directeur qui l’intriguait le plus. Non, c’était la façon dont il s’était confié à elle et lui avait parlé. Alors tout parut clair au fond d’elle. Elle se rapprocha du visage du Directeur, qui sembla surpris par son attitude. Avec sa main, elle rapprocha délicatement le visage déformé du sien et, en fermant les yeux, elle embrassa tendrement son employeur.
 
Tout d’abord, le Directeur ne réagit pas, comme s’il ne réalisait pas ce qu’il se passait, puis il étreignit Lilith contre lui et lui rendit son baiser. Des larmes perlaient à ses yeux fermés. 
 
C’est ainsi que commença l’histoire du couple le plus étrange que le Monde Pokémon semblait avoir porté depuis bien des années. 
 

 
 
Deux mois plus tard, la relation entre Lilith Delporte et le Directeur se porte à merveille. S’ils se cachaient des autres au départ, ce n’était plus le cas depuis que Mackogneur était tombé sur eux en train de s’embrasser, ce sur quoi le Colosse aimait taquiner le Directeur. Celui-ci gardait toujours son visage caché et seuls quelques Pokémon de la troupe étaient au courant en plus de Lilith. Il y avait bien quelques discussions dans leur dos, mais Lilith n’y faisait clairement plus attention. Jamais elle n’avait été aussi heureuse de sa vie.
 
Souvent, ils se rendaient ensemble en ville, prétextant partir à la recherche de nouvelles recrues potentielles, et ils en profitaient pour passer l’après-midi ensemble, main dans la main, en amoureux.
 
Ce jour-là, le Cirque s’était installé tout près de Bonville. Le couple s’était rendu au village et revenait d’une petite excursion aux Ruines. Ils avaient prévu de retourner au centre du petit village pour prendre le gouter avant de rentrer, mais s’étaient retrouvés en pleine brocante. Ils regardaient avec curiosité quelques babioles disposées sur les étalages quand un enfant bouscula le Directeur. Celui-ci se retourna avec l’intention de le gronder mais fut frapper par la pauvreté apparente du garçonnet. 
 
L’enfant devait avoir 8 ans et était habillé avec de vieux vêtements déchirés de toute part. Il portait un vieux béret, lui aussi troué. Le petit enfant le regardait et s’inclina légèrement.
 
-              Désolé, m’sieur, j’ai pas fait exprès.
 
Et sans attendre de réponse, il s’enfuit plus loin. Le Directeur le regarda s’éloigner et rejoindre rois autres enfants, deux garçons un peu plus âgés et une fille du même âge, qui paraissaient tous aussi pauvres que celui qui l’avait bousculé.
 
-              Ils font peine à voir, dit Lilith en voyant son amant observer les enfants d’un air intrigué.
-              Oui… dit le Directeur. Ils n’ont pas l’air d’avoir beaucoup de chance…
 
Ils continuèrent leur visite de la brocante, s’arrêtant devant un cracheur de feu et son Magmar, que Lilith ne jugea pas très convaincant, puis ils s’installèrent à un café pour prendre une glace. Ils étaient assis quand un bruit de verre brisé et un cri de colère un peu plus loin attira leur attention.
 
-              Bordel, sales gosses ! criait un vieil homme. Vous ne pouvez pas faire attention !? Vous l’avez cassée !
-              Désolé m’sieur, dit le plus  grand des quatre enfants. On jouait et on n’a pas vu votre étalage.
-              Rien à faire, je veux être remboursé ! Cette relique était d’une valeur inestimable ! Une véritable Plaque du Dieu Arceus, tu sais ce que ça représente ?
-              Non monsieur, mais…
-              Où sont vos parents ? demanda le vieillard avec mauvaise humeur. Ils vont me rembourser ou je peux vous jurer que je vais vous donner une sale correction !
-              On a pas de parents, répondit sèchement le second garçon.
-              Vermine ! cria l’homme. Viens ici que je te fasse payer !
 
Le vieil homme levait le bras pour infliger une gifle à l’enfant quand une forte poigne le saisit au dernier moment par le poignet. Il se tourna et fit face à un homme recouvert de vêtement dont il ne voyait pas le visage.
 
-              Ces enfants sont avec moi, dit le Directeur. Je vais vous rembourser.
-              Hein ? Vous êtes qui ?
-              Peu importe, puisque je vais régler ce problème, non ? Combien est-ce que je vous dois ? 
-              350 000 PokéDollar, cracha le vieillard.
 
Le Directeur soupira. Il avait beau avoir la somme, cela représentait un fameux paquet d’argent. La Troupe allait devoir se contenter de leurs vieux micros encore quelques temps. Il ouvrit son portefeuille d’un air maussade. Lilith, bras croisés, regardait le vieil homme avec un air méfiant.
 
-              Et on peut savoir ce que c’était pour valoir une telle somme ? demanda-t-elle.
-              Une relique originelle de notre Dieu à tous, répondit une voix suave derrière le comptoir.
 
Le vieil homme se retourna, laissant le couple distinguer une vieille dame d’apparence maussade, qui devait être la femme de l’homme, assise dans un fauteuil en osier et en train de caresser un Delcaty.  
 
-              La Plaque Flamme fait partie intégrante d’Arceus, le Grand Architecte. L’argent ne peut remplacer cette relique inestimable.
 
Son mari grogna en levant les yeux au ciel. Il avait entendu ce discours à plusieurs reprises. Lilith et le Directeur semblaient dubitatifs. Les quatre enfants, par contre, paraissaient un peu effrayés par la femme.
 
-              Il ne laissera pas impuni la destruction de cette plaque. Et qui brise la Plaque flamme doit périr par le feu et être condamné à brûler à jamais.
-              C’est cela, dit le Directeur en soupirant. Voici l’argent, et nous, on part.
-              Mouais, dit l’homme en prenant les billets tendus par le Directeur. C’est ça, et que vois plus ces gosses trainer tout près de mon étalage !
 
Le Directeur et Lilith retournèrent en direction du café où ils s’étaient arrêtés pour manger leur glace, suivis par les enfants, silencieux. Lilith déplaça des chaises pour ajouter des places à leur table et leur fit signe de s’asseoir, ce qu’ils firent, l’air gêné. 
 
-              Vous voulez quelque chose à boire ? demanda la jeune femme d’un air compatissant. Une limonade ou un soda peut-être ?
-              Non merci, dit le plus grand des garçons, malgré le regard de la fillette qui s’était illuminé à la proposition de Lilith. On vous a assez dérangé comme ça…
-              Ne dit pas de sottise, lança le Directeur. Dites-nous plutôt vos noms.
-              Moi c’est Mélanie ! s’écria la petite fille en écartant les bras joyeusement.
-              Antoine, dit le garçon qui l’avait bousculé peu de temps avant.
-              Je m’appelle Colin, dit celui qui avait répondu un peu grossièrement au vieillard.
-              Et moi, c’est Lucien, dit le plus grand, l’air mal à l’aise.
-              Et vous disiez que vous n’aviez plus de parents ? demanda Lilith d’un air compatissant. Est-ce que je peux vous demander de nous raconter… ce qu’il s’est passé ?
 
Les quatre enfants baissèrent la tête et restèrent silencieux un instant avant que Lucien ne commence ses explications.
 
-              Nos parents s’en fichaient de nous… On avait quasi rien à manger, on pouvait pas sortir et ils se servaient de nous pour faire tout le boulot à la maison. Ils ne nous aimaient pas.
-              Il ne faut pas dire ça, voyons ! dit Lilith en plissant les yeux. Je suis sûre que…
-              Ils nous ont vendus comme des esclaves à un sale type, cracha Colin.
-              Ha…
 
Lilith se tut. Elle chercha à croiser le regard de son amant mais celui-ci, caché par la capuche, fixait toujours les enfants sans rien dire.
 
-              On était enfermé dans des cages, dit Antoine sans relever la tête.
-              C’était encore pire que chez nos parents, dit Lucien, qui semblait trembler légèrement à l’évocation de ces souvenirs. On était juste des objets pour eux.
-              Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? demanda Lilith, la mine sombre.
-              C’est Mélanie qui nous a sortis de là, dit Colin.
-              Ils avaient laissés les clés dehors, alors moi, je me suis servie ! dit Mélanie d’un air un peu plus enjouée que ses frères. Puis j’ai fait sortir les garçons et on s’est enfuis.
-              Ça fait 1 mois qu’on est dehors, dit Lucien. On n’a nulle part où aller, mais au moins, on est ensemble…
 
Lilith regarda plus attentivement les enfants. La petite Mélanie semblait la plus joyeuse de la bande, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux bleus. Antoine devait être son jumeau, où être né peu de temps avant la petite fille. Il avait des cheveux assez courts mais aussi découpés un peu maladroitement, surement l’œuvre d’un de ses frères. A l’opposé de sa sœur, il semblait bien plus souffrir émotionnellement. Colin avait des cheveux bien plus longs du côté droit et une frange qui lui cachait l’œil de ce même côté, ce qui lui donnait un air rebelle du haut de ses 10 ans. Enfin, Lucien avait les cheveux ébouriffés et semblait plus sage et plus réfléchi que les trois autres. Il paraissait le plus âgé, peut-être 12 ans. Ces enfants avaient dû subir bien des épreuves pour leur âge…
 
Lilith attrapa la main du Directeur dans les siennes, ce qui dirigea le regard de ce dernier vers elle. Sous la capuche, elle voyait les reflets des yeux du Directeur croiser les siens et elle sourit. Ils avaient la même idée.
 
-              On devrait peut-être se présenter à notre tour, dit-elle. Moi c’est Lilith Delporte, et lui, c’est mon amoureux.
-              Vous êtes une maman et un papa ? demanda timidement Mélanie.
-              Pas encore, dit Lilith. Mais si jamais nous le devenons, nous ne serons pas aussi horribles que ceux que vous avez eu, je peux vous le promettre.
-              Et votre nom, c’est quoi ? demanda Lucien à l’homme qui lui faisait face.
-              On m’appelle le Directeur, dit enfin l’intéressé.
-              Directeur ? s’étonna Colin. C’est pas un nom, ça, si ?
-              C’est le mien pourtant. Et on m’appelle ainsi parce que je suis le Directeur d’une Troupe de Cirque. Vous en avez déjà vu un ?
-              Jamais, répondit Antoine, l’air intéressé.
-              Et si on vous disait que nous pouvions vous prendre avec nous, pour travailler au Cirque, qu’est-ce que vous diriez ? demanda Lilith.
 
Le visage de Mélanie s’illumina et Antoine ouvrit la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Colin fronçait les sourcils d’un air méfiant tandis que Lucien relevait la tête, étonné.
 
-              Par travailler, vous voulez de nous comme esclaves, c’est ça ? demanda sèchement Colin.
-              Pas du tout, dit le Directeur. La Troupe a besoin de l’aide de tout le monde pour fonctionner. Cependant, nous sommes tous sur le même bateau et tout le monde, humain comme Pokémon, adulte comme enfant, est sur une marche d’égalité.
-              Nous ne vous voulons aucun mal, dit Lilith. Si vous désirez partir, alors vous pouvez. Mais nous avons de quoi vous loger, vous nourrir, vous habiller…
-              Et vous nous protégerez ? demanda Antoine. Je veux dire, si nos parents ou les gens qui nous avaient achetés revenaient…
-              Je vous promets que je ferai tout mon possible pour vous protéger, dit le Directeur.
-              Même contre le gros canartecte ? demanda Mélanie.
-              Le quoi ? s’étonna Lilith avec un petit rire.
-              J’sais pas, dit la petite en haussant les épaules. C’est la vieille madame qui a dit qu’il allait nous brûler parce qu’on a cassé son plateau.
-              Je vous donne ma parole que je serai là pour vous protéger, même face à Arceus, dit le Directeur.
-              Mais ne t’inquiète pas, le gros canartecte ne pourra rien, parce que c’est juste des carabistouilles cette histoire, dit Lilith en souriant à la petite.
 
Les deux plus jeunes semblaient charmés par la proposition du couple. Colin semblait plus réservé et regardait son grand frère comme pour lui demander son avis. Celui-ci semblait réfléchir en fixant la table. Finalement, il releva la tête et sourit.
 
-              C’est d’accord pour moi, dit-il. Je vous suis.
-              Moi aussi, alors! reprit Colin.
-              Et nous aussi, s’exclamèrent Mélanie et Antoine en cœur.
 


 
Les enfants s’intégrèrent rapidement dans la vie de la Troupe. Tout le monde les appréciait, malgré quelques farces qu’il leur arrivait de faire. Lorsque quelqu’un avait besoin d’un accessoire ou de faire passer un message à quelqu’un, c’étaient à eux qu’on s’adressait en priorité. Ils se rendaient donc utiles, même s’ils ne participaient pas aux représentations. Ils se sentaient mieux qu’ils ne l’avaient jamais été, à côtoyer des artistes, des clowns et des Pokémon qui étaient de surcroit tous sympathiques.
 
Ils passaient en outre beaucoup de temps en compagnie du Directeur ou de Lilith, qui n’hésitaient pas à leur demander leur avis sur les performances des artistes ou sur les idées qui fusaient dans tous les sens.
 
Un jour, cependant, alors qu’ils jouaient au ballon, Colin envoya accidentellement la balle sur le visage du Directeur, faisant tomber la capuche. Le Directeur tenta de cacher tant bien que mal son visage, mais les enfants, curieux de nature, virent sa difformité. Ce fut une scène assez gênante à laquelle seule Lilith, Mr.Mime et Prinplouf assistèrent de loin. Lilith craignait qu’ils perdent la confiance des enfants, mais fut soulagée en voyant la petite Mélanie faire un câlin au Directeur, suivie par ses frères. 
 
-              C’est pas grave si t’es pas très beau, lui avait dit la petite. On t’aime quand même !
-              Désolé pour le ballon… avait ajouté Colin. C’est à cause du vent…
-              Ce n’est pas grave… Mais si vous voulez bien, cela restera notre petit secret à tous, vous êtes d’accord ?
-              Oui !
 


 
Quelques mois après cet épisode, un nouvel incident vint troubler le quotidien paisible de la Première Troupe. Un homme, qui avait assisté à la représentation, était resté après que tout le monde soit parti, en exigeant de voir le Responsable. Lorsque le Directeur et Lilith arrivèrent, l’homme paraissait furieux.
 
-              Ha enfin ! cracha-t-il. C’est pas trop tôt !
-              Il y a eu un problème lors de la représentation, s’enquit Lilith, soucieuse.
-              J’en ai rien à foutre de votre spectacle. Je veux récupérer ce qui m’appartient !
-              Pardon, s’étonna le Directeur. Vous voulez être remboursé, vous voulez dire ?
-              Nan, j’ai vu les gosses ! répondit sèchement l’homme. Ils sont à moi, leurs parents, les Crux, me devaient de la thune.
 
Un silence de tombe s’en suivit. Lilith vit que les enfants regardaient la scène, cachés dans les gradins, l’air terrifié. Elle jeta un regard froid sur l’homme.
 
-              Les enfants ne sont pas une marchandise, dit Lilith.
-              Rien à foutre, ma bonne dame, mais je vais envoyer les services sociaux ici, et je récupèrerai mon dû d’une façon ou d’une autre !
-              Allez-vous fair…
-              Je vais de ce pas vous les chercher, intervint le Directeur en tournant les talons, ce qui horrifia Lilith tandis que l’homme souriait d’un air satisfait.
-              Je vois que vous êtes quelqu’un de raisonnable, dit-il en ricanant tandis que le Directeur s’éloignait, suivis par une Lilith offusquée.
-              Tu ne vas quand même pas les laisser partir avec lui ? demanda Lilith tout bas à son amant.
-              Va plutôt les faire sortir de là, murmura celui-ci. Discrètement, pendant que je vais chercher Estom et Mackogneur…
 
Lorsque le Directeur revint, l’homme parut surpris de voir que les enfants n’étaient pas là. Mais il n’eut pas le temps de dire quoique ce soit, puisque le Colosse l’attrapa par la tête avant qu’il ne puisse réagir et la fit exploser comme un raisin dans sa paume. Estom se chargea ensuite du nettoyage, avec énormément d’entrain. Les enfants et Lilith attendaient le Directeur en dehors du chapiteau. Ils étaient en larmes et se jetèrent dans les bras du Directeur qui les rassura. Jamais il ne les laisserait tomber, il en avait fait la promesse.
 


 
Encore plus tard, un nouvel évènement vint ébranler la petite vie de la Première Troupe. C’était exactement un an après leur premier baiser. Le Directeur avait décidé de retourner sur les rives du lac Colère pour accueillir le public d’Acajou. Le soir de la représentation, il demanda à Lilith de le suivre tandis que les autres géraient le spectacle. Et c’est sur les rives du Lac qu’il l’a demanda en mariage. Ce que Lilith accepta directement, plus heureuse que jamais.
 
On fit une grande fête ce jour-là. Un prêtre malvoyant avait accepté d’unir les deux êtres, même si le Directeur gardait sa capuche lors de la Cérémonie. Les quatre orphelins apportèrent les alliances et les témoins furent Mackogneur et Manternel. Toute la Troupe applaudit quand ils s’échangèrent leur baiser, même s’ils ne pouvaient toujours pas voir le visage de leur patron. Puis l’après-midi se vécue dans la joie, avec des interventions de chaque membre humain. Mais le plus beau discours fut, sans conteste, celui de Prinplouf, qui avait perdu toute sa maladresse et s’exprimait parfaitement. Un grand festin fut organisé et on raconte qu’il y avait tellement à manger que même Estom put calmer sa faim.
 
Et puis, enfin, quelques semaines plus tard, Lilith annonça la grande nouvelle.
 
Elle était enceinte.

 (à suivre dans le post suivant)

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12


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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Lun 2 Mai - 20:47

Dans L'Enfer des Mélancolux: suite et fin

Un peu plus de 8 mois plus tard, la Troupe vivait sa vie calmement. Lilith essayait de continuer à coordonner la Troupe, mais le Directeur voulait qu’elle se repose un maximum. Le grand jour n’allait pas tarder et le Directeur avait déjà prévu un plan d’urgence, demandant à Natu et Alakazam de se tenir sur leur garde car ils allaient peut-être devoir se téléporter d’un moment à l’autre.
 
Les quatre enfants étaient eux-aussi très excités par l’arrivée du futur bébé. Lilith leur avait donné plus de responsabilités et ils les assuraient avec fierté. De plus, ils répétaient ensemble pour former leur propre numéro et jouer un rôle dans les Représentation. C’était un peu devenu leur nouveau rêve depuis quelques temps déjà. Ils avaient fabriqués leurs propres marionnettes et s’entrainaient de plus en plus à les manipuler, avec les encouragements du Directeur et les conseils de Lilith.
 
Le Directeur était particulièrement soucieux ces temps-ci. Serait-il un bon père ? Son propre créateur l’ayant traité comme un monstre, il avait peur d’en devenir réellement un aux yeux de sa progéniture. A ce sujet, Lilith le rassurait sans cesse, disant que comme il se comportait avec les quatre orphelins, il n’y avait aucun risque. Il avait aussi dû gérer des fauteurs de troubles, trois Dracaufeu qui s’étaient approchés dangereusement du Chapiteau pour leur voler de la nourriture.  Mais au contraire des cas de Tauros et Girafarig, ils s’étaient montrés très hostiles. Aussi Mackogneur et Doduo les avaient-ils mis KO et, dans l’attente d’une meilleure solution, ils avaient été enfermés entre les murs qu’avait créé Mr.Mime spécialement pour eux. Le Directeur prévoyait de les relâcher avant de partir, mais en attendant, il ne pouvait prendre le risque qu’il arrive un incident fâcheux.
 
C’est Mélanie qui lui courut après ce matin-là. En vue de l’excitation de la petite fille, le Directeur comprit de suite. Il l’envoya chercher Natu et Alakazam et se précipita à leur roulotte. Lilith était déjà debout, ronde comme un ballon de mousse, l’air essoufflée. Antoine portait une valise dans laquelle ils avaient rangé quelques affaires et que le Directeur attrapa. Natu et Alakazam arrivèrent rapidement et téléportèrent le couple bien loin de la Troupe devant un hôpital d’Illumis. Sur ordres du Directeur, les deux Pokémon restèrent dehors pour les attendre.
 
Cependant, au moment où le Directeur et Lilith passaient les portes de l’établissement, Natu, qui fixait le soleil, eu sa première vraie vision. Une vision telle qu’il refusera pendant plus de 20 ans de fixer à nouveau l’astre du jour pour lire l’avenir…
 


 
Lorsqu’ils entrèrent dans l’hôpital, le Directeur et Lilith furent très vite pris en charge. On installa Lilith dans une chambre et on la relia à plusieurs appareils étranges que le Directeur ne connaissait pas tandis qu’on lui posait de rapides questions sur sa femme, notamment depuis quand elle était enceinte, si c’était la première fois, etc. Inquiet pour elle, l’Hypnomade au visage caché répondait un peu distraitement, le regard attiré par les cris de souffrances de Lilith qui n’allait pas tarder à enfanter. 
 
Il y avait deux infirmières présentes. L’une d’elle tentait de rassurer Lilith tandis que l’autre préparait une péridurale, afin qu’atténuer la douleur des contractions de plus en plus violentes. Mais Lilith les insultait allègrement et ne réclamait que son mari. Dès que le médecin eut finit de lui poser des questions, le Directeur rejoint sa femme pour lui tenir la main.
 
Lilith haletait de plus en plus. La péridurale qu’on venait de lui administrer était censé avoir des effets directement, mais la pauvre femme ne les ressentait apparemment pas, ou très peu. Une infirmière parlait au médecin en montrant une des machines. Elle semblait inquiète et cela ne laissait rien présager de bon. Mais quand le Directeur chercha à comprendre ce qui n’allait pas, il ne vit qu’un écran afficher des nombres variant dont il ne comprenait pas la signification.
 
Soudain, Lilith hurla de douleur tout en serrant fort la main de son mari. Le médecin et l’infirmière se précipitèrent vers elle en lui criant de pousser. La machine clignotait rapidement maintenant, mais les cris de Lilith étouffaient tout autre bruitage, tandis que le Directeur, dépassé par les évènements, restait muet comme un Magicarpe.
 
Mais quand la main de Lilith relâcha brusquement la sienne, le Directeur comprit que quelque chose clochait. Le corps de la jeune femme était pris de spasmes incontrôlables et la machine clignotait plus fort que jamais. Le médecin poussa un juron et les infirmières attrapèrent le lit par des poignées et se mirent à le pousser en dehors de la chambre.
 
-              Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda le Directeur, dont le visage caché avait perdu sa teinte jaune pour un blanc pâle. Qu’est-ce qui lui arrive ?
-              Elle a des complications, dit le médecin qui quittait la chambre pour suivre les infirmières.
-              Quel genre de complications ? dit sèchement le Directeur qui suivait ses pas.
-              Je ne sais pas, grogna le médecin. Mais de toute évidence, on va devoir vite faire une césarienne si on veut sauver l’enfant avant de la réanimer.
-              La réanimer ? répéta le Directeur en se figeant sur place. Vous voulez dire que…
-              Ecoutez, si vous voulez qu’elle vive, va falloir me lâcher la grappe, on a pas de temps à perdre!
 
Et sans rien ajouter, il laissa le Directeur se place pour rejoindre la salle d’opération en urgence. Ce dernier, plus angoissé que jamais, tituba un instant, serrant les poings. Puis, se ressaisissant, il se précipita pour observer l’opération.
 
On ne le laissa pas entrer dans la pièce pour des raisons d’hygiène, mais il pouvait observer la scène depuis des vitres. Il eut un haut le cœur en voyant le chirurgien en train d’ouvrir le ventre de sa femme à l’aide d’un scalpel. Il y avait deux médecins et deux infirmières sur place et tous semblaient très agités. Le corps de Lilith avait cessé de bouger et semblait presque endormie.
 
Puis, quand le chirurgien plongea sa main dans le corps de Lilith, il en retira un petit corps rouge et trempé d’une substance étrange, relié à un cordon au niveau de nombril. De loin, le Directeur regardait son enfant, sans comprendre. Manifestement, quelque chose n’allait pas. 
 
L’enfant ne ressemblait pas à ce à quoi il s’attendait. On aurait dit qu’il n’avait pas de cou. Il semblait disposer d’une espèce de petite trompe à la place du nez et ses quatre membres étaient particulièrement courts. Il se tenait dans les bras de l’homme dans une position fœtale assez disgracieuse. Le petit être ne pleurait pas mais bougeai en ouvrant la bouche, comme à la recherche d’air. Il semblait étouffer. Le chirurgien quant à lui observait la chose qu’il venait de sortir du corps de Lilith avec un air de dégoût tandis qu’une infirmière avait relâché des compresses en criant d’effroi. Le sang du Directeur n’en fit qu’un tour.
 
Il entra de force dans la salle d’opération. Le chirurgien venait de déposer l’enfant sur un plan de travail comme pour s’en débarrasser et avait fait quelques pas de recul pour s’en éloigner. Tous les regards étaient fixés sur la chose qui gigotait avec de moins en moins de force.
 
-              Qu’est-ce que vous foutez, hurla le Directeur avec colère.
-              C’est vous qui allez nous dire c’est quoi ce bordel, cria le médecin. Qu’est-ce que c’est que cette chose ?
 
Pour toute réponse, le Directeur lui envoya une Ball’ombr en pleine poitrine, ce qui le projeta contre le mur. Les infirmières crièrent de terreur et reculèrent. Le chirurgien regarda le Directeur avec un air à la fois surpris et dégoûté.
 
-              Vous êtes quoi ? demanda-t-il.
-              Qu’est-ce qu’il se passe avec mon enfant ? demanda le Directeur sans prêter attention et en essayant de se calmer.
-              Je crois qu’il étouffe, dit l’homme en jetant un regard vers la petite chose  qui ouvrait la bouche désespérément, sans parvenir à ce qu’aucun son n’en sorte. Il doit avoir une malformation des poumons et comme il n’est plus relié à la mère, il n’est pas viable.
-              QUOI ? cria le Directeur en serrant les poings. Qu’est-ce que vous attendez pour le sauver ?
-              C’est inutile, dit l’homme. Il est déjà trop tard.
 
C’était surement vrai. L’enfant difforme avait cessé de bouger. Le Directeur tomba à genoux, sentant les larmes monter à ses yeux.
 
-              Et elle ? demanda-t-il. Lilith…
-              Elle est morte aussi, dit sombrement le chirurgien.
-              Mais… vous n’essayez pas de… de la réanimer ?
-              A quoi bon sauver des monstres ? répondit l’homme.
 
A ce moment précis, le Directeur comprit. Ils auraient peut-être pu sauver l’enfant et Lilith. N’avaient-ils pas des machines pour donner des chocs électriques ou pour aider la respiration ? Mais ils n’avaient juste pas envie de les sauver. L’enfant était difforme, monstrueux, donc ses parents devaient l’être aussi. Personne ne les aiderait… Ils n’étaient que des monstres à leurs yeux, ils l’avaient toujours été. Lilith seule avait pu comprendre que ce n’était pas vrai…
 
 Aussi, explosant de colère, le Directeur saisit le chirurgien par le cou et entreprit de l’étrangler. Les infirmières, apeurée, tentèrent de l’en empêcher, mais elles étaient les mêmes que cet homme. C’était eux les véritables monstres de l’histoire. C’était eux qui devaient mourir.
 
Lorsque le Directeur sortit de la salle d’opération, il portait le corps ensanglanté de Lilith dans ses bras. On aurait dit qu’elle dormait paisiblement. Il avait placé l’enfant mort-né contre la poitrine de sa défunte mère. Il laissait derrière lui les quatre cadavres des infirmières et médecins. Accablé par la tristesse et les sanglots, le Directeur se déplaça dans l’hôpital à visage découvert. Les gens qu’il croisait faisaient bien vite demi-tour ou se cachaient dans les chambres, n’osant pas réagir. On le laissa ainsi tranquillement sortir tandis qu’il pleurait la mort de sa bien-aimée et de l’enfant qu’il aurait pu avoir, qu’il aurait pu aimer.
 
Natu et Alakazam se figèrent eux aussi d’horreur en voyant leur Directeur sortir de l’hôpital en portant les deux corps sans vie. Les larmes du Directeur s’étaient calmées, mais il reniflait bruyamment. Sans rien dire, Natu et Alakazam utilisèrent Téléport pour revenir au campement du Cirque. Le Directeur fixait le sol quand ils arrivèrent sur place. Mais de grands cris d’effrois le ramenèrent à la raison et c’est en relevant la tête qu’il découvrit avec effroi un autre spectacle d’horreur.
 
Le chapiteau était en proie à de vives flammes gigantesques. Partout autour, des Pokémon et des humains tentaient de maitriser le feu, sans grand succès, tandis que d’autres paniquaient. Le Directeur en resta sans voix. C’est comme si tout ce qu’il avait construit avec Lilith devait mourir avec elle.
 
Il déposa délicatement le corps de sa femme puis se précipita pour aider la Troupe. Il se mit à donner des ordres un peu partout, auxquels les Pokémon obéissaient sans broncher. Les humains de la Troupe, cependant, mirent du temps avant de s’y mettre, apparemment choqués en voyant le visage de leur Directeur pour la première fois.
 
Prinplouf fut ce jour-là particulièrement courageux et efficace. Relayant les ordres de Directeur avec autorité,  il fut aussi très utile pour éteindre l’incendie qui emportait l’ensemble du Chapiteau. Le Colosse et Estom étouffaient ensemble les flammes à l’aide d’objets lourds tandis que les autres, parmi lesquels le Directeur, faisaient des chaines de seau à une mare voisine. Plusieurs membres de la Troupe avaient cependant été gravement brûlés dans l’incendie et gisaient par terre, inconscients pour certains comme le couple de Manternel que Mackogneur et Prinplouf avaient sortis des flammes juste avant le retour du Directeur.
 
Au bout de deux grosses heures qui parurent une éternité, les dernières flammes s’éteignirent. Du fier chapiteau il ne restait que des décombres fumants. Sans dire un mot, lentement, le Directeur se mit à marcher au milieu des ruines de tout ce qu’il avait construit pendant presque trois années, les plus belles de sa vie, en compagnie de Lilith. Mais maintenant qu’elle n’était plus là, ce désastre sonnait comme la fin des beaux jours, la fin du paradis sur terre. La fin de la Première Troupe.
 
Prinplouf, Mackogneur et Doduo suivaient le Directeur, sans rien oser dire. Ils tombaient parfois sur un cadavre noirci, un malheureux qui n’avait pu échapper aux flammes. Mais soudain, le Directeur arrêta sa procession. Il faisait face à quatre petits corps calcinés.
 
Le Directeur tomba à genoux sur les cendres encore chaudes. Il pensait qu’il avait déjà pleuré toutes les larmes de son corps, mais les dernières qu’il lui était encore possible de produire coulaient désormais de ses cinq yeux. Il rampa et regarda les enfants avant de laisser échapper une plainte de douleur et de tristesse que tout le monde entendit. Voyant le Directeur dans cet état, ni Mackogneur, ni Doduo, ni Prinplouf ne sut comment réagir. Ils le laissèrent éclater tout son chagrin. Puis, quand enfin il se releva, il leur ordonna de déplacer les corps et de les amener aux côtés de celui de sa femme et de son enfant.
 
Une dizaine de minutes plus tard, le Directeur faisait face aux 6 personnes qu’il avait le plus aimé dans sa vie. Sa femme, ses enfants adoptifs et celui qui allait devenir sa fille… Tous les survivants de la Troupe étaient rassemblés juste derrière lui, mal à l’aise. Les Manternels n’avaient pas survécu, tout comme l’ingénieur de son et l’un des clowns de l’équipe. Les stylistes étaient blessés mais leurs Pokémon avaient été piégés par les flammes, eux aussi. Natu et Alakazam s’étaient brûlés en aidant à éteindre l’incendie, mais avaient tenus à être présents.  
 
-              Prinplouf, dit finalement le Directeur sans se retourner. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
-              Ce sont les Dracaufeu, monsieur, répondit Prinplouf, le regard baissé. Ils se sont échappés et ont mis le feu au Chapiteau. Ils se sont acharnés dessus.
-              Vous n’avez pas tenté de les arrêter ? cracha le Directeur après s’être mouché.
-              Si, monsieur. Mackogneur, Estom, Doduo et moi-même nous sommes chargés de les abattre, mais c’était déjà trop tard…
-              Mr.Mime, dit le Directeur en faisant sursauter ce dernier. Comment se fait-il que tes barrières n’ont pas su les retenir ?
 
Un silence de mort s’installa. Mr.Mime tremblait comme une feuille, tous les regards étant fixés sur lui sauf celui du Directeur qui leur faisait toujours dos. Mais, lassé d’attendre les explications, il se retourna, le visage déjà difforme marqué par la colère.
 
-              ALORS ? cria-t-il avec haine. 
 
 Mr.Mime déglutit et se mit à expliquer que les enfants s’étaient mis en tête de dresser les Dracaufeu, pour leur faire une surprise à leur retour. Mr.Mime avait donc accepté d’ouvrir la barrière, mais les choses avaient dégénérés. Il se confondait d’excuses quand il se prit une Ball’Ombre qui le fit tomber à la renverse. Le Directeur, furieux, le souleva par le cou.
 
-              C’EST TOI ALORS ? TU LES AS TUÉ ! TU ES RESPONSABLE !
 
Mr.Mime suffoquait sous la pression de la main du Directeur. La Troupe regardait la scène, paralysée d’horreur. Finalement, Mackogneur attrapa le Directeur en-dessous des bras et l’écarta de Mr.Mime tandis que Prinplouf s’interposait.
 
-              Dépose-moi tout de suite ! Je vais le tuer !
-              Mr le Directeur… dit Prinplouf. Malgré tout le respect que je vous dois, nous avons déjà eu assez de morts comme ça aujourd’hui, vous ne pensez pas ?
-              C’est lui qui les a tués ! Par son incompétence, il est responsable !
-              Peut-être… mais vous ne pensez pas qu’elle lui aurait laissé une chance ? C’était son Pokémon après tout…
 
L’évocation à Lilith calma soudainement le Directeur, qui cessa de se débattre. Il se remit à sangloter, sans que plus une larme ne puisse sortir. Mackogneur le déposa et l’Hypnomade se tourna vers les cadavres.
 
-              Enterrez les victimes, dit le Directeur. Mais je veux moi-même enterrer les enfants et Lilith… mais pas ici… Alakazam ? Tu peux me conduire au Lac Colère ? 
 
Alakazam acquiesça. Doduo courut chercher une pelle et de la nourriture qu’il amena au Directeur avant son départ en compagnie des cadavres. Une fois sur les rives du Lac, il se tourna vers le Mage.
 
-              Laisse-moi ici… Tu viendras me rechercher demain. Je veux être seul.
 
Alakazam ne répondit pas et partit comme il était venu. Puis, sans attendre, le Directeur se mit à creuser les tombes des personnes les plus chers à son cœur.
 
Il lui fallut plusieurs heures pour creuser cinq trous assez grands et profonds pour y déposer les corps. Le soleil s’était couché mais la Lune illuminait le ciel. Comment une si belle soirée pouvait-elle être chargées d’autant de sentiments de tristesse ?
 
Le Directeur était assis face aux 5 monticules de terre. Dessous reposaient les corps de ces êtres chers, ceux qu’il avait tant aimés. Il voulait passer une dernière fois la nuit avec eux.
 
Il se croyait seul quand soudain, il entendit des bruits de pas derrière lui. Il n’y fit d’abord pas attention. Mais quand il entendit la personne toussoter derrière lui, comme pour attirer son attention, il soupira et se retourna, s’attendant à voir Alakazam. 
 
Mais c’était un humain. Celui-ci avait de longs cheveux blancs et ses yeux étaient cachés par un chapeau Melon. Il portait une sorte de toges grise très veillottes et abîmée et exposait un grand sourire de dents blanches. Il portait aussi une sorte de sac à dos.
 
-              Pardonnez ma curiosité, monsieur, mais vous me semblez avoir traversé de terribles évènements, je me trompe ? demanda l’homme.
-              Partez d’ici, répondit le Directeur. Je ne veux voir personne.
-              Vous avez beaucoup de choses sur le cœur, dit l’homme qui continuait de sourire. Vous avez perdu des êtres chers, pas vrai ?
-              Allez-vous--en, dit le Directeur. Je n’ai pas été capable de sauver les enfants, ma femme est morte parce que je suis un monstre… 
-              Ce n’est pas avec ce genre d’attitude que vous honorerez leur mémoire ! dit l’homme. Mais j’ai peut-être de quoi vous aider.
-              Peu m’importe, dit le Directeur.
-              Allons allons ! Que serait un enterrement sans cierge ? demanda l’homme en déposant son sac à dos. Et vous avez de la chance, je suis justement un vendeur de bougies !
-              Des bougies ? dit le Directeur en plissant les yeux.
 
L’homme sortit de son sac six grosses bougies de cire blanche identiques et les agita sous le nez du Directeur.
 
-              Elles sont à vous ! Je vous les offre ! dit l’homme en souriant. Et je veux bien même vous les allumer si vous n’avez pas de briquet.
-              Pourquoi pas, soupira le Directeur. Je suppose que ça se fait dans ce genre de situation…
-              Tenez, voici de quoi honorer vos six morts, dit l’homme en allumant les bougies avant de les lui donner. Prenez en soin, surtout !
 
Sans rien dire, le Directeur disposa les grosses bougies proches des monticules de terre. Il resta un instant sans rien dire, puis s’étonna en comptant les bougies et les monticules de terre. Il avait enterré sa fille avec Lilith.
 
-              Comment saviez-vous qu’il y avait six morts ? demanda-t-il, interloqué.
 
Personne ne répondit. Intrigué, le Directeur le chercha du regard un instant, sans résultat. Le Vendeur de Bougies avait disparu. Puis, abandonnant l’idée de comprendre ce qui lui arrivait, il se mit à prier.
 


 
Lorsqu’il se réveilla le lendemain matin, il était encore très tôt. Il avait veillé très tard mais la fatigue l’avait finalement emporté. Il essaya de se relever, mais remarqua soudain qu’il y avait quelque chose qui le tenait faiblement contre son ventre.
 
Quatre grosses bougies équipées de petits bras de cire, allumées avec une petite flamme bleutée, se blottissaient contre lui. Il cligna des yeux plusieurs fois, pensant rêver. Il en attrapa une et la mit devant son visage. Le Funécire se réveilla et le regarda avec un regard peiné et triste. Les trois autres Bougies s’animèrent en même temps et le regardèrent avec la même expression. Il redéposa le premier Funécire par terre et s’assit pour mieux les observer. Puis il regarda vers les tombes qu’il avait creusées la veille.
 
Sur la tombe de Lilith et de son enfant, les deux bougies étaient toujours là, mais leurs flammes s’étaient éteintes. Celles qu’il avait disposées sur les tombes des enfants, cependant, n’étaient plus là. C’est à ce moment qu’une terrible phrase prononcée par une vieille dame lui revint en tête : « qui brise la Plaque flamme doit périr par le feu et être condamné à brûler à jamais ».
 
La malédiction proférée lors de leur rencontre pouvait-elle être vraie ? Ces Funécire pouvaient-ils être … ? Le Directeur se pencha vers eux et éclata une dernière fois en sanglot.
 
-              Je vous promets… que je vais réparer tout cela… Je suis désolé … Désolé… Désolé…
 
Ce sur quoi les Funécire ne répondirent pas et se contentèrent de faire danser leurs flammes bleutée.
 


 
Lorsque le Directeur rentra sur les lieux de l’Incendie, tout le monde s’étonna de la présence des quatre Funécire. Le Directeur hypnotisa les humains pour leur faire oublier tout ce qu’ils avaient vécu ensemble, de peur qu’ils ne l’abandonnent d’eux-mêmes à cause de sa difformité dévoilée. Puis, avec l’aide des Pokémon survivants, ils entreprirent de reconstruire le Cirque et de fonder ensemble la Seconde Troupe, tout en recrutant de nouveau, exclusivement des Pokémon. Mais le Directeur ne fut plus jamais le même.
 
C’est lorsque les Funécire évoluèrent, quelques années plus tard, que les enlèvements commencèrent. Ils étaient d’abord temporaires et l’enfant était restitué à leurs parents après une soirée pendant laquelle le Directeur l’hypnotisait. Les Mélancolux prenaient alors ensemble possession du corps de l’enfant et le Directeur avait alors l’impression, l’espace d’un moment, de retrouver ses enfants. Cette intrusion dans la psyché des victimes du Directeur les chamboulaient un peu et, une fois réveillé, les enfants ne pouvaient s’empêcher d’associer le Directeur à une terrible impression de brûlure et de mort. Puis, un jour, des parents apeurés furent prêts à abandonner leur petite fille. Scandalisé par leur attitude, le Directeur décida de passer un niveau supérieur. Désormais, ils kidnapperaient les enfants pour tester l’amour que leur portaient leurs parents. Mais ils étaient tous décevants, sans aucune volonté. Aussi le Directeur les faisait exécuter. Puis pris de pitié pour l’enfant abandonné de ses parents, mais déchiré par le sentiment de ne pas avoir été lui-même à la hauteur, il les tuait aussi, achevant ainsi ce qu’il pensait être un calvaire.
 
Il fallut une vingtaine d’année pour qu’un père porté par l’amour pour sa fille ne se dresse enfin contre la Seconde Troupe. Cela tombait mal car le Directeur pensait avoir trouvé à ce moment précis un moyen de réparer ses erreurs en s’accaparant les pouvoirs d’un Dieu. Mais pourtant, il voulait voir jusqu’où cet homme serait capable d’aller, et même si, à cause de cela, ses plans échouèrent, il ne pouvait qu’admirer ce père aimant et ses amis.
 

Certains pourraient prendre le Directeur pour un Fou, et surement auraient-ils raison. Cependant, on ne peut pas imaginer comme une seule mauvaise journée peut marquer profondément la vie d’un être et le changer du tout au tout…

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Mar 3 Mai - 16:56

Spoiler:
 

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Nous avons peut-être le même arrière-arrière-arrière-grand-père en commun ! Tu as fouillé dans tes archives récement ? 





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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Mar 3 Mai - 17:06

Assurément le meilleur chapitre de toute la fic, même si elle n'est pas encore achevée. Beaucoup moins "sanglant" et donc plus agréable à lire à mon gout, le personnage de Lilith est mon personnage préféré toute partie confondue, une morale derrière. It's a kinf of magic.

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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Mar 3 Mai - 20:53

Hum... je penses mourir. Plusieurs fois, même.
Pour le reste, je t'en ai déjà fait part, on peu résumer ça sur plusieurs orgasmes et un bon nombres de sursauts, sans compter la boule au ventre et la respiration haletante.
Voilà pour les symptômes physiques, mentalement c'est 10 fois pire.

Je t'aime.

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Tout est relatif sauf ce qui ne l'est pas

Je ne jures que par trois choses.
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Mer 4 Mai - 13:46

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Mer 4 Mai - 18:18

griffon-nages a écrit:
Spoiler:
 

Ah toi aussi ?

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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Jeu 5 Mai - 8:48

SimiaK : Vous envahissez le monde visiblement ^^ (Oui, je dis "vous", parce que je ne m'appelle pas Delporte, c'est quelqu'un que je connais, il n'y avait pas de sous-entendu dans ma phrase ;) )
Viktyny m'en avait parlé par MP, mais je n'arrive pas à lui répondre :/
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Dim 15 Mai - 19:12

Chapitre 11 : Le Final de la Troupe
 
Henry avait le regard baissé, mal à l’aise. Le Directeur venait de lui raconter son histoire et celle des Mélancolux. Il s’était tu tout au long du récit, et il était encore incapable de prononcer le moindre mot. Tout ce qu’il pensait sur le Directeur était remis en cause. Alors que quelques minutes avant, il le haïssait au plus profond de lui-même, il ne pouvait désormais qu’éprouver de la pitié pour lui qui avait été accablé par le malheur. Et même s’il subsistait encore quelques doutes dans son esprit, Henry avait décidé de croire Le Directeur.
 
-          Ce soir, déclara celui-ci, je vais enfin pouvoir tenir ma promesse. En invoquant Arceus lui-même, je pourrai mettre un terme à la malédiction de mes enfants. Grâce aux travaux du Professeur, les Mélancolux seront en mesure de prendre possession de lui assez longtemps pour l’y obliger.
-          Et ensuite ? demanda Henry. Qu’est-ce que vous ferrez une fois la malédiction rompue ?
-          Si c’est possible, nous transformerons le monde. J’aimerai changer la vision que la population a sur ceux qu’elle appelle « monstres » et dont nous faisons partis parce que nous sommes différents. Mais je ne me leurre pas. Même si c’est ainsi que je me suis assuré la participation de la plupart de mes agents, je ne pense pas que j’en serai capable.
-          Vous aurez Arceus avec vous, ce n’est quand même pas rien.
-          Je vais mourir, Henry.
 
Henry releva la tête, étonné. Le visage difforme du Directeur paraissait biens serein malgré ce qu’il venait d’annoncer.
 
-          Vous allez mourir ?
-          Je suis vieux pour un Pokémon né adulte, vous savez. Mes forces m’abandonnent de plus en plus chaque jour. Je sais que ma fin est proche, mais si je peux sauver les Mélancolux avant, alors je ne regretterai rien.
-          Et votre fille ? demanda Henry.
-          C’est la raison pour laquelle j’ai tant tenu à vous impliquer dans ce grand final, dit le Directeur. Je veux qu’Eve vive heureuse. Hors, si je meurs, comment m’occuper d’elle ? C’est pour cela que, lorsque tout sera terminé, elle repartira comme si elle était la fille de votre frère et de sa femme. Je sais qu’ils prendront soin d’elle comme vous avez pris soin de Marie.
 
Henry se tut. Même s’il désapprouvait la tromperie dont était en ce moment victimes Hector et Blanche, il avait du mal à en vouloir au Directeur et à sa fille maintenant qu’il savait tout.
 


 
Marie et la Troupe s’étaient finalement débarrassés des Greffés qui s’en étaient pris à eux. Ceux-ci s’étaient finalement enfuis. Ils s’en sortaient avec quelques blessures assez légères et continuaient à explorer le Parc à la recherche des enfants, plus que jamais sur leur garde.
 
Leur recherche les conduit finalement à la Cache de Baggaid, un parcours en train racontant l’histoire de policier à la recherche d’une bande de voleurs. Ils ne trouvèrent rien de bien intéressant avant d’arriver au plus profond de l’attraction. C’était une salle plutôt grande qui disposait de deux petites cellules et de quelques statues. Ce qui frappa Marie, c’était que les portes étaient ouvertes et que différents objets trainaient par terre au lieu de se trouver sur les statues. Ils se mirent à examiner les cellules à la recherche d’indice tandis que Xatu ramassait une sorte de sceptre.
 
-          Xatu dit qu’ils étaient ici ! affirma Pijako en agitant les ailes. Mais ils se sont enfuis.
-          Vraiment ? demanda Marie.
 
Le Mentaliste acquiesça. On pouvait lui faire confiance pour voir des choses que d’autres ne voyaient pas. Marie poussa un soupir de soulagement. Au moins devaient-ils être en vie, enfin, peut-être… Encore fallait-il les retrouver, maintenant.
 
-          Bon, on va devoir mettre les voiles, dit Marie. Il faut qu’on les retrouve le plus rapidement possible, avant que quelqu’un d’autre ne tombe sur eux.
-          Ou que quelqu’un d’autre ne tombe sur vous, lança subitement une voix que personne ne connaissait.
 
Tous les regards se tournèrent vers l’entrée de la pièce. Au-dessus des rails voletait un Papilord, sabre en main, ainsi que quatre Mélancolux. Derrière eux, Mistigrix était adossée contre la paroi, les yeux fermés, comme si elle s’ennuyait. Sa vision provoqua des murmures incompréhensibles parmi les membres de la Troupe et Marie elle-même était surprise.
 
-          Qui êtes-vous ? demanda-t-elle en reprenant ses esprits.
-          On m’appelle Dédain, déclara le Papilord. Tandis que les autres, je pense que vous les connaissez déjà.
-          C’est vrai, confirma Marie en fronçant les sourcils, sachant pertinemment que la présence des Mélancolux n’engageait jamais rien de bon. Et je suppose que si on vous demande gentiment de nous laisser passer, vous n’accepterez pas ?
-          Je suis là uniquement pour ramener deux personnes en vie à mon patron qui fut le leur autrefois.
 
Marie déglutit tandis qu’une partie de la Troupe faisait un pas en arrière. Les propos de Dédain étaient clairs et, même si certains avaient eu des doutes, le retour du Directeur restait un choc. Xatu s’était littéralement paralysé sur place. Les acrobates et Grodoudou serraient leurs poings et Scalproie s’était saisi de ses couteaux. Tauros martelait le sol de son sabot et Mr.Mime était tombé à genoux, tremblant de tout son être. Les autres membres n’avaient pas connu l’ancien Directeur, mais ils le connaissaient de réputation et paraissaient tout aussi troublés.
 
-          Et si on n’était pas d’accord de vous laisser ces personnes ? demanda Marie.
-          He bien, je tuerais tous ceux qui s’y opposeraient, déclara calmement Dédain. Ce n’est pas bien difficile de choisir, non ?
-          Vous êtes six, fit remarquer Marie. Nous vous sommes largement supérieur numériquement.
-          Mais je vous suis largement supérieur sur tous les autres aspects, dit Dédain.
 
Et sans plus attendre, il fondit vers eux à toute vitesse. Sa lame fut arrêtée par le Bâton de Canarticho, qui se trouvait le plus proche de lui mais avait été très réactif. Dédain recula en souriant tandis que l’Ancienne Garde Rapprochée du Seigneur Poutine se mettait en position de combat, sur le qui-vive. Parmi toute la Troupe, ces quatre Pokémon étaient surement ceux qui étaient le mieux préparés au combat. Tauros, Rhinocorne,Némélios, Ursaring, Bêtochef et les Acrobate se préparaient eux aussi juste derrière eux. Cupcanaille et Limaspeed se tenaient avec Scalproie et Groudoudou un peu plus loin, parés à lancer des attaques à distance. Marie, Kaede sur les épaules, invoqua son Ténéfix. Devant autant d’adversaires, Dédain semblait plutôt satisfait. 
 
-          C’est parti alors, déclara Dédain. On va passer un bon moment !
 
Et de nouveau, il se jeta sur ses opposants. Cette fois encore, Canarticho intercepta son attaque, mais cette fois, son Poireau fut tranché en deux. Dédain faillit bien lui couper la tête sur le coup si Insolourdo n’avait pas attrapé son partenaire par la patte afin de l’emmener avec lui dans son Tunnel, à l’abri. Le Papilord regarda alors autour de lui. La Parade l’avait encerclé et ils courraient tous vers lui. Le plafond étant assez bas, l’escrimeur n’avait la possibilité de s’élever assez haut pour s’échapper, mais il décida de foncer lui-même vers Némélios. Dos au Pokémon lion, Dédain entendit celui-ci hurler de douleur tandis que son sang s’échappait de son flanc. Puis il agita son sabre pour dévier trois couteaux lancés dans sa direction. Il dut bien se résoudre à faire face à ses adversaires quand il vit de loin arriver quelques petites bombes lancées par Limaspeed et Cupcanaille. Il agita violement les ailes pour utiliser Bourdon, ce qui fit exploser les projectiles des Jongleurs en vol. Profitant de l’explosion, Tenefix, Betochef et les Acrobates se jetèrent sur lui pour l’attaquer au corps à corps. Mais Dédain était plus rapide qu’eux et c’est lui qui surgit de la fumée pour couper le bras de Simiabraz en vol, tout en esquivant chacune des attaques qui lui était destinée. 
 
Simiabraz et Némélios étaient à terre et Tauros et Jungko essayaient de les écarter du combat tandis que les autres tentaient tant bien que mal de toucher Dédain. Mais c’était comme si celui-ci voyait toutes les attaques arriver quelques secondes en avance car il anticipait chaque assaut qui lui était destiné, si bien qu’aucun membre de la Troupe ne parvint à le toucher sur le moment. Marie se précipita vers les deux blessés tandis que leurs amis retournaient au combat. Eoko s’attelaient déjà à stopper l’hémorragie de Némélios, mais elle ne pouvait pas faire grand-chose pour le bras de l’acrobate. C’est en voyant plus précisément dans quel état se trouvaient les blessés que Marie comprit que ce Papilord était largement supérieur à tous les adversaires qu’elle avait rencontrés jusqu’alors. Serrant les poings, elle encouragea Ténéfix qui tentait de le brûler avec Feu-Follet.
 
Subitement, tous les Pokémon s’écartèrent de Dédain. Celui-ci n’avait pas répliqué et ne semblaient même pas fatigué, au contraire de ses opposant qui étaient à bout de souffle. Mais ce n’était pas la fatigue qui les avait fait se déplacer. La voie était libre pour Scalproie qui projeta une vingtaine de couteaux en direction du Papilord tandis que Grodoudou renforçait la puissance du jet avec son Mégaphone. Marie poussa un cri de victoire. Avec autant de projectiles, il ne pourrait pas en sortir indemne.
 
Mais malgré cela, Dédain n’avait pas l’intention de bouger et, encore une fois, il dévia une partie des lames avec la sienne, en ne se souciant pas des couteaux qui ne le toucheraient pas s’il restait dans cette position. Aussi, encore une fois, l’assaut fut un échec.
 
-          Ce n’est pas encore suffisant, dit Dédain, un peu désappointé. Il en faudra plus si vous voulez m’abattre.
 


 
Estelle et Frederick continuaient leur exploration du parc, toujours à la recherche des enfants. Smogogo et Nidoqueen étaient un peu fatigués après leur combat contre Lerne et les Greffés mais tenaient toujours bon. Il n’empêche qu’ils restaient sur leur garde. Qui sait sur quel autre monstre ils pouvaient encore tomber.
 
Ils n’étaient pas bien loin de l’espace technologique. S’avançant prudemment, ils découvrirent les enclos vides d’un petit zoo. Il n’y avait là rien de très intéressant. Aussi entrèrent-ils dans le bâtiment adjacent. Il y avait là un nombre incalculable de machines dont les ampoules clignotaient de différentes couleurs. Ils trouvèrent une réserve de pistolets laser dont les enfants se servaient pour désactiver des Pokémon animatronics et gagner des points lors d’un parcours. Il y avait d’ailleurs un classement des meilleures performances. Les deux meilleurs scores étaient à égalité et affichaient « Dédain » et « Lain ». Si le nom du Papilord ne disait rien à Estelle, celui de Lain lui provoqua quelques frissons. Les souvenirs du Porygon2 et de Morgue se sacrifiant pour lui permettre de fuir resurgirent en elle. Son père constatant sa mine triste posa sa main sur son épaule. Estelle écarta une petite larme qui perlait et attrapa l’un des pistolets.
 
-          Ce n’est pas vraiment le moment de jouer, fit remarquer son père.
-          Je sais, répondit-elle. Mais si jamais un robot nous attaque, ça suffira peut-être à le désactiver.
-          Ça m’étonnerait, dit Frederick en en attrapant un à son tour. Mais pourquoi pas…
 
Ils suivirent donc le parcours de l’attraction, aux aguets. Il y avait bien une centaine de Pokémon robotisés, mais aucun d’eux ne bougeaient. Après tout, l’attraction n’était pas en marche, comme l’avait fait remarquer Frederick, qui tenait son arme d’un air absent tandis qu’Estelle étaient concentrée. 
 
Finalement, ils arrivèrent au bout de l’attraction. Le chemin se séparait alors en deux. La route principale donnait sur la sortie et l’annonce des résultats mais l’autre donnait sur une porte.
 
-          Ça doit être une salle bonus si on obtient un certain nombre de points, dit Frederick en s’approchant.
 
Il poussa la porte. Celle-ci était ouverte. Il y jeta un coup d’œil puis fit signe à Estelle de le suivre silencieusement. Elle rappela Nidoqueen dans sa Pokéball, fit signe à Smogogo d’attendre là et suivit les traces de son père.
 
Ils se trouvaient dans une sorte de grand laboratoire. Des machines étranges et très différentes de celles qui ornaient l’entrée de l’attraction parsemaient les lieux. Il y avait aussi d’innombrables cuves dans lesquelles se trouvaient de petits Pokémon, tels que Togépi, Mélo, Coxy, ou encore Ecayon. Ceux-ci, en voyant les deux humains passer près d’eux, leur faisaient des signes joyeux et semblaient réclamer des caresses. Estelle se serait bien arrêtée pour les sortir de là si un brusque bruit métallique ne les avait pas stoppés net dans leur exploration du laboratoire. Ils se cachèrent derrière une grande machines qui clignotait et distinguèrent un cylindre bleu métal se déplacer à l’aide de quatre jambes de la même couleur, mais d’apparence très souple. Le Cylindre était surmonté d’une tête ronde sur lequel se trouvait un écran qui affichait des milliers de caractères. On aurait dit une étrange boite de conserve géante. La Machine se dirigeait vers une des cuves, qui s’ouvrit. L’un des bras s’introduit dedans et il attrapa un Togépi avant de le caresser.
 
-          Un jour, je serai comme vous, mes petites chéries, dit une voix artificielle qu’Estelle reconnut de suite. Une créature de chair et de sang…
 
Il redéposa ensuite le Togépi dans la cuve qui se referma. Père et fille restaient sans bouger et essayaient de faire le moins de bruit possible pour éviter d’attirer l’attention de Lain. Ils avaient vu de quoi le Porygon2 était capable, comment il avait grillé le Commissaire d’un simple toucher et, si possible, ils voulaient éviter que cela leur arrive à leur tour.
 
-          Et si nous pouvons exploiter les données du sujet Arceus, cela pourrait même s’avérer plus rapide que ce que mes calculs ont prévu, déclara Lain en tapotant sur une cuve d’Ecayon. Je vais… vivre.
 
Le robot tourna ensuite subitement son écran vers la cachette des intrus. Le visage du Porygon2 n’exprimait aucun sentiment.
 
-          Mais avant cela, je dois éliminer toutes causes potentielles d’arrêt du protocole, déclara Lain en s’avançant lentement dans leur direction.
 
Comprenant qu’ils avaient été repérés, Estelle et son père quittèrent précipitamment leur cachette et coururent vers la sortie. Lain n’avait pas accéléré le pas et n’avait même pas réagit en les voyant surgir de derrière la machine.
 
-          Activation du Programme Anti-Virus. Analyse de la situation… L’Elimination est l’action recommandée. Elimination. Elimination.
 
En sortant du laboratoire, Frederick et Estelle constatèrent directement qu’il y avait eu du changement. Plusieurs lumières s’étaient allumées et, comme si l’attraction était en marche, les différents animatronics commençaient à bouger. La porte qui donnait sur la sortie s’était quant à elle refermée. Ils étaient piégés.
 


 
Dédain faisait toujours face à la Troupe. Il avait encore blessé Rhinocorne et Qulbutoké en esquivant leurs attaques et sans leur laisser le temps de l’atteindre. Tous les artistes se donnaient à fond dans le combat et pourtant, le Papilord contrait la moindre de leur tentative sans la moindre difficulté. Heureusement, il ne frappait que rarement jusqu’à présent et restait assez passif dans la bataille. Mais à chaque fois qu’il partait à l’assaut, il faisait mouche et blessait gravement sa cible. Marie commençait à se demander comment ils allaient se débarrasser de lui.
 
Xatu et Mr.Mime étaient les seuls à ne pas prendre part au combat. Ils fixaient tous les deux Mistigrix qui n’avait pas bougé depuis leur arrivée et regardait le combat d’un air distrait. Au-dessus d’elle, les quatre Mélancolux faisaient danser leurs flammes bleutées sans plus de réactions.
 
Kaede et Ténéfix passèrent à l’attaque, mais Dédain se contenta d’esquiver à nouveau la combinaison de Plumo-Queue et Combo-Griffe. Ce léger déplacement sur le côté était cependant ce qu’attendait Betochef pour lancer de toutes ses forces son cylindre de bêton en direction de sa tête. Mais le Papilord trancha l’énorme bloc comme s’il s’agissait d’un morceau beurre. C’est à ce moment qu’Insolourdo sortit subitement de terre et attrapa Dédain par le pied, tout en le tirant vers le sol. Cette fois-ci, Dédain semblait plutôt surpris, d’autant que Canarticho sortit lui aussi d’un autre trou un peu plus loin, cette fois équipé du sceptre dont s’était servi Camille pour atteindre la clé, bien décidé à assommé son adversaire. Ils furent nombreux à retenir leur souffle, persuadés de la réussite de l’attaque. Mais le sourire satisfait de la Troupe s’effaça tout aussi brusquement.
 
D’un rapide mouvement, Dédain avait tout simplement décapité le Canarticho qui était pourtant sur le point de le toucher. Puis, faisant pivoter son arme, Dédain s’en servit pour transpercer la tête d’Insolourdo qui, mort sur le coup, relâcha sa proie.
 
Tout le monde resta figé d’horreur. On aurait su dire ce qui était le plus effrayant dans la situation. Le fait que les deux meilleurs stratèges de la Troupe aient été abattus en un instant, la facilité et le sang-froid dont avait fait preuve Dédain ou encore le cri déchirant d’Eoko et Grodrive en voyant leurs partenaires de toujours mourir sous leurs yeux.
 
-          Voilà ! déclara joyeusement Dédain. Voilà le genre de chose que je veux voir ! Ils étaient à deux doigts de me tuer ! Un peu plus de rapidité et d’effet de surprise et c’était parfait ! Alors qu’attendez-vous, Troupe ? Venez me tuer !
 
Pour toute réponse, tous les Pokémon de la Troupe se bouchèrent les oreilles et Marie plaqua un morceau de tissus contre celles des Pokémon qui n’en étaient pas capables. C’était Xatu qui leur avait proposé cette solution et Grodoudou se mit donc à entonner son chant mortel, le Requiem.
 
En comprenant ce qu’elle entonnait, Dédain se précipita vers la Chanteuse pour l’empêcher de continuer. Mais c’était sans compter sur Mr.Mime qui, insensible aux attaques sonores, se tenait entre eux, une expression déterminée sur le visage. Le Papilord, d’un mouvement de son sabre, tenta de le tuer, mais sa lame fut stoppée par un mur invisible créé par le Clown. Dédain donna trois coups sur la Protection avant d’essayer de la percer, sans succès. Le son du Requiem parvenait à ses oreilles et il commençait à perdre peu à peu ses forces. Mais au lieu de paraitre mécontent, il souriait, plein de satisfaction.
 
-          Hahaha ! Franchement bien joué ! déclara-t-il en frottant la pointe de sa lame sur le mur invisible. Je ne m’attendais pas à ce qu’un être si lâche me cause problème !
 
Les traits du visage de Mr.Mime se crispaient de secondes en secondes pour maintenir sa Protection. Jamais Marie ne l’avait vu comme ça, lui qui semblait pourtant être le plus trouillard de la Troupe faisait désormais face au Pokémon le plus dangereux qu’ils n’avaient jamais eu à affronter auparavant, et ce sans flancher.
 
-          Elle serait surement fière de voir que tu t’es améliorée depuis ce jour, clown, susurra Dédain. Mais ça ne change rien à tes erreurs passées. Tu es et resteras à jamais responsable de cet accident.
 
Marie n’entendait pas ce que disait Dédain à Mr.Mime, mais de toute évidence, celui-ci était perturbé par les paroles de l’escrimeur. De loin, elle voyait des larmes couler sur son visage déformé par l’effort qu’il réalisait pour l’empêcher d’atteindre Grodoudou. Le Requiem était déjà à sa moitié et, malgré son sourire sarcastique, le Papilord semblait fatiguer sous le pouvoir de la mélodie et commençait à avoir du mal à respirer
 
-          J’avoue que je suis impressionné, continua Dédain en haletant légèrement. Il va sans dire que vous avez plus d’un tour dans votre sac. Mais le souci, vois-tu, Clown, c’est que je dois absolument ramener votre Chanteuse au Patron. Enfin… moi ou quelqu’un d’autre.
 
Soudain, le chant de Grodoudou s’interrompit dans un cri de douleur et de surprise. Mr.Mime tourna la tête et vit avec effroi que les Mélancolux et Mistigrix se trouvaient derrière lui. Pire encore, Grodoudou était prisonnière d’une Danse-Flamme. Toute la Troupe poussa des cris de colère et de stupéfaction, Xatu le premier, consterné que son plan n’ait pas fonctionné. Mr.Mime cria pour demander à la Chanteuse si elle n’avait pas été blessée, mais il fut interrompu par une vive douleur au ventre. La lame de Dédain avait fini par percer la Protection, qui vola en éclat quand Mr.Mime tomba à terre, une mare de sang s’agrandissant tout autour de lui. Tandis que Dédain ne lui prêtait déjà plus aucune attention, le Clown tenta néanmoins de se relever et tendit la main vers Mistigrix. Après tout, ils avaient été amis, partenaires dans la Troupe. Ils se connaissaient depuis si longtemps… Mais Mistigrix se contenta de le regarder en haussant les sourcils, comme si elle ne le connaissait pas. Puis elle se détourna de Mr.Mime et s’avança vers les flammes pour transporter Grodoudou plus loin.
 
Marie voulut se précipiter vers Mr.Mime pour lui venir en aide, comme elle l’avait déjà fait avec les autres blessés. Mais Dédain écarta brutalement Betochef et Jungko à l’aide de Bourdon et se plaça juste devant elle. La dresseuse eut un mouvement de recul en le voyant surgir ainsi face à elle. Mais le Papilord se contenta de l’observer méticuleusement.
 
Mr.Mime tentait toujours péniblement de se lever, ses larmes se mêlant à son sang. Les quatre Mélancolux lui faisait face et, comme Dédain face à Marie, ne bougeaient pas d’un pouce. Mistigrix, quant à elle, écarta les flammes avec Psyko et se dirigeait calmement vers Grodoudou qui, effrayée, recula jusqu’à ce que le feu l’empêche d’aller plus loin. Inquiète pour sa partenaire de toujours, Scalproie fonça vers elles, ne se souciant ni des Mélancolux ni de Dédain qui de toute façon ne se s’intéressaient pas plus à lui. Mais alors qu’il bravait la Danse-Flamme, Mistigrix se téléporta, et Grodoudou avec, loin du combat, provoquant les cris de colère du Lanceur de Couteaux.
 
-          Votre Chanteuse est le dernier élément qu’il nous manquait pour la réalisation du Rituel, murmura Dédain à Marie.
-          Qu’est-ce que vous lui voulez ? demanda Marie, la mine sombre en essayant de cacher sa peur.
-          Nous avons un Pianiste, une joueuse de Flûte, mais nous n’avions personne pour pousser la chansonnette.
-          Et vous pensez qu’elle va accepter de vous aider ? dit Marie.
-          Ho que oui, puisque nous allons l’y forcer. Mais vous ne voudriez pas plutôt voir cela de plus près ?
-          Comment ça ?
-          Tout à l’heure, j’ai dit que j’étais venu chercher deux personnes. Et la deuxième…
 
Marie sursauta en sentant soudain un poids son épaule droite. Elle tourna le visage et vit que Mistigrix venait d’y apparaitre, assise à la place généralement réservée à Kaede.
 
-          C’est vous.
 
Aussitôt terminait-il sa phrase que, sans laisser le temps à quiconque de réagir, Mistigrix se téléporta à nouveau, en compagnie de Marie. Les Pokémon protestaient tout autour de Dédain qui poussa un soupir. Sa mission était remplie. Aussi se dirigea-t-il calmement vers la sortie, suivant les Mélancolux qui ouvraient la marche. Mais alors qu’il allait passer l’encadrement de la porte, cinq couteaux furent projetés vers lui. Bien qu’il les esquivât facilement, il se retourna à nouveau pour faire face à ses adversaires. Le Lanceur de Couteaux le regardait avec haine et colère et les Pokémon qui n’étaient pas blessés ne semblaient pas d’accord pour le laisser partir ainsi. Le sourire du Papilord s’élargit de plaisir. Exactement comme il l’avait espéré.
 
-          Puisque vous m’en redemandez, dit Dédain tandis que les Mélancolux partaient sans se soucier de lui. Je vais vous montrer ce qu’est un vrai spectacle !
 


 
Piégés dans l’attraction, Estelle et son père était forcés de revenir sur leurs pas. Mais si l’aller avait été très simple et sans encombre, les divers animatronics étaient maintenant en état de marche, manipulés par Lain, et le retour s’annonçait bien plus compliqué.
 
Des Maskadra et des Tutafeh mécaniques envahissaient la salle. Estelle rappela son Nidoqueen au combat tandis que le Smogogo de Frederick commençait à leur mettre le feu avec son Lance-Flamme, faisant fondre leur peau de plastique et dévoilant leur squelette de métal. Mais même avec l’aide de Nidoqueen, ils étaient dépassés et il arrivait de plus en plus de robots. Estelle tenta alors de tirer avec l’arme laser qu’elle avait récupéré peu de temps avant et, à son grand soulagement, parvint à désactiver sa cible. Voyant le succès de sa progéniture, l’Ingénieur l’imita et, ensemble, ils réussirent à éliminer les machines. Sans plus attendre, ils foncèrent vers la salle suivante.
 
Cette fois, les petits Pokémon n’étaient plus là et c’est un Alakazam de métal qui les attendait. Il se précipita sur Frederick et le saisit par le bras gauche. Sa cible hurla en recevant une décharge électrique puissante mais Nidoqueen interrompit l’attaque en expédiant l’Alakazam plus loin avec Telluriforce, le décapitant sous le choc. Estelle se précipita pour voir l’état du bras de son père. Il avait une très vilaine brûlure et avait du mal à soutenir son bras. Mais le blessé la rassura et, malgré ses protestations, continua d’avancer pour faire face aux nouveaux animatronics qui débarquaient des autres salles, droit vers eux, mais aussi de derrière, car les robots qu’ils pensaient avoir désactivés s’étaient remis en marche et revenaient à la charge.
 
Devant cet attroupement de plus en plus gros d’adversaires, Estelle déglutit, mal à l’aise. Si le moindre contact avec eux pouvaient faire autant de mal que ce qu’elle avait déjà vu, ils étaient dans de beaux draps et elle ne voyait clairement pas comment ils allaient bien pouvoir s’en sortir. Ils n’étaient que quatre contre un seul, mais pourtant ils n’avaient pas l’avantage du nombre.
 
Frederick lui cria de se mettre dos à lui, ce qu’Estelle fit sans attendre, arme en main, prête à tirer. Smogogo et Nidoqueen se joignirent à eux, afin de couvrir à eux quatre tous les côtés. Puis, sans plus attendre, chacun fit feu à sa manière. Estelle, qui regardait de là où ils venaient, abattait les Maskadra et Tutafeh en vol, tout en surveillant l’Alakazam qui se relevait, sans tête. Son père, lui, réussit à désactivé le Tartard et le Tyranocif, même si ceux-ci devaient être touchés à différents endroits avant de ne plus pouvoir bouger. Mais d’autres animatronics commençaient à arriver. Le premier, un Cacturne, prit feu sous l’attaque de Smogogo, mais continua d’avancer tandis que Nidoqueen s’acharnait sur un Flagadoss qui avait déjà perdu ses deux bras.
 
La résistance continua ainsi pendant plusieurs minutes, les animatronics se succédant sans relâche. Ceux qui avaient été simplement désactivés par Estelle ou son père finissaient par revenir à la charge, à moins que Nidoqueen ou Smogogo n’ait eu le temps de les détruire à distance. Il faisait une chaleur insupportable à cause des robots qui prenaient feu et ces derniers paraissaient d’autant plus inquiétants car leur peau fondait et il ne restait plus que leur exosquelette qui continuait à s’avancer vers eux.
 
Seulement, malgré tous leurs efforts, les intrus étaient bel et bien dépassés. Les animatronics continuaient sans cesse d’arriver et il y en avait toujours plus. Finalement, ils étaient encerclés par cet effrayant attroupement de machines, certaines en flammes, qui les fixaient à l’aide de leurs ampoules. Ils n’étaient plus qu’à deux mètres d’eux.
 
Mais ils cessèrent pourtant subitement de bouger. Estelle et Frederick continuèrent de leur tirer dessus un instant avant de le constater. L’ingénieur se relâcha en respirant comme après un grand effort tandis que sa fille n’osait pas relâcher sa vigilance. Soudain, les machines furent prises d’étranges tremblements puis semblèrent exploser. Mais aucun des débris ne fut projeté vers eux et des milliers de pièces s’envolèrent et se mirent à tournoyer en l’air. Puis, machinalement, les pièces commencèrent à s’assembler.
 
Estelle et Frederick avaient déjà assisté à ce genre de spectacle quelques jours avant, mais avec des machines plus quotidiennes. Ici, la diversité des pièces disponibles atteignait des sommets et c’est un gigantesque robot qui prenait forme devant eux, tout en provoquant quelques éclairs. Sa construction prenait du temps, mais il était impossible pour eux de fuir, car le géant de métal bloquait la sortie.
 
Finalement, le robot prenait une allure de chevalier de métal, bien loin du robot parodique à tête d’ordinateur et au torse de cafetière qu’ils avaient vu au commissariat. Il disposait de deux long bras et un faisceau lumineux éclatant, semblable à des lames, surgissait de leur extrémité. Le corps mécanique reposait sur deux jambes pliées à la manière d’un Rexilius. Enfin, la tête était une sorte de sphère disposant d’un écran, de la même façon que la boite de conserve qu’ils avaient vu quelques instants auparavant. Et au dit écran, le visage de Lain s’afficha. Estelle déglutit à nouveau, sans oser bouger.
 
-          Toute résistance est inutile, déclara la voix artificielle de Lain. Vos chances de survivre avoisinent les 0 %.
-          Si elles ne font qu’avoisiner, répliqua Frederick en faisant néanmoins un pas en arrière.
-          Vous êtes dépassés, dit Lain en faisant un pas vers eux tandis qu’ils reculaient.
-          C’est pas pour autant qu’on doit abandonner !
-          Les êtres humains, les Pokémon… vous êtes tous dépassés ! répéta Lain en soulevant son bras gigantesque, prêt à frapper vers eux avec son arme. Les robots et les intelligences artificielles telles que moi sont la prochaine étape de l’évolution.
-          Alors pourquoi est-ce que tu veux être vivant ? demanda Estelle.
 
Lain interrompit son mouvement d’attaque. Un silence de mort s’installa quelques secondes dans la pièce avant que l’intelligence artificielle ne s‘explique.
 
-          Les sentiments ne font pas partie de ma base de données. Je ne peux pas comprendre les émotions comme le pourrait un être de chair et de sang. Et s’il me manque quelques choses, c’est que je ne suis pas encore aussi parfait que cela.
-          Finalement, c’est plutôt nous qui te dépassons alors ? demanda Frederick.
-          Je vous suis supérieur dans toutes les matières, répliqua Lain. Mathématiques, culture, physique, informatique, je suis capable de tout, sauf de ressentir. Mais ce n’est qu’une question de temps.
-          Tu penses vraiment être un jour capable de ressentir des émotions ? demanda Estelle en relevant les sourcils, sceptique.
-          L’Administrateur et moi-même effectuons des recherches en ce sens. Et si nous pouvons obtenir des données de la part d’Arceus, alors peut-être pourrons-nous les exploiter pour cette tâche.
-          Et c’est pour ça que vous voulez faire appel à Arceus ? demanda Frederick. 
-          Nous faisons ça pour servir les besoins de l’Administrateur 2.
-          Et qui c’est, cet administrateur 2 ? demanda Estelle.
 
Lain ne répondit pas. L’écran était désormais rempli de chiffres verts sur fond noir et ils défilaient à toute vitesse. Puis, soudain, le visage bleu et rose réapparut.
 
-          Résultat de l’analyse. Pourcentage de réussite de l’attaque calculée à 99,5% de chance de détruire les intrus.
-          Hey, c’est pas très pol… s’exclama Estelle, frustrée que Lain mette un terme à leur conversation sans plus de tracas.
-          Elimination.
-          Smogogo ! cria Frederick en poussant Estelle en arrière. EXPLOSION !
 
Et alors que Lain terminait le mouvement de sa lame lumineuse, Smogogo fonçait vers lui. Estelle entendit la détonation et fut projetée plus loin, inconsciente.
 


 
Lorsqu’Estelle se réveilla, elle avait mal partout. Elle avait plein de poussières sur le visage et elle toussa. Elle essaya de se relever, mais chuta et cria de douleur. Elle avait la jambe droite cassée. Elle s’appuya péniblement sur son coude et constata avec effroi que la pièce était complètement dévastée.
 
Il y avait un petit cratère et le sol était plein de gravats. Le Robot Chevalier de Lain n’était plus qu’un tas de pièces détachées et abimées. Nidoqueen remuait elle aussi, pas loin d’Estelle. Le Pokémon faisait la grimace, apparemment blessée elle aussi. Estelle se mit à ramper en direction de son père, qu’elle voyait étendu, face contre sol. Il y avait dans l’air une désagréable odeur. Estelle secoua Frederick un instant puis, comme il ne répondait pas, essaya de le pousser. Lorsqu’elle parvint à voir son visage, en sang, elle sentit les larmes couler à ses yeux. Prise d’un effroyable doute, elle tenta de chercher son pouls. Sans succès. La tête entre les mains, la jeune fille explosa en sanglot et poussa un hurlement de désespoir avant de tenter un massage cardiaque.
 
Ses souvenirs lui revenaient. Au dernier moment, son père l’avait poussé pour qu’elle échappe à l’attaque de Lain et il avait demandé à Smogogo de se faire sauter avec lui sur le monstre électronique. Pour la troisième et dernière fois, il s’était sacrifié pour elle. Mais s’il avait survécu à l’explosion et aux Racines de l’Epouvantail, cette fois, c’était bel et bien terminé.
 
Au fond de la pièce, immobile, Lain s’était réintroduit dans son corps habituel en forme de Boite de conserve. Il entendait les cris de la jeune femme et la regardait s’acharner sur le torse du cadavre, en vain. Son père avait faussé tous ses calculs en choisissant de se sacrifier, mais pourquoi ? Cette action était dénuée de tout sens logique, comme Morgue au commissariat. Et pourtant, pour la seconde fois, on l’empêchait de tuer cette humaine, uniquement à cause de ces sentiments qu’il ne comprenait toujours pas.
 
Lorsqu’Estelle s’aperçut de sa présence, la jeune femme poussa un nouveau cri, mais très différent du précédent, empli de haine. Malgré la blessure à la jambe, elle se releva et se jeta sur lui, faisant tomber à la renverse son corps de métal. Elle saisit ensuite un gros rocher et le fracassa contre l’écran, entreprenant de détruire son enveloppe corporelle morceau par morceau. Mais Lain s’était déjà téléchargé bien loin, tout en conservant ces questions qui l’assaillaient de plus en plus.
 


 
Marie cligna des yeux, effrayée. Elle venait à l’instant d’être téléportée et Mistigrix sauta de son épaule, se détournant déjà d’elle. Elles étaient au beau milieu d’un bien étrange spectacle.
Tout autour d’elles, il y a avait diverses statues de plus ou moins grandes tailles, représentant chacune un Pokémon Légendaire différent. Marie reconnut notamment Lugia, Ho-Oh ou encore Yveltal, qu’elle avait vu en vrai quelques années avant. En dehors du cercle formé par les statues, un Escroco, habillé d’un costume en queue de pie, était assis à un Piano noir et discutait avec une femme que la dresseuse reconnut comme étant celle qui s’était introduite dans le QG du Clan Distorsion pour kidnapper les enfants en compagnie du Trioxhydre. Elle portait ce soir une robe bleue nuit très élégante et tenait en main une sorte de Flûte taillée dans la roche. Un gigantesque Galeking déplaçait légèrement les statues comme si elles étaient faites en plastique afin de former un cercle parfait. Pas très loin d’elle, Grodoudou faisait face à un être habillé d’un imperméable et qui faisait dos à Marie, de sorte qu’elle ne puisse voir son visage, à genoux pour être à la hauteur de la Diva. Le masque de la Chanteuse était à terre et son visage déformé semblait étrangement vide.
 
-          Hey, qu’est-ce que vous lui faites !? s’écria Marie.
 
Comme elle s’approchait, l’être se relevait et se tournait vers elle. Mais en voyant le visage du Directeur, Marie se figea d’effroi. D’affreux souvenirs lui revenaient en tête. Son corps se mit à trembler comme une feuille et elle tomba à genoux, la tête dans les mains. Elle se voyait encerclé, piégée par des torrents de flammes tandis que des gens, autour d’elle, paniquaient. Elle avait l’impression de revivre ces évènements à nouveau, elle avait l’impression de brûler, de ne plus pouvoir respirer, de suffoquer, de mourir… L’enfer vécu par les enfants s’était transmis à elle, comme à chacune des victimes de l’emprise des Mélancolux.
 
Mais quand son père la serra dans ses bras, elle reprit peu à peu contenance. La sensation des flammes imaginaires se faisait moins vive, moins douloureuse et elle respirait mieux. Henry lui chuchotait des mots pour la rassurer et elle se sentait peu à peu mieux, mais toujours en état de choc.
 
-          Je suis désolé, dit le Directeur. Mais au moins, si elle est ici, il ne lui arrivera rien.
-          Pourquoi dites-vous cela ? demanda Henry tout en tapotant le dos de sa grande fille.
-          Parce que vous êtes avec elle, tout simplement, répondit le Directeur. Maintenant, si vous voulez bien vous écarter un peu, il sera bientôt l’heure de commencer le Rituel. Je n’ai pas envie que vous soyez écrasés par Arceus quand celui-ci sera matérialisé ici.
 
Henry aida Marie à se relever, tout en lui chuchotant des paroles pour l’encourager, et l’aida à se déplacer, pas aidé par son bras unique. Le Directeur regarda autour de lui. Il venait d’hypnotiser Grodoudou pour qu’elle chante les paroles de la Sérénade. Aartsen et Nina étaient prêts à jouer leur musique. Further était là aussi pour protéger leurs arrières et les Mélancolux seraient bientôt de retour avec Dédain. Il n’avait pas de nouvelles de la plupart des Greffés, mais d’après ce qu’il avait pu observer, ils étaient, pour la plupart, encore en vie. Lain devait être en train d’organiser l’évasion du professeur Nessmad et pour ce qui était de Lerne, il espérait que ce dernier allait bien. Son regard se porta alors sur Mistigrix, qui semblait troublée.
 
-          Mistigrix ? l’appela-t-il.
 
L’ancienne assistante d’Alakazam se retourna à peine en entendant son nom. Elle avait un petit air décidée. Le Directeur soupira en comprenant ce qui lui trottait par la tête.
 
-          Merci, Mistigrix, dit-il. Pour tout ce que tu as fait malgré… merci…
 
Mistigrix baissa la tête. Elle repensait à ses souvenirs, à sa dresseuse tuée par le Directeur, mais aussi à la vie que ce dernier lui avait offerte, à ses joies, à ses peines, et puis à Alakazam aussi. Après tant d’années elle avait fini par pardonner à cette créature difforme tout le malheur qui lui était arrivé car elle-même avait des reproches à se faire. Et c’était la vision de Mr.Mime agonisant dans la même posture que son ancien partenaire qui lui avait remis tout cela en tête.
 
Aussi, pleine de remord et pour se racheter auprès de Xatu et des autres, elle se téléporta de là où elle venait, dans la Cache de Baggaid.
 


 
Camille courrait depuis une bonne vingtaine de minute, à bout de souffle. Elle avait réussi à échapper à ses parents en se cachant à plusieurs reprises et en changeant plusieurs fois de trajectoire. Ses vêtements étaient trempés de ses propres larmes tant elle avait pleuré.
 
Eve l’avait trompé. Elle lui avait volé ses parents ! Elle ne savait pas du tout comment son ancienne amie avait fait pour les amadouer, mais ce n’était clairement pas normal. Qu’est-ce qu’elle leur avait fait ? Est-ce que c’était une sorcière, comme dans les contes ? En tout cas, c’était plus sa copine.
Et si elle faisait en sorte qu’ils l’oublient ? Si Hector et Blanche ne savaient même plus que Camille était leur fille ? C’était la plus grande peur de la fillette. Après tout, elle ne savait pas de quoi était capable Eve et elle aimait ses parents plus que personne d’autre au monde.
 
La petite fille en peine marchait péniblement dans le Parc, sur ses gardes. Si son papa ou sa maman lui tombait dessus, peut-être qu’ils allaient l’obliger à croire le mensonge d’Eve, ou peut-être la gronder ? Dans tous les cas, elle n’avait pas envie de les revoir avant d’avoir trouvé une solution.
 
Hors, une solution, elle n’en trouvait pas. Elle avait beau se remuer les méninges, rien ne venait. Elle demandait même conseil à Crickzik qui se contentait d’agiter ses antennes en jouant quelques notes d’un air à la fois inquiet et peiné. Elle approchait d’une montagne russe qu’elle avait essayée quelques jours avant, l’Arbok, quand elle remarqua, par terre, une petite mare de sang.
 
D’abord effrayée, Camille fit quelques pas en arrière, se rappelant avec quelle violence Ugo avait été écrasé par un morceau de structure du Drascore. Est-ce que quelqu’un d’autre était mort de la même manière ? Et dans ce cas, qui était-ce ? Rémi peut-être ? La petite fille remarqua alors, un peu plus loin, par terre, un long couteau de cuisine.
 
Et la solution, l’unique solution possible à son problème, lui vint en tête. La petite fille ramassa le couteau. Ses parents lui avait toujours dit de ne pas jouer avec de tels objets, que c’était dangereux. Mais elle se souvenait aussi de ses différents contes où, pour tuer la sorcière ou sauver la mère-grand du Grahyena qui l’avait mangé, le héros devait utiliser ce type d’arme.
 
Camille regarda la lame un instant, pas très rassurée, mais son regard se renfrogna. Elle n’avait pas le choix et c’était la seule solution. Crickzik agita ses antennes pour montrer son désaccord mais la petite fille n’y prêta pas attention et fit demi-tour. Elle devait retrouver Eve pour régler cette histoire.
 


 
Lorsque Mistigrix réapparut sur les lieux du combat, ce dernier avait repris de plus belle et les corps de Limaspeed et d’Ursaring gisaient, sans vie, au sol. Pashmilla et Ténéfix étaient KO aux côtés de Scalproie, blessé au bras, qui regardait, impuissant, le combat se poursuivre. Cupcanaille, sur le dos de Tauros, lançait ses bombes avec hargne sur Dédain tandis que celui-ci achevait Jungko avant de s’en servir comme bouclier. La Magicienne resta cependant immobile, dans le couloir et non dans la salle, à l’écart du combat et du regard des autres, plus particulièrement de celui de Dédain. Il ne fallait pas qu’on la remarque. Pas tout de suite.
 
Eoko et Grodrive, qui avaient habituellement un rôle de soutien, se jetèrent ensemble  sur Dédain pour l’empêcher de bouger en le saisissant par les ailes. Ce ne fut pas la meilleure des idées puisque celles-ci étaient aussi tranchantes que sa lame et, lorsqu’il les agita pour se débarrasser d’elles, il déchiqueta les bras du Grodrive et le ruban d’Eoko. Les deux Pokémon s’écrasèrent au sol et le Papillon fonça vers Tauros et Cupcanaille, à court de munition.
 
Mais Bêtochef se jeta sur lui avant qu’il ne les atteigne. Il avait déjà perdu ses blocs de bêton et attaquait cette fois-ci avec l’une des statues de policier qui se trouvait dans la pièce comme s’il s’agissait d’un bélier. Mais avec un gracieux mouvement, Dédain esquiva l’attaque et trancha avec sa lame à la base du cou du Pokémon qui lâcha son arme de fortune, la main sur sa blessure pour tenter d’endiguer l’hémorragie.
 
-          Vous êtes vraiment devenus pathétiques ! cria Dédain avec colère. Vous aviez pourtant de l’imagination à un moment ! Mais maintenant, votre Troupe est has been ! Elle ne mérite plus de vivre ! 
 
Pijako et Rhinocorne se jetèrent sur lui, enragés comme jamais. Mais encore une fois, Dédain esquiva les attaques et, d’un seul et brusque coup de sabre, blessa à mort les deux Pokémon. Dédain n’avait aucun problème tout contrer tout type d’attaque mais paraissait frustré et déçu.
 
-          C’est maintenant le tour de la quatrième Troupe de montrer ce qu’elle a dans le ventre ! cria Dédain. Et cette quatrième Troupe, c’est moi ! J’ai toutes les qualités qui faisaient de vous une Troupe parfaite ! Je suis plus fort, plus agile, plus intelligent, plus adroit que vous tous réunis !
 
Tauros et Cupcanaille haletaient. Ils combattaient depuis déjà un moment et avaient vu nombre de leurs camarades mourir ou être dangereusement blessés. Ils étaient à bout. Scalproie tenait son bras gauche que Dédain avait failli couper pour répliquer à sa dernière attaque. Il n’avait plus aucun couteau de disponible, il les avait tous lancés et certains avaient même étés détruits. Tous les autres étaient soit morts soit cruellement blessés. Tous sauf Xatu qui fixait Dédain sans bouger.
 
Et puis, sans prévenir, le Mentaliste fit quelques pas en avant, droit vers le Papilord. Celui-ci releva un sourcil.
 
-          Tu te décides enfin à combattre ? demanda-t-il. Moi qui pensais que tu tenais à ta peau…
 
Xatu n’attendit pas la fin des paroles de Dédain pour se jeter sur lui. Mais alors qu’il tentait son attaque, il disparut subitement pour réapparaitre juste derrière le Papilord, en bon expert en Téléport. Cependant, comme pour les autres combattants qui avaient tenté une attaque surprise, Dédain le transperça de sa lame avant même qu’il ne puisse l’atteindre.
 
-          Désolé, Xatu, dit-il. Mais vois-tu, j’ai aussi une de tes qualité en moi. Je vois tout. J’ai une vision parfaite ! 
 
Tout se déroula très vite ensuite. Dédain eut le temps de voir que Scalproie s’était relevé et s’approchait de lui, l’air décidé, derrière le Mentaliste. Mais cela ne l’inquiétait pas, puisqu’il l’avait complètement désarmé à force d’esquiver ses attaques. C’est quand il vit que le Lanceur de Couteau plongeait quelque chose dans le corps de Xatu qu’il comprit qu’il n’était peut-être pas si inoffensif que ça. Et en effet, une longue lame surgit du corps de Xatu, et se dirigeait vers le visage du Papilord. Très rapide, cependant, Dédain tenta de reculer, quitte à lâcher son arme. Mais il se cogna contre quelque chose d’invisible qu’il l’empêcha d’esquiver la lame qui lui perça l’œil droit.
 
Dédain hurla de douleur. Il n’avait jamais ressenti autant de souffrance. Il n’avait jamais été blessé auparavant. Un liquide chaud surgissait de son orbite. Du sang, son sang. Dédain agita ses ailes avec Bourdon pour écarter Scalproie et Xatu de lui et éviter de recevoir une nouvelle attaque. Aveuglé en partie à cause de son propre sang, Dédain se détourna de ses adversaires et s’envola péniblement vers la sortie. Lors de sa fuite, il reçut un nouveau coup de couteau dans le dos qui lui fit échapper une nouvelle exclamation de douleur. Il passa à côté de Mistigrix sans se préoccuper d’elle et se précipita vers la sortie de l’attraction.
 
Mistigrix courut dans la pièce, inquiète. C’était Xatu qui lui avait demandé par télépathie de leur prêter main forte. Lui seul s’était aperçu de sa présence en dehors de la salle alors que même Dédain ne l’avait pas remarqué. Il lui avait simplement demandé d’armer à distance et en toute discrétion le Lanceur de couteaux. Il y avait dans l’attraction plusieurs autres statues pour raconter l’histoire de Baggaid et sa bande aux visiteurs et Mistigrix avait décidé d’offrir à Scalproie un petit sabre semblable à celui de Dédain. Xatu s’était ensuite arrangé pour distraire le Papillon tandis que, sous ses ordres, Scalproie le transperçait pour enfin l’atteindre, en prenant soin de cacher l’arme du regard du Papilord. Et pour éviter qu’il n’esquive encore cette ultime offensive, il avait demandé à Mr.Mime, affaibli mais encore vivant, de donner ses dernières forces pour une Protection qui l’empêcherait de fuir.
 

Le plan du Mentaliste avait porté ses fruits. Le combat était terminé. Xatu essaya de se relever, mais il avait toujours les deux lames qui le transperçaient de part en part. Autour de lui, Mistigrix tomba à ses genoux, tout comme Scalproie, Tauros, Cupcanaille, et Mr.Mime qui s’était péniblement relevé malgré ses blessures. Le regard fatigué mais paisible, Xatu semblait presque sourire quand il expira. Et, pour la première fois, Mistigrix se mit à pleurer.

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Jeu 26 Mai - 15:25

Chapitre dernier : Deuil
 
Henry et sa fille s’était écartés du cercle formé par les diverses statues de Pokémon Légendaires. Marie était encore sous le choc et n’avait rien su dire depuis qu’elle avait revu le visage du Directeur. Mais la présence de son père la rassurait quelque peu et les sensations de brûlure et de désespoir s’atténuaient petit à petit. Le Pokéathlète, lui, observait, tout aussi silencieusement, les derniers préparatifs se terminer. Devant eux, la Grande Roue était légèrement éclairée par quelques lumières, et surtout pas la Lune, complètement pleine, qui venait d’atteindre son zénith.
 
-          C’est bon ! cria Further après avoir fait pivoter de quelques degrés la statue de Groudon. Les idoles sont en place !
-          Nous attendons votre signal pour commencer, monsieur, dit Aartsen, assis devant son piano, les mains en l’air.
 
Le Directeur resta quelques secondes immobile, pensif. Cela faisait longtemps qu’il attendait ce moment et il avait comme une boule au ventre. Et s’ils échouaient ? Si Arceus ne venait pas ? Ou s’il ne se laissait pas diriger par les Mélancolux ? Seraient-ils seulement capables de briser la malédiction ? Il regarda un instant les quatre spectres. De toute manière, c’était là l’unique solution qui s’offrait à eux…
 
-          Alors c’est parti. Vous pouvez commencer la Sérénade.
 
C’est ainsi que l’Escroco ouvrit la danse en suivant les partitions qu’il avait passé un long moment à décoder. C’était le jour de gloire du Pianiste qui allait jouer sa musique devant un Dieu. Bientôt, le son de la Flûte Azurée, récupérée par Dédain et Lerne depuis pas mal de temps déjà, parvint à ses oreilles, entonné par la Tailleuse. Lorsque Grodoudou, la Chanteuse hypnotisée, entama son chant, le mélange harmonieux qui traversa les oreilles absolues d’Aartsen lui fit comprendre en quoi cette Sérénade était considérée comme Sainte. Il n’y avait pas plus belle musique au monde.
 
Le son magnifique de la Sérénade était doux et mélancolique, triste et heureux à la fois. Pour une raison qui échappait à quiconque, la musique se répandit dans tout Smiland, sans perdre pour autant en volume. C’était le genre de musique qui s’écoutait autant avec les oreilles qu’avec le cœur. Henry en restait sans voix tandis que sa fille semblait récupérer ses esprits plus rapidement. Les flammes des Mélancolux dansaient au même rythme que la Sérénade.
 
Soudain les nombreuses idoles s’illuminèrent et projetèrent un rayon droit vers le ciel, droit vers la Lune. Et, au centre de leur cercle, commençait lentement à se matérialiser une créature de lumière. Arceus.
 


 
Rosa et Edith étaient de retour à Smiland. Par chance, elles s’étaient vite retrouvées avec leurs blessés respectifs et, par mesure de sécurité, elles avaient utilisé Kadabra pour ramener Sophie, Rémi et Eden au QG du Clan. Sophie avait perdu beaucoup de sang et son fils était en état de choc, aussi Etienne avait décidé d’abandonner la recherche des autres enfants pour prendre soin d’eux. Quand à Eden, malgré ses protestations, sa jambe cassée la handicapait bien trop pour qu’elle continue plus longtemps. Elle avait néanmoins prêté son Pokémon pour qu’il les aide à fouiller le Parc. Les deux femmes étaient en route vers l’Arène où le Chef Uru avait été dévoré pour essayer de trouver des indices, mais lorsque la musique de la Sérénade parvint à leurs oreilles, elles se stoppèrent immédiatement. Il leur était impossible de dire d’où provenait la musique, mais lorsqu’elles virent des rayons lumineux s’élever dans les cieux, non loin de la Grande Roue, elles comprirent que c’était là que se déroulait le Rituel.
 
-          Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Rosa dans un souffle.
-          Ils sont en train de réaliser le Rituel, répondit Edith d’un air sombre. Ils ont dû réussir à traduire la Sérénade…
-          Tu veux dire… qu’Arceus…
-          Je crois, dit Edith en se pinçant les lèvres. On ferait mieux d’aller voir…
-          C’est pas un peu un mauvais plan ? se risqua Rosa. Je veux dire, on était nombreux pour affronter Yveltal la dernière fois, et sans AZ, on n’aurait pas réussi à le sceller. Là, on est que deux…
-          Rémi était comme possédé, dit Edith. Il y a des chances pour que les autres enfants le soient aussi et se trouvent là-bas pour sécuriser le Rituel ou un truc du style.
-          Et qu’est-ce que tu comptes faire ? s’exclama Rosa, paniquée. Tuer les enfants pour empêcher le Rituel ? Ou les laisser te tuer ?
-          De toute façon, on n’a pas vraiment le choix, on doit y aller ! s’écria Edith. Tu imagines si quelqu’un s’accaparait  les pouvoirs d’Arceus ? Puis je suppose que les autres vont nous y rejoindre.
-          S’ils ne sont pas morts, répondit Rosa en baissant la tête.
 
Edith serra les dents. Elles n’avaient aucune nouvelle du groupe d’Hector, d’Henry, de Frederick ou de la Troupe. Tout juste savaient-elles que Thomas et Arianna avaient été tués par Uru et le nouvel Estom, ce qui ne laissait rien présager de bon sur ce que les autres avaient peut-être dû affronter.
 
-          Que tu me suives ou non, j’y vais, reprit Edith. Je ne t’oblige pas à venir, mais envoie moi au moins là-bas avec Kadabra.
-          Holala, soupira Rosa en se frappant le visage avec sa main droite. Toujours à vouloir jouer les héroïnes, mais tu es juste humaine, Edith… C’est bon, je viens avec toi. Mais si on meurt, je te jure que je t’en voudrais très fort !
 


 
Estelle ne voulait pas sortir de la pièce en ruine. Elle avait détruit pièce par pièce la boite de conserve géante qui servait de corps à Lain avant de revenir vers le cadavre de son père pour pleurer. Mais quand le son de la Sérénade parvint à ses oreilles, elle releva la tête. Nidoqueen aussi entendait la douce musique et semblait en chercher la source. Toujours en larme, la jeune dresseuse se décida enfin à se relever, aidée par son Pokémon, et à sortir de l’attraction pour voir ce qu’il se passait. Quand elle vit, non loin de la Grande roue, plusieurs faisceaux lumineux monter vers le ciel, elle déglutit. Elle adressa un regard vers Nidoqueen et, après quelques secondes de réflexion, se mit en route, ses autres Poké-balls en main.
 


 
Blanche et Hector se figèrent sur place en voyant au loin la lumière des statues. Il ne manquait plus que ça… Camille s’était enfuie sans raison apparente et était parvenue à leur échapper. Ils étaient à nouveau à sa recherche avec sa sœur Eve et le jeune Tristan et étaient clairement désemparés.
 
-          Qu’est-ce qu’on fait, Blanche ? demanda Hector en regardant sa femme.
-          Je… Je ne sais pas… répondit la concernée. Ils sont vraiment en train de… ?
-          D’invoquer Arceus ? compléta son mari. Je suppose…
-          Papa, il se passe quoi ? demanda Eve avec un air soucieux.
-          Rien, Eve, on va vite régler ça, dit Hector d’un ton qui se voulait rassurant. Papa et maman vont aller voir ce qu’il se passe.
-          Mais et Camille ? demanda Eve. Elle se cache toujours !
-          Je sais, dit Hector en baissant la tête.
-          Et vous aussi, vous allez vous cacher, ajouta Blanche. Vous restez ici dans le coin et quand on revient, vous nous signalez où vous êtes, c’est d’accord ?
-          D’a… D’accord, balbutia Tristan. Mais vous revenez vite, hein ?
-          Promis, répondit Blanche. Et si tu vois ta sœur, Eve, essaye de la retenir !
-          Ok maman ! s’écria Eve. Compte sur moi pour la retrouver !
-          Bien… murmura Hector. On va faire vite !
 
Ils laissèrent les deux enfants sur place et se mirent à courir en direction de la Grande Roue pour rejoindre les lieux du Rituel. Mais ni l’un ni l’autre n’était rassuré de laisser les enfants sans surveillance. Cependant, pouvaient-ils vraiment aussi laisser quelqu’un invoquer Arceus et se servir de ses pouvoirs ? Et puis, avec un peu de chance, ils trouveraient Camille en chemin…
 
Derrière eux, Tristan s’approcha d’un bâtiment qui devait être des toilettes et fit un signe à Eve.
 
-          On pourrait se cacher ici, dit-il. Il y a peu de chance que les monstres nous y cherchent, tu crois pas ?
-          Les monstres ? répéta Eve avant d’éclater de rire.
-          Chut ! s’écria Tristan. Tu risques de les attirer !
 
Eve cessa de rire et afficha une mine sévère qui fit frissonner Tristan. Il était mal à l’aise et, depuis un moment, ne comprenait plus grand-chose à la situation.
 
-          Dis, y a des trucs que je ne pige pas trop, confessa-t-il. J’savais pas que vous étiez sœurs toutes les deux… Pourquoi vous vous êtes disputées ?
-          Je vais t’expliquer, dit Eve en souriant. Mais pour ça, j’aimerai que tu me regardes dans les yeux.
 
Tristan fronça les sourcils. Pourquoi demandait-elle ça ? Il déglutit, pris d’un mauvais pressentiment, mais ne put s’empêcher d’accéder à la demande de sa camarade, ne serait-ce que par curiosité. Ni l’un ni l’autre ne bougea d’un cil pendant quelques secondes avant qu’Eve ne reprenne la parole.
 
-          Maintenant, tu nous attends ici. Je vais chercher Camille.
-          D’accord, répondit Tristan en s’asseyant par terre. Je vous attends.
 
Eve sourit, rassurée. Puis elle se détourna de Tristan et se mit en route. Où pouvait bien se trouver Camille ?
 


 
Cela faisait déjà trois longues minutes que la Sérénade avait commencé. Cependant, les partitions étaient plutôt longues et le Rituel devrait encore durer quelques minutes. L’être de Lumière commençait tout juste à se matérialiser petit à petit au centre des Idoles et tous les regards étaient centrés dessus.
 
C’est alors qu’Edith et Rosa arrivèrent, Sablaireau, Scorvol et Pyrax de sortie, téléportées par Kadabra. En voyant l’étrange scène qui s’offrait à elles, les dresseuses furent directement prêtes à passer à l’action. Aussi, quand elle vit la Tailleuse en train de jouer de la Flûte, la Sage du Clan Distorsion envoya Scorvol pour la mettre à terre et la blesser, le souvenir du meurtre de l’Inspecteur Besace étant toujours très tenace, mais aussi pour interrompre le Rituel. 
 
Mais alors que Scorvol fondait sur sa proie, un autre Pokémon se dressa devant lui et l’attrapa par la gorge avant de le jeter au sol avec force.
 
-          Occupes-toi d’elles, Further, cria le Directeur. Ne les laisse pas interférer.
-          Avec plaisir, s’exclama le Galeking qui relevait déjà Scorvol pour le lancer vers sa dresseuse.
-          Mais c’est… s’exclama Rosa, ébahie, en apercevant le visage du Directeur.
-          Et bordel, s’écria Edith en serrant les poings. Je le préférais mort. On s’occupera de lui après.
 
Further balança Scorvol droit sur les nouvelles arrivantes et elles durent s’écarter pour éviter d’entrer en collision avec. Le pauvre Pokémon était lourdement blessé et inconscient, mais ses quelques grognements indiquaient qu’il était encore en vie.
 
-          Pyrax ! cria Edith en pointant la Chorale du doigt. Danse du feu !
 
Le Papillon ardent s’éleva dans les airs, mais ne put se rapprocher. En effet, Further avait attrapé une poubelle pas loin de lui, l’avait arrachée du sol puis l’avait lancée sur l’insecte qui, surpris, ne put échapper à l’attaque.
 
-          Bordel, tu vas nous laisser passer ! s’écria Edith.
-          Hors de question que vous interrompiez le Rituel, dit Further en ricanant.
-          Alors je vais te crever ! Pyrax !
-          Edith, arrête-ça ! cria une voix que la Sage reconnut immédiatement.
 
Les deux femmes tournèrent leurs têtes déconcertées vers Henry et Marie. Le Pokéathlète tenait sa fille avec son unique bras valide et les regardait d’un air grave et très sérieux.
 
-          Henry ? s’étonna Rosa. Mais merde on doit…
-          T’occupes pas, Rosa, répondit Edith. Il doit avoir été hypnotisé.
-          Quoi ? s’étonna la coordinatrice.
-          Quoi ? répéta Henry en écarquillant les yeux.
-          Je ne sais pas comment il a fait pour revenir, mais si le Directeur est là ce soir, on doit s’attendre à tout. Envoie Sablaireau aider Pyrax.
-          Je… ok…
 
Elle adressa un signe de tête à Sablaireau qui acquiesça avant de rejoindre Pyrax face à Further qui faisait toujours barrage en ricanant.
 
Mais alors que le combat allait s’engager, subitement, le son de la musique gagna en intensité. Parmi toutes les personnes et Pokémon présents, tous se sentaient comme paralysés sur place. Aartsen, la Tailleuse et Grodoudou semblaient être les seuls à ne pas être affectés. C’était comme si la pression terrestre s’était soudainement décuplée. Tous les regards se tournèrent vers le centre du Cercle où Arceus terminait de se matérialiser. Ce gigantesque Pokémon blanc immaculé et jaune d’or, aux airs de cheval, semblait presque endormi du haut de ses quatre mètres. Et c’est lorsqu’Aartsen appuya sur une dernière touche de son piano que le Grand Architecte ouvrit les yeux et que la pression se relâcha d’un coup. Et pourtant, tout le monde était trop intimidé pour réagir.
 
Puis enfin, le Directeur s’avança vers le Dieu qu’il venait d’invoquer. Celui-ci baissa la tête pour le regarder, curieux. Et, sans prévenir, l’Hypnomade déformé lui lança une Ball noire comme les ténèbres qui, à la grande consternation d’Edith et Rosa, absorba le Grand Architecte sans que celui-ci ne réagisse.  La Ball tomba à terre et fut prise de violents sursauts avant de s’immobiliser. Le Directeur se rapprocha et ramassa la Ball.
 
-          Nous avons réussi, dit-il dans un souffle, comme si lui-même avait du mal à y croire. Le Grand Architecte… est désormais sous mes ordres !
-          Parce que vous croyez qu’il va se laisser faire ? cria Edith, énervée. Votre aventure avec Giratina ne vous a pas prouvé que maitriser un Dieu n’était pas si simple que cela ?
-          Ma chère Edith, dit le Directeur en se tournant vers elle. Cela faisait longtemps, pas vrai ? Mais je pense que vous avez rencontré le Professeur Nessmad ?
-          La Ball qu’a confectionné Papa est un peu particulière, ricana Aartsen depuis son Piano.
-          Non seulement, elle garantit la capture, mais elle transforme aussi le Pokémon en véritable coquille vide, ajouta la Tailleuse dans un sourire.
-          Comment ça ? demanda Rosa. Qu’est-ce que vous entendez par coquille vide ?
-          Je pense qu’une démonstration vaut mieux qu’un long discours, soupira le Directeur. Et puis, j’ai hâte d’en finir…
 
L’Hypnomade déformé lança la Ball noire en l’air, invoquant à nouveau Arceus, de manière plus rapide qu’avec le Rituel. Le Grand Architecte était de nouveau là, debout sur ses quatre pattes. Mais ses yeux étaient fermés et il ne semblait même pas respirer. Aussitôt, les Mélancolux se placèrent juste au-dessus de sa tête et le Dieu sembla se réveiller.
 
-          C’est aux Mélancolux que revient la tâche de maitriser Arceus, dit le Directeur en voyant les regards effrayés de Rosa et Edith. Nous avons enfin réussi…
 
Les deux dresseuses firent un pas en arrière. La situation virait à la catastrophe. Non seulement, elles n’étaient toujours que deux pour affronter leurs adversaires, mais ceux-ci semblaient avoir les plein pouvoirs sur Arceus lui-même et, comme si ça ne suffisait pas, il y avait encore la Tailleuse, l’Escroco et le Galeking. Pire, leur mystérieux patron se révélait être le Directeur, leur ancien ennemi, et Henry avait certainement été hypnotisé par celui-ci. On aurait difficilement pu imaginer pire et Rosa était tentée de dire à Edith qu’elle l’avait prévenue, mais sentait bien que ce n’était pas vraiment le moment. C’est alors que, soudainement, le Galeking s’avança d’un pas vers Arceus.
 
-          Depuis le temps que j’attends ce moment ! s’écria-t-il.
-          Further… soupira le Directeur. Ecarte-toi.
-          C’est hors de question, patron !
 
La Tailleuse et Aartsen paraissaient outrés de voir Further défier leur patron en refusant d’obéir. Ce dernier, au contraire, ne semblait pas réellement surpris et gardait tout son calme. Les humains, quant à eux, ne comprenaient pas ce qu’il se passait, que ce soit du côté d’Edith ou d’Henry.
 
-          Je tiens enfin une occasion de vous prouver que je suis plus fort que lui ! cria Further. Je vais tuer Arceus de mes propres mains !
-          Tu n’as vraiment rien compris, soupira le Directeur. Ce n’est pas une question de force et, de toute façon, tu t’attaques à un trop gros morceau.
-          Je me prépare à ce combat depuis longtemps, cria Further. Et je vais exploiter à fond mon pouvoir !
 
Sur ce, Further sembla étirer au maximum chacun de ses membres et cria de toute ses forces vers le ciel. Et puis il baissa la tête et se mit à exploser de rire. De la fumée rougeâtre semblait sortir de sa bouche. Et, sans attendre, il fit un bon prodigieux et se prépara à donner un violent coup de poing sur la tête du Grand Architecte.
 
Mais juste avant qu’il ne touche sa cible, Arceus envoya par sa bouche un gigantesque rayon bleu nuit qui projeta Further contre la Grande Roue qui, sous le choc, commença à pencher. Dans les débris, Further se relevait déjà et riait aux éclats.
 
-          Heart Burst, murmura Aartsen pour lui-même.
-          De quoi ? demanda Henry, qui s’était rapproché avec Marie.
-          Further dispose de plusieurs cœurs, répondit la Tailleuse. Et lorsqu’il active cette technique qui lui est propre, ses forces sont tout simplement décuplées… Son sang circule à une vitesse effarante dans son corps, quitte à bouillir dans ses veines, ce qui améliore toutes ses capacités. 
-          Voir même au-delà, ajouta Aartsen. C’est vraiment pas bon…
-          Mais qu’est-ce qui lui prend ? demanda Henry en fronçant les sourcils. Pourquoi veut-il tuer Arceus ?
-          Aucune idée, répondit la Tailleuse. Mais Aartsen a raison, c’est pas bon du tout.
 
Further marchait droit vers Arceus, l’air à la fois décidé et fou. Le Directeur le regardait avec une certaine déception dans le regard.
 
-          Ce n’est pas en réduisant tous nos efforts à néant que tu prouveras quoique ce soit, Further, dit-il, l’air contrarié.
-          Au contraire, annonça Further en continuant d’avancer. En tuant un Dieu, je prouverai que JE suis le Pokémon le plus puissant du Monde. Il nous sera alors si simple de changer ce monde, monsieur… Je serai votre meilleur partenaire pour vos Projets !
-          Tu ne lui arriveras jamais à la cheville, Further, répondit l’Hypnomade.
 
Et aussitôt, Arceus ouvrait de nouveau la gueule pour laisser échapper un nouveau Rayon d’énergie vers Galeking. Mais celui-ci enfonça d’un coup violent ses jambes dans le sol et intercepta l’attaque avec ses deux bras tendus. Malgré ses jambes enfoncées dans le bêton, le Titan d’Acier recula de quelques centimètres. Mais il ne semblait pas pour autant souffrir de l’attaque. Au contraire, il riait toujours aux éclats.
 
-          Pourquoi refusez-vous de comprendre, patron ? s’écria Further. Je suis votre nouveau Colosse ! Votre meilleur ami ! Votre…
 
Il fut interrompu dans ses paroles par de puissantes gerbes de flammes. Celles-ci étaient lancées par Pyrax mais aussi par Arcanin, qu’Henry avait appelé. Le Galeking se tut et ferma les yeux le temps de l’assaut puis recommença à rire. Sablaireau et Aartsen lui lancèrent alors des rochers qu’il explosa à la force de ses poings sans souci.
 
-          Reste en dehors de ça, Aartsen ! cria le Galeking. Tu as déjà eu ton heure de gloire !
-          Ce n’est pas pour autant que tu dois gâcher celle du Patron ! répliqua l’Escroco avec un air grave.
-          Tu ne peux pas comprendre… personne ne peut comprendre ! Mais vous ne pourrez m’empêcher d’atteindre mon but !
 
Il écarta presque négligemment les nouveaux rochers qu’on lui lançait, ne prêta pas attention aux flammes et fonça droit sur Arceus et le Directeur. Encore une fois, le Grand Architecte, toujours manipulé par les Mélancolux, répliqua avant d’être touché avec le même rayon d’énergie que précédemment, ce qui fit reculer le Galeking de quelques mètres. De la fumée rouge semblait désormais sortir de tout son corps et, pourtant, le Titan continuait de rire.
 
-          Maintenant ! cria Edith.
 
A nouveau, une salve d’attaques s’accabla sur Further qui encaissa en riant, que ce soit les flammes ou les projectiles. Lorsqu’un nouveau rayon bleu fonça sur lui, il mit ses bras pour l’intercepter et, encore une fois, recula de quelques mètres. C’est alors que Cizayox et Ecrémeuh, surgissant de nulle part, lui assénèrent une Roulade et une Surpuissance dans le dos avant de reculer précipitamment. Mais Further n’y prêta même pas attention.
 
-          On vous expliquera après ! cria Rosa à Hector et Blanche, qui paraissaient un peu décontenancés et étonnés par la situation.
-          Si seulement on comprenait nous-même ce qu’il se passait, répliqua Edith à la coordinatrice.
-          Ouais bon…
 
Le flot d’attaques cessa quelques secondes. Le Pokémon était toujours debout et ne semblait pas avoir été affecté par ce à quoi tout être vivant normal aurait succombé depuis longtemps. Mais ces cœurs battaient à la chamade, prouvant qu’il était encore bien en vie, et même plus que le commun des mortels. Il surprit néanmoins tout un chacun en se retournant vers la Grande Roue et en s’avançant vers elle, déterminé.
 
-          Tu te décides enfin à abandonner cette idée ridicule ? demanda le Directeur en plissant ses nombreux yeux.
-          Pas du tout, répondit Further. Je vais en finir… en une seule attaque !
 
Il était presque arrivé au niveau de la Grande Roue déstabilisée quand Scorvol se dressa devant lui pour l’empêcher d’avancer plus loin. Le Pokémon de la Sage se prépara à lancer une Surpuissance, mais le Galeking l’attrapa à nouveau rapidement, maintenant ses deux bras dans ses mains.
 
-          Scorvol ! cria Edith.
-          Dégage de mon chemin ! cria le Titan en écartant violement ses bras, déchiquetant le pauvre Pokémon en deux morceaux et provoquant une effusion de sang qui l’éclaboussa.
 
Edith tomba à genoux sous la violence de la scène tandis que Rosa, à côté d’elle, lui tapotait dans le dos, sachant très bien quelle douleur la Sage pouvait ressentir. Hector eut un haut le cœur et même la Tailleuse et Aartsen détournèrent les yeux. Mais Blanche, qui avait déjà vu une scène similaire, pensa directement au Colosse qui, quelques années auparavant, avait fait pareil avec l’Ectoplasma de la Sage de l’époque. Henry, lui aussi, commençait à comprendre tout doucement ce qui préoccupait le Titan.  
 


 
Lorsque Further était né, le Directeur l’avait tout de suite pris sous son aile avec Dédain. Ils étaient les premiers à voir la lumière du jour. Un bébé dans les bras, le Directeur leur racontait alors des histoires sur son passé et ses anciens partenaires.
 
Il leur avait expliqué que le Pokémon qu’il avait le mieux connu, un Mackogneur, était mort en obtenant enfin la vengeance qu’il cherchait depuis des années sur sa seule et unique défaite. Aussi, même, s’il avait été peiné par sa perte, le Directeur savait qu’il était mort satisfait. Et pourtant il s’agissait presque de son meilleur ami à l’époque, son confident. C’est lorsqu’il expliqua qu’il tirait ses forces de ses trois cœurs qui augmentaient ses forces et ses réflexes que Further fit le lien avec lui. Car c’était justement ce qu’il avait ! Plusieurs cœurs et une capacité physique au-dessus de la normale.
Depuis lors, pour Further, c’était comme une évidence ! Il était destiné à devenir le nouveau Colosse ! Fier de ce statut, Further se découragea quand il comprit que Dédain était clairement avantagé aux yeux de leur patron. Jaloux, le Galeking se lança dans différentes opérations cardiaques dans le but de devenir toujours plus fort. Plus fort que Dédain. Plus fort que l’Ancien Colosse. Plus fort que quiconque. Plus fort que Dieu.
 
Et c’était ce qu’il était décidé à prouver au Directeur. Il était le nouveau Colosse. Ils n’avaient pas besoin de Dieu pour changer le monde. Ils se plieraient tous à leur volonté par peur. Par peur du Titan d’acier. Et ensemble, ils changeraient le monde !
 


 
Further jeta les morceaux de carcasse derrière et lui et se rapprocha au maximum de la Grande Roue. Il saisit de ses mains deux barres en métal de la structure et tenta de la soulever. Au départ, il paraissait presque ridicule, tel un bodybuilder qui avait eu les yeux plus grands que le ventre. Puis, sous les yeux ébahis de chacun, il souleva la Grande Roue de quelques centimètres d’abord. Puis il la souleva de plus en plus haut et tendit les bras au-dessus de sa tête en riant aux éclats. Et, lentement, il se tourna vers ses adversaires, faisant tourner l’immense attraction d’une bonne centaine de tonnes au même rythme. La fumée rouge cachait presque entièrement son corps désormais, tel un spectre de sang venu tout droit des Enfers.
 
-          C’est impossible, souffla Blanche, les yeux grands ouverts. Ça pèse combien de tonnes ce truc ?
-          Aucune idée, répondit son mari sans oser détourner les yeux.
-          Patron ! cria le Galeking. Ecartez-vous, je vous prie !
-          Tu es stupide, Further, répliqua celui-ci.
 
Et à nouveau, Arceus ouvrit la bouche et dégagea un gigantesque rayon droit sur le Titan. A la différence de ses précédentes attaques cependant, celui-ci était orange. Une fois de plus, Further reçut l’attaque sans avoir l’air d’en souffrir. Le poids supplémentaire de la gigantesque structure de métal qu’il tenait en l’air l’empêcha de reculer. Encore et toujours le Titan riait aux éclats et, tandis que l’attaque ne finissait pas, Pyrax et Arcanin projetèrent sur lui leurs flammes brûlantes.
 
-          C’est inutile ! Je suis l’être le plus puissant du Monde ! Je suis le…
 
Further s’interrompit brutalement en écarquillant les yeux. Il ressentait soudainement une vive douleur dans la poitrine. Une douleur insupportable, fulgurante, qui commençait à s’étendre à d’autres endroits de son corps. Il sentit par la même occasion ses forces l’abandonner peu à peu et sa vue se troubler.
 
-          Qu’est-ce… que… réussit-il tout juste à dire alors qu’Arceus interrompait son attaque en voyant la faiblesse du Titan.
-           Tu as vu trop grand Further, répondit le Directeur. Tu as poussé trop loin les limites de tes cœurs. Les pompes se sont trop emballées. C’est fini.
-          N…Non ! s’écria Further en pliant un genou, la lourde Grande Roue toujours dans les mains. Je …
-          Tu l’as peut-être dépassé en force, dit le Directeur en se détournant. Mais ce n’est pas ce qui me plaisait tant chez le Colosse. Tu n’as jamais été et ne sera jamais Lui.
 
Des larmes de sang coulaient aux yeux de Further lorsqu’il ne put plus maintenir le poids de la Grande Roue en l’air. Son corps chuta et la gigantesque structure de métal lui retomba dessus dans un bruit assourdissant qui dégagea un gigantesque nuage de poussière et de petites pièces. La Grande Roue fit ensuite mine de s’écrouler vers eux, mais Arceus lança un nouveau Rayon, presque transparent, pour pousser légèrement la Grande Roue, ce qui suffit pour qu’elle tombe de l’autre côté, dans un second fracas.
 
Tous les regards se tournèrent vers le Directeur, qui leur faisait dos. Arceus et les Mélancolux ne bougeaient plus et ils semblaient concentrés sur une tâche qui leur échappait. Puis Edith, se ressaisissant, pointa le Directeur du doigt.
 
-          Danse du Feu ! cria-t-elle.
 
Aussitôt, le Papillon se retourna et passa à l’attaque, suivi de Sablaireau, Cizayox et Ecrémeuh. Mais c’était sans compter Aartsen, la Tailleuse, ainsi que l’Arcanin et l’Elekable d’Henry, qui se dressèrent entre eux et leur cible. Le Pianiste bougeait comme s’il dansait une valse et surprit Sablaireau en le touchant avec une Lame de Roc. Elekable réussit à intercepter Ecrémeuh avant qu’elle ne soit lancée à pleine vitesse et Arcanin barra la route de Cizayox. Pyrax, quant à lui, esquiva de justesse le coup de ciseaux que lui destinait la Tailleuse.
 
-          Henry ? s’étonna Hector. Qu’est-ce que tu fous ?
-          Laissez-les tranquilles, lança le Pokéathlète. Tout n’est qu’un malentendu…
-          Laissez tomber, cracha Edith dont les traits étaient déformés par la colère. Ils ont dû l’hypnotiser.
-          Merde merde… répétait Blanche.
-          Mais pas du tout, bordel ! protesta Henry. 
 
Il aidait toujours Marie à se tenir debout, mais celle-ci était maintenant parfaitement consciente, quoiqu’encore fatiguée. Elle ne savait pas du tout comment réagir, d’autant que Kaede et Ténéfix étaient restés dans la Cache de Baggaid. Les combats s’enchainaient donc, chacun ayant un ou plusieurs adversaires, tandis que le Directeur se contentait d’observer les Mélancolux et Arceus d’un air anxieux.
 
La Tailleuse bougeait très rapidement pour le Papillon qui échouait dans ses attaques et avait du mal à lui-même esquiver. Edith s’était rapprochée au plus près du combat et encourageait son Pokémon déjà très fatigué à continuer. Pas loin, Aartsen dominait largement son combat contre Sablaireau. Lui aussi était fatigué de ses précédents combats, notamment contre le Chef Uru et ses Pokémon. Du côté des dresseurs de Jotho, par contre, personne ne se battait à fond. Dégoûtés de devoir se battre contre des amis, de la famille même, ils retenaient leurs coups inconsciemment.
 
Subitement, la Tailleuse porta un coup de ses lames dans le torse de Pyrax, faisant jaillir son sang. Le Pokémon fut alors tout aussi soudainement rappelé dans sa Poké-ball et, surgissant par surprise de derrière, Edith plaqua la Taileusse au sol. Celle-ci, par réflexe, tenta de porter un nouveau coup de ciseaux mais la Sage lui saisit le bras et les lui arracha des mains. C’était elle maintenant qui tenait l’arme, prête à venger l’Inspecteur Besace.  La Tailleuse parvint cependant à attraper le bras de son opposante juste avant qu’elle ne plonge ses propres lames dans son corps. Mais la situation n’était pas à son avantage pour autant, car elle ne pouvait pas enlever sa fausse main pour libérer son bras de Manternel et regagner un atout.
 
-          Je vais te tuer, grogna Edith, les traits du visage crispés. Tu vas payer, salope…
-          Essaie un peu, répliqua la Tailleuse en luttant contre la force de la Sage.
 
C’est alors que subitement, une musique très entrainante retentit à leurs oreilles. Le visage décontenancé, Edith sentit ses mains lâcher la paire de ciseaux sans qu’elle n’en ait donné l’ordre et, toujours sans avoir rien demandé, elle se releva. La Tailleuse l’imita en pinçant les lèvres car, contrairement à la Sage, elle comprenait ce qu’il se passait.
 
Aartsen avait mis Sablaireau KO et était revenu à son Piano auquel il jouait la musique qu’ils entendaient tous. Car c’était celle-ci qui contrôlait les mouvements de tous ceux à qui elle parvenait, dans un certain rayon. Et cette musique les obligeait tous à danser sans leur consentement. C’est ainsi que les deux ennemies se mirent à valser tout en s’insultant allègrement. Rosa était bien la seule à danser toute seule et au vue de son visage, elle trouvait cela limite vexant. Henry et Marie étaient eux aussi touchés et dansaient ensemble tandis qu’Hector et Blanche les imitaient, sans comprendre. Les derniers Pokémon, quant à eux, dansaient comme ils le pouvaient, tout en s’étonnant de la situation.  Le Directeur, lui, était assez à l’écart pour éviter de subir le contrôle de la musique d’Aarsten.
 
-          Vous êtes sous mon pouvoir, ricana l’Escroco en pianotant avec passion les touches de son instrument. Vous êtes condamnés à danser et à vous déhancher, au rythme de ma musique
 
Edith enrageait de la situation. Elle allait enfin en finir avec cette salope qui avait tué l’Inspecteur. Mais avec cette maudite musique, elle était obligée de danser avec et, en plus, il n’y avait plus personne pour empêcher le Directeur et les Mélancolux de corrompre Arceus. Hector et Blanche, inquiets, pensaient à leurs deux filles. Et si la Grande Roue était tombée sur Camille ?
 
Le Directeur, au contraire, jubilait de son côté. Enfin, ENFIN, ils touchaient au but. La Jalousie de Further n’avait été qu’un incident et ils étaient parvenus à rattraper le temps perdu. Et grâce à la musique du Piano qu’avait confectionné le Professeur Nessmad, Aartsen empêchait quiconque de venir contrarier ses plans. Après tant d’années de regrets, il allait pouvoir réparer ses erreurs passées et trouver le repos, la quiétude, le répit. Il fallait juste laisser le temps aux Mélancolux de comprendre comment faire pour forcer Arceus à briser la Malédiction.
 
C’est alors que le Directeur sentit quelque chose ramper à ses pieds. Il baissa la tête et fut surpris par la présence d’un Aspicot qu’il lui projeta un coup de Sécrétion sur le visage, l’aveuglant en partie. Le Directeur recula d’un pas et tenta de dégager la matière gluante qui lui collait le visage, tandis qu’Arceus perdait toute concentration et baissait les yeux vers lui. Les mélancolux étaient inquiets pour lui. Estelle profita de la distraction de son petit Pokémon pour sortir de sa cachette et se jeter sur l’Hypnomade déformé avec Nidoqueen, Ortide, Coatox et Nosferalto. La dresseuse grimaçait, car elle avait toujours une jambe en miette et elle devait faire preuve de beaucoup de volonté pour se maintenir debout. Le Grand Architecte bougea les pattes mais s’immobilisa en se rendant compte qu’il avait failli écraser le Directeur. Celui-ci parvenait tout juste à dégager la soie visqueuse d’Aspicot quand Estelle essaya de s’emparer de la Ball qu’il tenait en main en tirant de toutes ses forces dessus.
 
-          Non ! cria-t-il, paniqué. Pas maintenant !
 
Il résistait à la force de la jeune femme et prépara une Ball’ombr pour l’écarter de lui, mais avant qu’il ne puisse la lancer sur Estelle, Coatox, Ortide et Nosferalto se mirent à trois dans une combinaison de Bomb’Beurk et Direct Toxik. Sous la violence des attaques, le Directeur lâcha la Ball et tomba par terre. La flamme des Mélancolux redoubla d’intensité et Arceus fit un pas vers Estelle, avec la ferme intention de l’écraser, mais celle-ci esquiva et lança l’objet sphérique vers Nidoqueen, qui à l’aide d’un Plaquage, la détruisit.
 
Le Grand Architecte fut soudainement pris de sursauts incontrôlables. Une gigantesque aura dont la couleur variait de seconde en seconde s’échappait du Dieu et les Mélancolux furent repoussés plus haut dans le ciel. Les Pokémon Poison d’Estelle et leur dresseuse semblaient incapables de bouger tandis que les danseurs regardaient la scène sans oser dire quoique ce soit, toujours forcés à valser. Aartsen faillit même interrompre sa musique tant il était surpris par la situation qui commençait à dégénérer. Le Directeur parvint à se relever, fou de rage, et attrapa Estelle par le cou alors qu’elle regardait ailleurs, et se mit à l’étrangler.
 
-          Sale petite peste ! cria-t-il, son visage déjà difforme modifié par la haine.   
 
La dresseuse commençait à étouffer et Nidoqueen allait se jeter sur son agresseur, mais avant qu’elle ne puisse réagir, un gigantesque rayon noir s’échappa de la bouche d’Arceus et frappa de plein fouet le Directeur, le faisant lâcher prise et le projetant avec violence contre un mur. Estelle avait aussi reçu l’attaque, mais le choc l’avait envoyée dans une autre direction, face contre terre, le corps encore plus endolori. Aarsten cria après son patron et s’arrêta de jouer sa mélodie, libérant les humains et Pokémon sous son emprise. Mais aucun d’entre eux ne souhaitait reprendre le combat devant la scène qui s’offrait à eux. Ils étaient tous effrayés par Arceus, dont le regard brillait d’un éclat rouge de folie. Aussi, lorsqu’il tourna la tête et lança un nouveau rayon, jaune cette fois, tout le monde s’écarta en courant dans des directions différentes pour éviter l’attaque qui provoqua un petit cratère au sol.
 
-          Je crois qu’il n’est pas content d’avoir été manipulé, dit Rosa en tremblotant légèrement.
-          Ça peut se comprendre, dit Hector. Quelqu’un sait comment on calme un Dieu ?
-          Aucune idée, dit Edith.
 
A nouveau, Arceus lança un rayon coloré vers Aartsen qui fuit juste à temps, mais en abandonnant son Piano qui explosa. L’Escroco rejoignit la Tailleuse, à qui il adressa un regard interrogateur. Celle-ci acquiesça et, sans demander leur reste, les deux musiciens prirent leurs jambes à leur cou, à la grande consternation d’Edith.
 
-          Ha les enfoirés ! cria-t-elle. Bande de lâches !
-          Edith ! cria Henry.
-          Quoi enc…
 
Ramenée à la réalité au bon moment, la Sage parvint à esquiver le nouvel assaut d’Arceus à son encontre, mais l’onde de choc la poussa néanmoins plus loin. En même temps qu’elle se relevait, elle voyait le Directeur se mettre debout avec l’aide des Mélancolux. L’Hypnomade jetait un regard désespéré vers Arceus tandis que les Spectres le forçaient à décamper. Un nouveau rayon esquivé de justesse par Marie et Henry aveugla Edith, l’empêchant de voir dans quelle direction les Pokémon fuyaient.
 
Arceus se dressa sur deux pattes et poussa un cri de colère. Lorsque ses pattes avants rentrèrent en contact avec le sol, cela provoqua un petit séisme qui fit trembler la terre, faisant perdre l’équilibre à Estelle, à peine remise debout. Mais cela provoqua aussi la chute de la statue de Rayquaza, qui perdit la tête en tombant. Arceus sembla soudainement souffrir, son aura devenant complètement noire l’espace d’un instant. Ce détail n’échappa ni à Edith, ni à Henry.
 
-          Il faut détruire les statues ! cria Henry. Ça a l’air de l’affecter.
-          Et si ça le tuait ? protesta vivement Edith.
-          On a pas trop le choix je crois, répondit Hector. Cizayox !
 
L’Insecte acquiesça et, avec Surpuissance, détruisit une petite statue à l’effigie de Mew qui se trouvait à proximité. A nouveau, Arceus fut entouré d’une aura noire et agita la tête en signe de mécontentement. Suivant l’exemple d’Hector, tous s’y mirent pour détruire les différentes statues. Nidoqueen mit en miette la statue de Zygarde à l’aide de Telluriforce. Ecrémeuh roula à plusieurs reprises sur celle de Lugia, jusqu’à ce qu’elle ne s’effondre. Elekable, avec Coup-Croix, fit exploser la statue de Kyogre. Kadabra, dirigé par Rosa, envoya la statue de Kyurem se fracasser contre Arceus. Chaque destruction d’idole semblait interrompre le Grand Architecte de plus en plus longtemps. Edith finit elle aussi par s’y mettre en appelant son Branette à la rescousse. Il ne restait plus beaucoup de statues à détruire quand Mistigrix, Scalproie, Tauros, Cupcanaille, Tenéfix et Pashmilla débarquèrent, téléportés par la Magicienne. Le Lanceur de Couteaux se précipita vers Grodoudou pour la mettre à l’abri des attaques. Elle n’avait pas bougé, toujours hypnotisée. Kaede et Ténéfix rejoignirent rapidement leur dresseuse et les nouveaux arrivants se mirent à détruire les dernières statues.
 
Enfin, au bout d’un long moment ponctué de quelques rayons d’Arceus, Tauros détruisit la dernière statue, celle de Célébi, en l’écrasant sous ses sabots. A ce moment, l’aura noire qui entourait Arceus prit de gigantesques proportions et le Dieu poussa un long hurlement. L’aura se dissipa ensuite soudainement, en même temps que l’éclat de folie des yeux du Pokémon. La Grand Architecte baissa ensuite la tête vers les humains et les Pokémon, qui redoutaient sa réaction. Il cligna des yeux puis, l’air serein, il se mit à rayonner. Un grand éclat de lumière s’échappa d’Arceus vers le ciel et le Dieu Pokémon disparut en quelques instants.
 
-          Ouf, soupira Estelle en tombant par terre. On l’a eu !
-          C’était… plus simple que ce que je n’aurai cru, dit Rosa, soulagée.
-          Le Rituel était peut-être pensé pour ne pas pouvoir abuser des pouvoirs d’Arceus, supposa Edith en haussant les épaules.
-          Je préfère ça comme ça, grommela Henry.
-          Bon, lança Hector. C’est pas qu’on ne veut pas vous voir, mais on repart chercher les enfants ! On a retrouvé Eve et Tristan, mais il nous manque Camille, on vous laisse.
-          C’est déjà ça, dit Rosa tandis que le couple partait de là où ils venaient.
-          Ho merde ! s’exclama Henry. Hector, Blanche, attendez, je dois vous parler !
-          Hop hop hop, intervint Edith en s’interposant. Tu es toujours hypnotisé, je crois, non ?
-          Mais je n’ai jamais été hypnotisé ! Laisse-moi passer !
-          Edith, laisse-le, dit Estelle. Tu veux pas plutôt qu’on essaye de choper la femme aux ciseaux ?
 
Edith se pinça les lèvres. Pouvait-elle vraiment faire confiance à Henry après ce qu’il s’était passé ? Il était le seul à être resté avec eux pour calmer Arceus, mais elle s’attendait à n’importe quelle mascarade de la part du Directeur et des Mélancolux. Cependant, la perspective de pouvoir arrêter la Tailleuse fut plus forte que ses doutes.
 
-          T’as raison, dit la Sage en laissant passer le Pokéathlète et sa fille. Rosa, Estelle, on va les chopper !
-          Han, c’est pas vrai… soupira Rosa.
 

Aussi chacun partit-il dans des directions différentes. Edith, Rosa et Estelle partirent à la recherche des fugitifs. Comme Estelle avait la jambe cassée ainsi que quelques côtes en piteux état, un souvenir des rayons d’Arceus, c’était Nidoqueen qui la portait sur son dos. De l’autre côté, Henry et Marie partaient à la poursuite d’Hector et Blanche, qui revenaient là où ils avaient laissé Tristan et Eve environ une heure auparavant. La Troupe quant à elle aidait Grodoudou à se remettre de ses émotions avant de repartir sauver ceux qui pouvaient encore l’être dans la Cache de Baggaid.


(suite dans le poste suivant) 

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12


Dernière édition par unpuis le Jeu 26 Mai - 15:58, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Jeu 26 Mai - 15:30

-          Et merde, merde, merde, répétait Aartsen. On était si proches du but !
-          Tu crois que le patron va s’en sortir ? demanda Pauline.
-          Franchement, j’en sais rien, il a reçu plusieurs attaques lourdes et il est plus de première jeunesse…
 
L’Escroco et la Tailleuse courraient vers le fond du Parc, où se trouvait une sortie secrète. Smiland paraissait entièrement désert alors que, quelques heures avant, les Greffés déboulaient de partout à la recherche du Clan. Mais à ce moment précis, tout était calme.
 
-          Ha, vous voilà enfin ! lança une voix fatiguée qu’Aartsen reconnut immédiatement.
-          Dédain ? s’étonna le Pianiste en s’arrêtant de courir et en cherchant le Papillon des yeux.
-          Je suis là, crétin, répondit la voix.
 
Le Papilord sortit de sa cachette entre deux échafaudages. Son visage était tâché de sang et un tissu recouvrait son œil. Au ton de sa voix, Aartsen avait directement compris que Dédain, malgré ses talents, devait avoir pris cher lors de son dernier combat.
 
-          T’as pas l’air dans ton assiette, fit remarquer la Tailleuse.
-          Ouais, juste une égratignure… Je vous cherchais, figurez-vous.
-          C’est pas trop le moment, tu sais, répondit Aartsen en baissant les yeux. C’est terminé, Arceus a échappé à notre contrôle…
-          Je suis déjà au courant, j’ai vu les lumières. Et justement, faut qu’on se casse d’ici.
-          Et on va aller où ? demanda la Tailleuse en plissant les yeux.
-          Je ne sais pas encore. On verra avec le Padre. Lain l’a fait sortir de sa prison en toute discrétion et la plupart des Greffés sont déjà en sécurité. Further aussi.
-          Quoi ?! s’exclama Aartsen. Ce traitre ?!
-          Ouais, j’ai cru comprendre qu’il y avait eu Lampéroie sous roche vu son état, mais on arrangera ça entre nous.
-          Et… et le patron ? demanda Pauline.
-          Je ne l’ai pas encore trouvé.
 
La Tailleuse resta immobile, interdite. Elle se sentait mal d’abandonner leur chef, celui qui l’avait sauvée d’une vie de misère.
 
-          J’essayerai de le retrouver, mais d’abord, je dois vous mettre en sécurité, alors suivez-moi.
-          Pourquoi tu veux nous sauver, Dédain ? On a échoué, tout est fini…
-          C’est pas pour autant qu’on doit en mourir, déclara Dédain. Alors quoi ? Vous vous décidez à vous bouger ou je laisse les humains vous exterminer ?
-          C’est bon, c’est bon, soupira l’Escroco. Pauline ?
-          Oui… allons-y.
 
Et en suivant le Papilord borgne, les deux musiciens quittèrent Smiland, sans être rattrapés par les trois femmes à leurs trousses.
 


 
Eve avait vu la lumière d’Arceus regagner le ciel. Elle ne comprenait pas vraiment ce que cela voulait dire mais elle n’en restait pas moins inquiète pour ses parents. Non seulement pour ses nouveaux parents, mais aussi pour son véritable père. Même s’ils ne se ressemblaient pas beaucoup physiquement, tous les deux avaient toujours été très proches et elle était triste de devoir le quitter. Mais il lui avait expliqué pourquoi il faisait cela et, au bout de quelques jours de réflexion, elle avait fini par accepter la situation. D’autant qu’elle s’était très bien entendue avec Camille, sa nouvelle sœur, jusqu’à ce qu’elle ne passe à l’action. Ses nouveaux parents s’étaient eux aussi montrés très amicaux et, en vue de comment Camille parlait d’eux, il devait s’agir de parents très aimants.
 
Le seul souci étant que Camille, en découvrant que ses parents considéraient Eve comme leur fille, n’avait pas l’air d’apprécier la situation. Pire, elle s’était enfuie sans demander son reste. Eve répugnait à devoir l’hypnotiser, parce qu’elle la considérait comme une véritable amie et voulait simplement s’expliquer avec elle. Mais si elle restait bornée comme une tête de Psykokwak, alors elle serait obligée de la fixer dans les yeux pour la forcer à croire en ses mensonges. Pour leur bien à toutes les deux.
 
Seulement voilà, Smiland était grand et la petite Eve commençait à regretter d’être partie toute seule à la recherche de sa nouvelle sœur. Elle errait depuis un moment, sans savoir où chercher. Elle se trouvait non loin du Coxyclaque quand, enfin, elle aperçut une petite silhouette qu’elle reconnut tout de suite.
 
-          Camille ! s’exclama-t-elle, un grand sourire aux lèvres. Enfin, je te retrouve !
-          Eve… souffla Camille, la tête baissée, sans même lever les yeux.
-          Faut que je t’explique quelque chose ! dit Eve en se rapprochant. C’est un peu un secret, si tu veux.
 
Elle marchait vers son amie, mais celle-ci restait immobile, les mains derrière le dos, comme un enfant pris sur le fait et gêné. Elle remarqua alors le petit Crickzik qui semblait inquiet au pied de l’enfant. La petite fille s’arrêta subitement. Elle avait un mauvais pressentiment.  
 
-          Camille ? répéta Eve.
 
La fille de Blanche et Hector releva la tête. Elle pleurait et avait un visage désolé. Aussitôt, elle sortit ses deux bras de derrière son dos et dévoila le couteau de cuisine qu’elle avait ramassé plus loin. Eve écarquilla les yeux en voyant son amie se jeter sur elle, la lame du couteau pointée vers son ventre. Eve eut un mouvement de recul qui lui sauva la vie une première fois, car Camille rata son attaque de peu. Puis, paniquée, elle se retourna et s’enfuit vers l’entrée du Parc, en pleurant à son tour, poursuivie par celle qu’elle avait voulu pour sœur et son Crickzik, qui faisait de son mieux pour les suivre.
 

 
 
Le Directeur chuta. C’était déjà la troisième fois depuis qu’ils avaient fui le Rituel et, cette fois, il n’avait plus la force de se relever, malgré les encouragements lancés par les Mélancolux. Aussi tenta-t-il simplement de se redresser en restant assis et s’appuya contre le Manège où, quelques jours avant, Blanche avait mitraillé les deux enfants de photos. L’Hypnomade déformé avait reçu une grosse dose de Poison via les Pokémon d’Estelle, mais avait également dû encaisser l’attaque Jugement d’Arceus. Aussi sentait-il que le peu de forces qui lui restaient l’abandonnait. C’était sûr, cette fois-ci, il allait mourir pour de bon. Les Mélancolux le regardaient, l’air peiné.
 
-          Je suis… désolé… dit-il d’une voix tremblante. Je… je n’ai pas été… à la hauteur… Je n’ai pas su… su tenir ma promesse…
 
Les Mélancolux s’agitèrent, pour lui faire comprendre qu’ils comprenaient, que ce n’était pas si grave que ça, mais cela ne pouvait en rien effacer la déception du Directeur. Il avait été si proche du but. Ils tenaient Arceus sous leur coupe. Il leur aurait juste fallut plus de temps… Mais non, cette fois-ci, c’était trop tard.
 
-          Je vois que tu n’as pas perdu en orgueil, lança subitement une forte voix.
 
Le Directeur sursauta. Il avait reconnu cette voix qu’il n’avait pourtant entendu qu’une seule fois auparavant.
 
-          Giratina… dit-il dans un souffle.
-          Lui-même, confirma la voix. Je te parle depuis le Monde Distorsion d’où je t’observe depuis quelques temps déjà…
-          Et je suppose que tu vas me renvoyer là-bas? demanda le Directeur avec un petit rire nerveux. Le Monde des morts en peine ? Mais tu as raison… Je n’ai pas été à la hauteur, donc je ne mérite en rien le repos…
-          Je ne compte pas te renvoyer là-bas, répliqua la voix de Giratina. Je suis là pour eux.
-          Je t’interdis de les toucher ! s’écria le Directeur en écarquillant les yeux. C’est moi qui suis à la base de tous ces Rituels, pas eux !
-          Mais c’est pour briser leur malédiction que vous faites tout cela, pas vrai ? J’étais présent lors de vos confidences à cet humain.
-          Ce qui leur est arrivé est une injustice orchestrée par Dieu ! s’exclama le Directeur. Tout comme certains naissent difformes ou simplement différents des autres, c’est Arceus qu’il faut blâmer, sinon qui d’autres ?! Tout cela ne serait jamais arrivé si…
-          Je comprends mieux la Haine que tu éprouves, l’interrompit Giratina. Et finalement, c’est l’Amour que tu portes à ces enfants qui t’a permis d’aller si loin…
-          Mais j’ai échoué ! rappela vivement le Directeur. Je n’ai pas été capable de briser la malédiction ! Tous mes efforts n’ont pas été assez conséquents !
-          Et pourtant, tu as été capable de défier des Dieux à deux reprises pour prouver votre Amour, reprit la voix de Giratina. Et eux-mêmes en ont défié un autre pour vous prouver le leur…
-          Et si c’était à refaire, je recommencerai, dit le Directeur. Jusqu’à ce qu’enfin leur malédiction soit brisée !
-          Je vais vous laisser maintenant, dit Giratina. Adieu, monsieur le Directeur.
 
L’Hypnomade déformé et fatigué ne répondit pas. Les Mélancolux n’avaient pas vraiment réagi lors de son dialogue avec le Renégat. Giratina lui avait-il vraiment parlé ? Ou était-ce un délire de son cerveau mourant ? Le Directeur s’apprêtait à s’abandonner à la mort quand des bruits de pas précipités attirèrent son attention.
 


 
Camille courrait toujours après Eve, son couteau prêt à frapper. Les petites filles pleuraient toutes les deux pour des raisons différentes, mais reliées entre-elles. Eve avait peur de mourir tandis que Camille avait du mal à se faire à l’idée de tuer Eve. Elle aurait tant souhaité trouver une autre solution, mais une petite voix dans sa tête lui affirmait que c’était la seule issue possible.
 
Eve courrait en direction de l’entrée du Parc, espérant y trouver de l’aide, qu’il s’agisse d’un homme de main de son père, d’un Greffé, d’un simple humain du Clan, n’importe qui, quelqu’un… Mais le Parc semblait irrémédiablement désert.
 
Soudain, peut-être à cause d’un mélange de panique et de fatigue, Eve trébucha et s’étala face contre terre, s’écorchant les genoux et froissant ses habits. Elle essaya de se retourner rapidement pour se relever mais Camille s’assit sur elle et leva son couteau, prête à frapper. La petite fille se débattit, mais il lui était impossible de regarder Camille dans les yeux dans une telle position.
 
-          Camille ! cria Eve, paniquée. Je t’en supplie ! Fais pas ça !
-          Je… Je suis désolée, dit Camille. Mais je sais pas comment faire d’autre… mes parents…
-          Je suis désolée aussi ! cria Eve. J’aurai dû t’en parler avant ! Fais pas ça !
 
Camille était face à un terrible dilemme. Tuer son amie ou la laisser lui prendre ses parents ? Une voix dans sa tête lui affirmait qu’elle n’avait pas le choix, qu’elle devait la tuer pour en finir avec cette histoire, que c’était à elle de le faire. Mais malgré cela, la petite fille ne voulait pas le faire.
 
-          Je ne veux pas, dit Camille. Je ne veux pas… C’est mon amie quand même…
 
La voix continuait. Elle se montrait autoritaire et insultante. C’était Eve ou Camille, il n’y avait pas d’autres solutions. Et pourtant…
 
-          Camille ! continua Eve. J’suis si désolée… S’il-te-plait…
-          N… Non… balbutia la petite fille. Je veux p-pas… 
-          Laisse-moi partir !
 
Mais la voix continuait à lui donner des ordres. Frappe, Frappe, Frappe, criait-elle de plus en plus fort. Alors Camille, en pleure, précipita la lame vers le cou d’Eve qui, apercevant le mouvement, cria de peur.
 
Mais juste avant que la lame ne tranche dans la nuque, Camille s’arrêta et, paniquée, jeta la lame plus loin avant de se relever, la tête entre les mains.
 
-          Tais-toi, tais-toi, TAIS-TOI ! répéta Camille.
 
Et la voix se tut. C’était la première fois que cette voix se manifestait chez elle, alors qu’elle l’avait en elle depuis le jour de sa conception. Chamboulée par cette manifestation soudaine  d’un nouveau fantôme du passé qu’elle ne connaissait pas, Camille releva la tête, le visage toujours en larmes. Eve, qui s’était relevée, la regardait, effrayée, tout en marchant à reculons et en se tenant le bras droit. Camille tendit le bras vers elle, comme pour s’excuser, mais, effrayée, la petite fille se retourna et recommença à fuir, suivie par Camille et son Pokémon.
 
Eve n’avait jamais eu aussi peur de sa vie. Il n’y avait eu personne pour lui venir en aide et elle avait bien cru qu’elle allait mourir. C’était un peu comme si Camille avait été possédée par quelques choses, un peu à la manière des Mélancolux qui peuvent contrôler des gens sous l’Hypnose de son papa. Mais ici, c’était quelque chose de bien plus effrayant. Elle avait vu la mort de près. Elle était toujours suivie par Camille, mais au moins celle-ci avait renoncé à son arme. Mais la peur l’habitait toujours. Elle avait besoin de réconfort.
 
Et justement, alors qu’elle courrait vers la sortie du parc, elle aperçut quatre lumières familières tout près du Manège. Elle accéléra le pas et, lorsqu’elle aperçut son père, assis contre l’attraction, elle se jeta dans ses bras, en larmes.
 
-          PAPA ! cria-t-elle.
-          Eve… marmonna celui-ci en passant sa main dans ses cheveux. Qu’est-ce qui ne va pas… ?
-          C’est Camille… Elle ne veut pas de moi… pleurnicha la fillette.
 
Le Directeur releva la tête et regarda vers Camille, qui venait d’arriver. Devant la situation, celle-ci paraissait quelque peu gênée, comme prise en tort. Ses yeux étaient rougis par ses crises de larmes. Elle ne semblait par ailleurs pas du tout effrayée par le physique peu commun du Directeur.
 
-          Allons allons… dit le Directeur en caressant les cheveux de sa fille. C’est juste une petite dispute… Tout va s’arranger…
-          C’est… C’est vous son papa ? demanda Camille dans un hoquet, gênée.
-          Oui, répondit faiblement celui-ci. Et je suis désolé si Eve a fait quelque chose qui t’a déplu… C’est moi qui lui ai demandé de trouver de nouveaux parents…
-          Mais pourquoi ? demanda Camille. Pourquoi les miens ?
-          Parce que tu es une gentille fille et que tes parents sont dévoués, répondit lentement le Directeur. Ils prendront soin de vous, je le sais, ils l’ont déjà prouvé…
-          Mais vous pouvez pas vous occuper d’elle, alors ? demanda Camille. Et le monsieur avec le masque ?
-          Non, malheureusement, nous ne pouvons plus, répondit le Directeur. Parce que ce sera bientôt fini pour moi…
-          Je suis désolée, dit Camille en baissant la tête, l’air très embarrassée. Je savais pas…
-          Eve aurait dû tout t’expliquer, elle aussi est en tort. N’est-ce pas ?
-          Oui papa… lui répondit sa fille avec un air sincère. Je suis désolée, Camille.
-          Allez, faites-moi plaisir… reprit l’Hypnomade. Faites un câlin… pour vous pardonner… d’accord ? 
 
Les deux petites filles se rapprochèrent, hésitèrent un instant, puis se jetèrent dans les bras de l’autre, serrant fort et demandant pardon. Le Directeur les regardait dans un dernier sourire paisible.
 
-          Alors c’était vrai ? demanda Hector en sortant de derrière le Manège. Eve n’est pas notre fille…
-          Vous êtes là depuis longtemps ? demanda le Directeur dans un petit rire nerveux.
-          Non, juste assez, dit Blanche en rejoignant son mari en compagnie d’Henry et Marie.
-          Je suppose qu’il vous a déjà tout expliqué, alors, dit le Directeur en fermant les yeux.
-          C’est exact, confirma Henry, le visage sombre.
-          Papa ! Maman ! s’exclama Camille en se précipitant vers eux. Je suis désolée d’être partie…
-          Ce n’est rien, ma chérie, dit Blanche en la prenant dans ses bras. Tu es en forme, c’est tout ce qui compte…
-          Dis, maman, on peut quand même s’occuper Eve ? demanda Camille en reniflant.
 
Blanche releva la tête, hésitante, vers son mari qui paraissait troublé.
 
-          Si nous prenons soin d’Eve, commença-t-il, nous voulons la vérité et seulement la vérité. Pas d’Hypnose…
-          Je pense comprendre, répondit le Directeur. Eve, tu veux bien… ?
-          Oui ! s’exclama t’elle précipitamment avant de claquer deux fois des doigts, annulant ainsi son emprise hypnotique sur Hector et Blanche.
-          Vous prendrez soin d’elle, pas vrai ? demanda le Directeur d’une voix de plus en plus faible. Vous l’aimerez ? 
-          Je ne peux pas garantir que ce sera immédiat, dit Hector. Vous étiez un sale type, passé troublé ou non. Mais…
-          Mais elle n’a pas à payer pour vos propres fautes, compléta Blanche avec quelques larmes aux yeux. Elle n’est pas responsable de vos actes.
-          Merci… Merci pour elle…
 
Le Directeur semblait avoir de plus en plus de mal à respirer. Son souffle se faisait faible et il avait du mal à parler. Tout son corps lui faisait mal. Il redoubla d’effort pour tourner la tête vers Henry.
 
-          Le bras… est là où nous avons discuté… dit-il. Prenez-le… et merci encore… Pour tout…
 
Les Mélancolux semblaient presque pleurer et leurs flammes s’agitaient. Le Directeur, dans un ultime effort, ouvrit ses bras et les Spectre ainsi qu’Eve se précipitèrent à l’intérieur pour l’étreindre une dernière fois.
 
-          Je vous aime… Mes enfants…
 
Puis ses bras retombèrent piteusement et il ferma ses cinq yeux définitivement. Au même instant, Eve éclata en sanglots et la flamme des quatre Mélancolux s’éteignit avant qu’ils ne retombent comme de simples objets inanimés sur le sol.
 


 
Le Directeur était seul. Tout était noir autour de lui. Tout sauf une grande Porte fermée, juste en face, à quelques mètres. Il n’avait plus ses vêtements, il n’en avait pas besoin. En voyant la porte, le Directeur se rappela les huit années de cauchemar qu’il avait vécues. Giratina l’y avait renvoyé, finalement… Mais cette fois-ci, il était prêt à y passer l’éternité.
 
Mais quand la porte s’ouvrit, il n’y avait pas des centaines d’âmes d’enfants et d’adultes en colère, prêtes à lui faire payer ses mauvaises actions. A la place, il y avait une femme, elle aussi dénudée, avec des cheveux noirs comme les ténèbres, qui lui souriait paisiblement, ainsi que quatre enfants, tout sourire, qui lui faisaient de grands signes de bras.
 
Le Directeur resta un instant immobile, sous le choc, comme s’il n’en revenait pas. Il fit un pas en avant, s’attendant à ce que Lilith et les enfants ne disparaissent. Mais comme ce n’était pas le cas, il précipita le pas et passa l’encadrement de la porte pour serrer, à jamais, sa femme et ses enfants dans ses bras.
 
Puis la porte se referma, les laissant seuls, libres, apaisés.
 


 
-          Vous allez l’adopter ? répéta Edith, surprise.
-          Oui, dit Hector. Son tuteur a été tué avant que cette histoire ne commence, et on a appris que ses parents aussi étaient morts.
-          Pauvre enfant, commenta Rosa. Si jeune…
 
Blanche, Hector, Henry et Marie avaient décidé de garder secrète les véritables origines d’Eve, afin de ne pas brusquer les autres. La Sage n’aurait certainement pas vu d’un bon œil que la fille du Directeur les côtoie régulièrement, d’autant qu’elle avait eu du mal à digérer l’histoire racontée par Henry. Pour elle, c’était trop gros et un simple tissu de mensonge. Parfois, la Sage pouvait être très têtue, mais les habitants de Jotho la comprenait.
 
-          Il faudra que je trouve quelqu’un pour s’occuper de Tristan, aussi, déclara Edith en soupirant. Ses parents ont été dévorés par le nouvel Estom…
-          Et qu’est-ce qu’on va faire de ce monstre ? demanda Rosa.
-          C’est bien le seul qui ne s’est pas enfui, soupira Edith. Je vais voir s’il y a moyen de l’enfermer dans une Pokéball, pour ne jamais qu’il en sorte…
-          C’est surement la meilleure solution pour lui, dit Marie en frissonnant.
-          Et le petit Rémi ? demanda Estelle.
-          Il est en vie et sa mère devrait se rétablir… Etonnement, le Trioxhydre et lui semblent… amis… le père est un peu embêté, il ne sait pas quoi faire.
-          C’est peut-être une bonne chose, non ? demanda Blanche.
-          Peut-être, mais rien n’est moins sûr. Personnellement, je lui aurais laissé le même traitement qu’à cet Estom²… Nous verrons bien.
-          Et la Troupe ? demanda Marie. Comment vont-ils ?
-          Beaucoup sont morts, dit Rosa. D’autres sont si blessés qu’ils ne pourront plus faire leurs spectacles…
-          Mais je crois que Mr.Mime, Tauros et Mistigrix sont motivés pour rechercher de nouvelles recrues, dit Henry. Ils reformeront la Troupe, on peut compter sur eux.
-          Maintenant, soupira Edith, nous devons enterrer les morts. Et on a du boulot…
 
Estelle baissa la tête en repensant à son père, mort pour la protéger. Rosa, qui avait connu une situation similaire quelques années avant, s’approcha d’elle pour la réconforter du mieux qu’elle pouvait tandis qu’Henry se rapprochait d’Edith.
 
-          Nous allons l’enterrer, lui aussi, déclara-t-il.
-          Qui ça, lui ? s’étonna Edith.
-          Le Directeur, répondit simplement Marie. Et les Mélancolux.
-          Vous êtes malades ! s’écria Edith, en colère. Après tout ce qu’il a fait !? Vous êtes encore sous Hypnose ou quoi ?  
-          Non, seulement, il mérite lui aussi un enterrement, dit Henry.
-          Ho et puis faites comme vous voulez ! répondit la Sage de mauvaise humeur en leur tournant le dos. Mais ne comptez pas sur moi pour vous aider !
 


 
C’est ainsi que, vers midi le lendemain, Henry, Marie, Hector, Blanche, Camille, Eve, Crickzik, Mistigrix, Mr Mime, Grodoudou, Scalproie et Tauros se retrouvèrent face à plusieurs tombes, sur les rives du Lac Colère. Ils y avaient enterré le Directeur et les Mélancolux, non loin de cinq autres tombes vieilles de près de 40 ans. Eve pleurait de chaudes larmes en pensant à son Père qui l’avait tant aimé, tout en serrant la main de Camille, avec qui elle s’était réconciliée. Elles avaient décidé de garder secret la querelle qui avait failli tourner au drame et, alors qu’Eve lui avait dit timidement « Amie pour la vie ? », Camille lui avait rétorquée en souriant « Sœur pour la vie ! ».
 
Chacun était perdu dans ses pensées. Mr.Mime, emballé dans d’innombrables pansements, était ému de retrouver la tombe de Lilith après tant de temps. La Troupe pensait tant à son Avenirs qu’à ses origines. Hector et Blanche ne pouvaient s’empêcher de penser à Eve. Seronnt-ils capables de tenir leur promesse ? Henry, quant à lui, repensait à cet être qui avait tant hanté ses cauchemars, et qui s’était finalement révélé plus malheureux qu’il ne l’avait jamais été. Sa fille lui serrait la main et il repensait aussi à ce bras qu’il avait récupéré. Il faudra qu’il trouve quelqu’un capable de lui greffer cela, maintenant que le Professeur Nessmad avait disparu dans la nature.
 
Plein de pensées, personne n’entendit l’homme au chapeau melon arriver. Il souriait excessivement quand il attira leur attention en toussant.
 
-          Excusez-moi mais… Vous me semblez avoir traversé de terribles évènements… Je me trompe ?


Fin de la Trilogie. Merci d'avoir lu. 

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Ma Fiction:Le Cirque Madyapno. Chapitre 12/12
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MessageSujet: Re: [Fic] Le Cirque Madyapno - Jeu 26 Mai - 19:09

C'était un beau chapitre, pas mon préféré, mais une très belle fin. C'est avec émotions que je poste mon commentaire, probablement le dernier, pour le Crique Madyapno.

Je suis assez ému et heureux en même temps d'avoir suivi la fic durant plus d'un an et elle s'achève maintenant. Un grand bravo à toi puis pour tous ces instants que tu nous a fais vivre avec Madyapno...


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[Fic] Le Cirque Madyapno

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